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Jacquin Claude

Claude Jacquin "Renaissance"

Publié le 11/01/2024 à 07:02 par francerock70 Tags : claude jacquin
Claude Jacquin "Renaissance"

 

 

Aujourd'hui il est temps de reprendre le cours de mes bavardages avec mon ami Claude Jacquin, nous en étions restés fin 1990 ICI

En 1991, Claude Jacquin devient père pour la deuxième fois d'un garçon, aujourd'hui lui même musicien etenregistre un nouvel album « Va et vient » produit par Di Dou Dam prod.

 

 

 

 

CJACQUIN_DIVERS3

 

 

 

 

 

La pochette est signée de Christine Leyat (sa deuxième compagne), l'album est réalisé et mixé par Claude Grillis au Couleurs studio , enregistré au studio Papaye, le disque est arrangé par Philippe Walter et Claude Jacquin. Programmation de Philippe Walter.

 

Nous retrouvons son acolyte Richard Prézelin à la guitare acoustique, Claude se partageant les claviers avec Philippe Walter. Claude est également accompagné de Christophe Nègre au saxophone, Etienne Brachet à la batterie, la majorité des textes sont signés d'Antoine Sire et Jean-François Leyat. Claude compose toutes les musiques.

 

Cette même année, il réalise en animation (papier découpé), image par image, une série de 36 comptines traditionnelles etoriginales« Chantons avec Babouille », sur des scénarios et des illustrations de Christine Leyat.

 

La série sera diffusée sur TF1.

 

Sa carrière redémarrant après une longue période d'inactivité, il continuera ensuite son parcours musical avec des projets très différents les uns des autres. Mais nous y reviendront ensemble cette année, car la série "Bavardages" devrait continuer encore un certain temps.

 

Voici donc la suite des "Bavardages", des entretiens toujours aussi passionnants qui nous permettent d'en savoir un peu plus sur les rouages du Show-biz et sur la carrière d'un artiste engagé mésestimé.

 

 

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L'Interview

 

 

Mister Pat : Salut Claude, reprenons le cours de nos conversations et revenons sur la suite de ta carrière, nous sommes en 1991 et tu sors un nouveau disque "Va et vient”, raconte-moi l'histoire de cet album…

 

Claude Jacquin : Salut Pat, oui c'est un objet inédit, qui c'est vraiment fait par hasard, grâce à un mécène. J’avais l'idée de faire un album “patchwork”, comme une mosaïque, avec des titres qui auraient individuellement une identité, sans lien particulier les uns avec les autres, sauf une ligne directrice commune, les rapports de couples, les amours décalés, improbables, la sensualité, la perte d’un être cher, une star de cinéma nostalgique, la séparation.

 

Enfin, un lien amoureux pour la plupart des chansons de ce disque, d’où ce titre “Va et vient” qui peut paraître un “chouilla ambigu”, à double lecture…

 

 

 

 

MP : Sur la plupart de tes autres disques tu écrivais la totalité des chansons (texte et musique), c’était une nouveauté pour toi de faire appel à un auteur?

 

 

CJ:  C'est vrai, pour cet album, j'ai demandé à un ami qui s'appelle Antoine Sire de m'écrire cinq chansons. Le père d'Antoine, Gérard Sire, était un animateur, sur radio France, très connu. Il était également auteur et scénariste.

 

 

 

MP: Oui Gérard Sire, je m'en rappelle, il a beaucoup travaillé avec Jean Yann sur ses films.

 

 

CJ : D'ailleurs pour l'anecdote, Antoine Sire est le petit garçon qui est dans la voiture avec Jean-Louis Trintignant dans le film de Claude Lelouche "Un homme et une femme" en 1966.

 

 

 

MP: Comment as-tu connu Antoine Sire?

 

 

CJ: Je l'ai connu quand je travaillais dans le milieu institutionnel. Antoine, homme de communication, est aussi un grand spécialiste des films Hollywoodiens.

 

Ecrivain, il a écrit entre autres, “Hollywood, la cité des femmes”, qui est le premier livre à décrire avec précision la trajectoire des femmes qui ont construit le mythe hollywoodien. Il a aussi créé une émission de radio, l'atelier numérique.

 

C'est un homme complètement à part, génial, avec une grande culture. Il a une forme d'écriture totalement originale qu’il a magistralement mise en œuvre sur cinq chansons de cet album: “les igloos”, “tout l'temps j'fais des enfants”, “l'île du phare”, “la femme aux bas noirs”,et “les frères terrieurs” : une sorte d’ovni, un point final déjanté, qui lui ressemble.

 

 

 

MP: Tu as écris les musiques ?

 

 

CJ: Oui j'ai composé toutes les musiques de l'album.

 

 

 


MP: Avec ce disque tu changes de style musical Pourquoi ?

 

 

CJ: En réalité, c'est le seul album que j'ai composé entièrement au piano, donc les mélodies, l’inspiration,et l’écriture donnent un résultat différent de mes anciennes chansons. Ça devient plus jazzy, plus cool, mais mon côté rock, est venu me titiller avec "tout l'temps j'fais des enfants" et “Bien frappée”.

 

 

 

 

CLAUDE_JACQUIN_DIVERS_2

 

 

 

 

 

MP: C'est étonnant, Il y a également un instrumental, c'est toi qui est au piano?

 

 

CJ: Tu parles du morceau "hormières", superbe instrumental composé et interprété par Philippe Walter, un très bon musicien de jazz, qui a co-arrangé tout l’album. C’est le fils de Jimmy Walter, pianiste, compositeur, lui aussi arrangeur, qui a travaillé avec Boris Vian sur une quinzaine de chansons, et notamment le fameux “J’suis snob”, que tout le monde a déjà entendu. Ensuite il a été arrangeur pour Nougaro, Reggiani, Mouloudji, Higelin…

 

 

 

MP: Effectivement pour cet album tu t'es entouré de gens différents

 

 

CJ: Oui, il y a Francis Moze – ancien de Magma - à la basse, Etienne Brachet à la batterie, Christophe Nègre au saxo qui viennent du monde du jazz, mais il y a quand même mon vieux pote Richard Prézelin à la guitare.Tout a été enregistré dans le studio de Philippe Walter et le mixage a été fait aux studios couleurs de Laurent Thibault

 

 

 

MP: Laurent Thibault , un garçon très connu dans les 70s ?

 

 

CJ:  Exact, c'est le co-fondateur de Magma avec Christian Vander.

 

 

 

MP: Oui, ils ont créé Magma en 69, mais il a aussi fait partie du groupe Zorgones avec Francis Moze.

 

 

CJ: C'est lui qui avait repris le château d' Hérouville en 74.

 

 

 

MP: Il a enregistré des tas de disques dans ce château.

 

 

CJ: C’était un lieu mythique à l’époque, les plus grandes stars du rock et de la scène musicale sont passées par là… Laurent Thibault a enregistré David Bowie, Marvin Gaye, Nina Hagen, les Bee Gees et cie , la liste est vraiment longue.

 

 

 

MP:  Parmi les français, il y a eu Higelin, Factory etc...

 

 

CJ:  Ensuite, il a créé le “studio Couleurs” à Auvers sur oise, où j'ai mixé l'album sur un matériel incroyable, une Nive analogique 32 pistes et des écoutes exceptionnelles. Claude Grillis, ingé-son avec qui j'avais déjà travaillé sur l'album “Générations” aux studio Ferber, a accepté de mixer l’album. C’est lui qui avait mixé “La boîte de jazz” de Michel Jonasz, et bien d’autres disques.

 

 

 

MP: Ce disque il a une superbe pochette, tu peux me donner le nom de l'artiste qui est à l'origine des dessins !

 

 

CJ: Pour la pochette, c'est ma compagne Christine Leyat, merci pour elle, elle va être ravie de te lire.

 

 

 

 

JAKIN_FRONT

 

 

 

 

MP: C'est de la peinture ou du dessin?

 

 

CJ: C'est dessiné directement au feutre, je la trouve assez rigolote cette pochette, elle m’a représenté assez “balaise” et devant un clavier qui fait des méandres, comme pour les chansons, “méandreuses!” Une rivière à notes si on peut dire…D’ailleurs, je dois lui rendre hommage, pour ce disque, elle m’a soutenu et inspiré. Elle a suivi toute la période de création jusqu’à l’objet final mixé, dupliqué et mis en pochette…

 

 

 

JAKIN_BACK

 

 

 

 

MP: Oui elle sort de l'ordinaire cette pochette, mais ce qui est aussi étonnant, c'est que tu as modifié ton nom d'artiste, tu passes de Claude Jacquin à JAKIN, pourquoi ce changement?

 

 

CJ:  Je me suis dit, comme cet album ne sera pas dans la même veine que les précédents, composé au clavier, hétéroclite, un peu éloigné de mon univers naturel, surtout avec les textes d’Antoine bien décalés, presque surréalistes, j'ai décidé d'utiliser mon pseudonyme JAKIN.

 

 

 

 

MP: Tu as fait des radios, des télés avec ce disque ?

 

 

CJ: Rien! Rien ! Que dalle! Je l’ai mal défendu. Un producteur m’a téléphoné un jour en me disant qu’il était intéressé pour sortir ce disque, mais j’attends toujours de ses nouvelles…

 

 

 

MP: Il n'a pas eu d'échos dans la presse ?

 

 

CJ: Non car finalement on n'a pas réussi à le commercialiser, on a démarché les maisons de disques, mais ça n'a pas marché. C'est resté dans la boîte comme beaucoup d’autres créations.

 

 

 

 

CJACQUIN_DIVERS1

 

 

 

 

MP: Donc nous avons l'exclusivité de l'album? Un grand merci Claude, car effectivement, ce disque n'est répertorié nulle part.

 

 

CJ: Oui c'est un parfait inédit, mais tu en auras d'autres. Moi ce que j'ai apprécié dans cet album, entre autre, c’est l’apport des textes d'Antoine Sire, vraiment originaux, pleins d’humour. Un titre comme “Les igloos” qui raconte les amours improbables entre une black et un esquimau c'est pas vraiment commun. Et pour moi, le must, la cerise sur ce gâteau musical, c’est le titre “Tout le temps je fais des enfants”, un délire antiraciste, plein d’humanité malgré le “va et vient” continu… Le sexe à tout va qui se raconte jusque au fin fond du cosmos. D’où sortent ses idées? Faudra que je lui demande.

 

 

 

MP: Effectivement c'est étonnant, mais il y a aussi le dernier titre de l'album "Les frères terrieurs", c'est zarbi non?

 

 

CJ: C'est une dinguerie!, une sucrerie piquante pour finir l'album.  il y a aussi "la femme aux bas noirs" qui parle d'Ava Gardner, car Antoine, fondu de cinéma, a voulu lui rendre hommage. Et “L’île du phare”, qui exprime toute la solitude et la nostalgie qui emportaient sa mère bien au large de la vie…

 

 

 

MP: C'est un bon disque il faut quand même qu'il soit connu.

 

 

CJ: Oui c'est dommage qu'il n'ai pas été diffusé.

 

 

 

MP: En 1991, je pense que ce n'était pas dans l'air du temps, ça aurait pu concerner sans doute certaines radios!

 

 

CJ: Oui, plutôt les radios périphériques, mais rien n'a fonctionné. Au final le seul support restera le CD, parce que même pas joué sur scène. Mais moi, j'étais assez content de cet album avec les gens qui ont gravité autour. C'est bien qu'il ressorte en 2023, en exclusivité sur Francerock70.

 

 

 

MP: Oui Claude, comme tu le sais ici à Francerock c'est notre leitmotiv, remettre en avant les disques oubliés et inconnus de qualité, ce qui est le cas avec cet album.

 

Merci Claude pour ce nouvel entretien c'est toujours un plaisir de converser avec toi, prochain rendez vous prochainement pour la suite de la saga "Claude Jacquin"

 

 


CJ : Merci Pat, oui on se retrouve sans faute bientôt pour la suite de la saga (rires) !!!!!!

 

 

 

 

 

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la chronique de « Va et vient »

 

 

Un album inédit et différent. Plus proche du Jazz, Claude s'éloigne du rock mais continue sans fausse note son parcours d'artiste passionné.

 


Il y a encore une fois différents styles dans cet album, du jazz (surtout), du swing, de la chanson et quelques titres plus rapides qui lorgnent vers le rock (j'fais des enfants tout le temps, bien frappée).

 


Une des plus belles chansons du disque qui m'a fait craquer c'est "l'île du phare" avec son ambiance si particulière. Une interprétation digne des plus grands qui vous plongera dans un univers poétique gorgé de "spleen".

 

Bon vous n'allez pas pleurez quand même, il y aussi "j'fais des enfants tout le temps" qui va rapidement vous requinquer, un titre entraînant sur des paroles vraiment originales, un ovni qui vous fera sans aucun doute sourire.

 

Claude dérive ensuite vers le sensuel avec "les lolos de lola", un univers qu'il aime bien aborder dans ses disques, un beau titre jazzy qui s'écoute et s'apprécie comme un film.

 


Bon je vais quand même vous dire que je n'aime pas le dernier titre "les frères terrieurs", c'est le genre de bizarrerie qui n'apporte pas grand chose pour clôturer un album de qualité.

 

En définitive Claude Jacquin nous surprend une fois de plus avec un album à l'ambiance différente, toujours talentueux Claude a su renaître de ses cendres comme le "Phénix " en nous emmenant avec ce disque dans un univers jazzy particulièrement séduisant.

 

 

"Titre en écoute : "l'île du phare"

 


Mister Pat

 

 

CLAUDE JACQUIN - (Quand t'es dans le désert)

Publié le 07/07/2023 à 14:16 par francerock70 Tags : claude jacquin
CLAUDE JACQUIN - (Quand t'es dans le désert)

 

 

Cela fait un petit bout de temps que je ne vous ai pas parlé de Claude Jacquin, nous avons fait un petit break car Claude est actuellement très occupé par l'enregistrement de son nouvel album.

 

Curieusement notre ami Claude a fait également une pause dans sa carrière musicale, complètement dégoûté par le show-biz et le système médiatique; dans le courant de l'année 1983 il avait tout laissé tomber.

 

 

 

 

1977-Grenoble_city

 

 

 

Nous allons donc reprendre nos bavardages mais cette fois ci cela sera assez court car il n'y a pas grand chose à dire sur ses presque dix ans de traversée du désert.

 

Voici donc le nouvel épisode de ce long feuilleton consacré à "Claude Jacquin", sans doute pas celui le plus intéressant mais on en apprend un peu plus sur la suite de sa carrière.

 

 

 

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Interview

 

 

MP: Bon alors Claude, qu'est ce qui s'est passé après la sortie de ton album Fric Frac?

 

 

CJ: En 1982, Emi, ma maison de disque, a décidé de sortir le titre « Toutamour  » sur une compile nationale où l'on retrouve également Julien Clerc, Gérard Manset, Françoise Hardy, etc, et sur une compile internationale toujours avec « Toutamour »ou il y avait également du beau monde: Diana Ross, Beach Boys, Duran Duran, Pretenders... Mais ça n'a pas vraiment marché, le titre n'a pas décollé. Trop diluée dans un environnement aussi prestigieux, la chanson est passée à côté des médias…

 

 

Compile_nationale_1-1981

 

 

 

MP: Tu voulais enregistrer un nouveau disque je suppose?

 

 

CJ: Oui, avec mon compère Richard Prézelin, nous sommes allés aux éditions « Champs Elysées » pour « maquetter » de nouvelles chansons afin de signer un nouveau contrat, car mes engagements arrivaient à échéance. On a enregistré 4 chansons sur une console analogique «mythique »: le 16 pistes des Rolling Stones qui avait atterri dans un des bureaux des éditions. On a imaginé le nombre de leurs titres qui avaient été créés et mixés sur cette console et qui avaient fait le tour du monde. Ça nous a mis la pression.

 


On a enregistré pendant 3/4 jours et on a fait une écoute de nos maquettes avec la direction. On nous a répondu: « on ne sent pas vraiment les titres » - titres que je t’envoie pour écoute, un peu « destroyés » par le temps qui use les bandes - et finalement le contrat a été rompu d'un commun accord.

 

Après le coup de blues, la colère, la réflexion, j'ai tout plaqué. Out ! Terminado ! Il est temps de mettre les voiles…


Mais avant de quitté le « shaud bise n’est-ce pas », un tourneur m’a proposé de m’organiser une tournée en France. J’ai accepté et nous sommes partis sur les routes une dernière fois.

Je crois que je t’ai envoyé un « live à Mirande », tu pourras le mettre en ligne quand tu veux.

Après ça, je suis retourné dans ma ferme, dans le Gers et de 83 à 86 j'ai arrêté la chanson.

 

 

 

1976-Pop_Club

 

 

 

 

 

 

MP: Tu ne jouais plus du tout, tu ne faisais plus rien musicalement parlant?

 

 

CJ: Oui pratiquement, mais j'ai commencé à faire de la musique pour des films et des vidéos institutionnels, et composé - et souvent avec mon compère Richard - pour les entreprises. J'ai également « commis » quelques musiques pour des génériques télé comme « La passion des mots » pour " le Petit robert, « Brico conseils » pour Bosch, « Les conseils du tigre » pour ESSO, entr'autres.

 

 

 

 

 

MP: Malgré tout, ce qui est intéressant, c'est que tu as continué à faire de la musique, et ça t'a permis également de payer tes factures.

 

 

CJ: Oui et en 1986 je me suis séparé de ma première femme après ma rencontre avec Christine Leyat, qui évoluait dans le milieu de la communication et j'ai quitté définitivement le Gers. J'ai tout laissé, et je suis parti vers de nouvelles aventures avec ma «  b... » et mon couteau comme on dit de par chez moi, mais toujours la guitare en bandoulière... Avec ma nouvelle compagne, on s'est mis naturellement à travailler ensemble sur des projets institutionnels. En comptant les différents projets, ça représente une soixantaine de compos.

 

 

 

MP: Tu as fait ça pendant combien de temps?

 

 

CJ: Jusqu'en 1990, date à laquelle j'ai recommencé à composer des chansons. En 1991, j'ai eu l'opportunité et la chance d'enregistrer un nouvel album.

 

 

 

MP: Ok claude, je sais que c'est un peu court comme entretien, mais c'est vrai que c'est une période plutôt creuse pour toi, on reviendra ensemble si tu le veux bien dans le prochain article sur ton retour dans la chanson dans le début des années 90.

 

 

CJ: Oui Pat, mais ce travail de composition pour les « marques » m'a permis de cerner un peu mieux le monde des entreprises et comprendre leurs différentes motivations en terme de commerce et de marketing. Finalement, le choix d'une musique originale, pour une société, apporte une vraie personnalisation, elle véhicule une image de marque, même si l'impact, à part pour les pubs qui « font un carton », n'est pas primordial. Le prochain entretien sera beaucoup plus intéressant avec mon album « Va et Vient » de 1991.

 

 

 

Avec_Yves_Colin-mon_bassiste

 

 

 

 

MP : Bonnes vacances amigo, prochain article dès la rentrée.

 

 

CJ : A la prochaine et bonnes vacances méritées Mister Pat !

 

 

 

 

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Live Mirande 82


Ce mini entretien est accompagné du live inédit enregistré dans le gers en 1982, un album idéal pour l'été qui se déguste avec gourmandise.

 

 

 

ClaudeJacquin_Mirande_front3

 

 

 


On y retrouve un "Claude Jacquin" au meilleur de sa forme. Il faut avouer que sur scène il envoie le bougre ! les titres des disques studio sont sublimés, sa présence scènique étant impressionnante.

.

Il y a bien sûr des morceaux que l'on connaît extraits de ses deux derniers albums chez EMI "Soir bluesy, Fric Frasques, on peut soulever des montagnes" mais également trois titres inédits "Pas de chien, J'plane pour vous, Wagon lit " qui méritaient sans aucun doute de figurer sur un nouvel opus.

 

Un excellent concert qui malgré des conditions d'enregistrement non optimales reste un document sonore exceptionnel, un disque "Francerock70" votre label spécialisé dans les éditions rares et inédites

 

 

ClaudeJacquin_Mirande_back

 

 

 

 

Bien entendu l'album est non commercialisable, c'est un CD collector.

SOS 118 le titre d'ouverture démarre sur les chapeaux de roue, nous plongeons directement dans une ambiance brûlante, engagée.


Comme à son habitude Claude râtisse large, dans un mélange parfois surprenant mais toujours équilibré.

 

De la chanson, du groove, du rock, du jazz, tout y passe.


Un album que je vous laisse découvrir et apprécier pleinement.


Un disque que vous ne trouverez nulle part ailleurs que sur Francerock70......

 

 

 

 


Merci à Claude Jacquin pour les photos, pour le live.

 

Merci à 2ni The Cat pour la pochette du disque

 

 

 

 

Bonnes Vacances !

 

 


Mister Pat

 


En écoute : SOS 118

 

 

 

CLAUDE JACQUIN (Fric, Frasques,Fin?)

Publié le 27/03/2023 à 20:34 par francerock70 Tags : claude jacquin
CLAUDE JACQUIN (Fric, Frasques,Fin?)

 

 

Voilà déjà le sixième article consacré à Claude Jacquin et je l'avoue je n'ai pas vu le temps passé.

Ces "bavardages" sont vraiment passionnants.

Et avec ce nouvel entretien, vous n'allez pas être déçu. Claude nous confie une fois de plus quelques anecdotes qui ne sont pas piquées des vers.

C'était encore dans les années 80, sa période faste en compagnie d'un gros Label EMI.

 

 

FRIC_FRAC

 

 

Malheureusement pour nous cela s'est terminé un peu en queue de poisson.

Claude n'a pas de regrets mais il faut l'avouer (vous le découvrirez en fin d'interview) à l'époque il a fait les mauvais choix.

C'est bien dommage mais c'est comme ça, la vie d'un artiste n'est jamais lisse.

Tout n'est pourtant pas perdu car après une longue période de silence, il a repris le flambeau musical, mais ça on en parlera avec lui plus tard dans de prochains bavardages, la saga est loin d'être terminée car pour Claude la musique c'est sa vie.


En attendant la suite du feuilleton, voici le nouvel épisode des "bavardages" avec Claude Jacquin.

 


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L'interview :

 

Mister Pat : Salut Claude, nouvelle interview la sixième!

 

Claude Jacquin: Oui on remets le couvert, c'est toujours aussi bon.

 

 

MP: Allez c'est parti! Pour ce 4ème album studio « Fric Frac », ton label c'est toujours Pathé Marconi?

 

CJ: Oui C’est celà même! C’est « EMI » mais c’est pareil, ce sont les anglais qui ont racheté Pathé Marconi.

 

 

MP: Cette fois-ci c’est un mini album, pourquoi pas un album complet?

 

CJ: C’est un album concept, c’est ce que j’avais envie de faire, c’est un petit road movie, un peu surréaliste dans le genre « Bonnie and Clyde »…

 

 

MP: Oui, je vois, tu t’es basé un peu sur des films?

 

CJ: Non pas du tout, je ne me suis pas inspiré de films pour raconter l’histoire, mais c’est l’idée du road movie que j'avais en tête! Ecrire une histoire, qui pourrait être réaliste, et ensuite, pendant l’écriture des chansons, plonger dans un récit plus surréaliste, plus cinématographique, dans laquelle tout peut arriver, surtout l’improbable.

 

 

1980-Article_dans_FOS_1

 

 

MP: Sur la pochette de l’album, je vois que l'histoire est co-écrite avec Pierre Dérat, C’est qui Pierre Dérat?

 

CJ: C’est un vieux pote qui était correcteur professionnel, avec lui j’ai beaucoup appris, le travail de l’orthographe et le choix des mots dans l’écriture, des mots qui portent et qui emportent, il a vraiment remis à plat pas mal d’erreurs. Il m’a également appris les possibles façons de tourner les phrases, de synthétiser, d’aller à l’essentiel. Mais pas dans les chansons, l’écriture reste trop personnelle. C’est surtout dans l’écriture de nouvelles, où dans « Les caramels à 1F », et aussi dans cette histoire-là.

 

 

MP: Est-ce que tu peux m’expliquer brièvement l’histoire? Les chansons c’est le suivi de l’histoire?

 

CJ: Comme je te l'ai dis, c’est un album concept road movie surréaliste, je l'ai écrit en un mois, seul. Je me suis enfermé dans mon studio pour composer toutes les chansons.

 

 

MP: À l’époque t’étais toujours dans le gers aussi?

 

CJ: Oui je vivais dans les deux endroits! Mais c’est à Paris que j'ai bossé sur cet album. Franchement, pour mon meilleur album! J’ai retrouvé Denys Lable qui avait déjà travaillé sur « générations ».

 

 

 

1981-POINT_SHOW

 

 

 

MP: Une fois de plus tu as changé de musiciens, pourquoi tu n’as pas gardé les autres?

 

CJ: Comme pour mon précédent disque, c’est pareil, j’avais besoin d’avoir des musiciens qui apporteraient de nouveaux sons, une direction musicale qui correspondrait à l’écriture de mon récit. C'est Michel Cœuriot, qui a fait beaucoup d’arrangements pour Michel Jonasz, qu’on a choisi comme arrangeur. J’avais écouté ce qu’il faisait, son travail m’intéressait vraiment, et puis j'ai voulu que Denys Lable fasse partie de cette aventure.

 

 

 

MP: Justement parce qu’il a beaucoup d’importance sur ce disque, tu le connaissais bien, Denys Lable?

 

CJ: je le connaissais depuis "générations », disque dans lequel il était intervenu comme musicien et arrangeur. Cœuriot et Denys Lable ont fait un travail remarquable. De superbes arrangements, inspirés, avec un style qui met bien en valeur mes chansons, c’est cohérent, tout est bien pensé avec une vraie qualité de son!


L’enregistrement s’est fait à « + 30 », c’était le studio « branché », et dans ce studio, il y avait claude Grillis qui a réalisé tout le travail de prise de son. Claude Grillis, c’est lui qui avait mixé « la boite de Jazz » de JONASZ. Il avait une « oreille d’éléphant »… Voilà je suis tombé sur lui après l’avoir connu aux studios Ferber comme assistant sur mon disque « Générations ». c’était vraiment cool, et après on a réalisé le mixage au studio Pathé à Boulogne avec Claude Wagner qui était l’ingé-son en titre de Pathé.

 

On retrouve certains musiciens qui avaient joué dans l'album « Générations », avec Clément Bailly à la batterie, Guy Delacroix à la basse et Lable aux guitares. Richard Prézelin a fait une apparition à la guitare dans « Il faut toujours rêver à la belle bavaroise ».

 

 

pochette_dos_fric_frac_2

 



MP: Je voulais te parler des chœurs, parce qu’apparemment tu avais de superbes choristes?

 

CJ: Oui j’avais les meilleures, c’était vraiment le top du top. Il y avait Anne Calvert, Carole frédéricks qui travaillait beaucoup avec Goldmann à l’époque et Maria Popkiewicz.

 

 

MP: Maria Popkiewicz, il me semble qu’elle a fait partie de Magma, est-ce que c’est vrai ou pas?

 

CJ: C’est possible, je ne sais pas. Les trois faisaient pas mal de studio, et quand on avait besoin de chœurs féminins, on appelait souvent ces trois chanteuses, d’ailleurs Anne Calvert, elle a un petit rôle, comme un duo avec moi dans « ça vole bas ».


J'étais vraiment très content de ce disque, de l’ensemble, l’ambiance pendant l’enregistrement et le mix, le son global, la pochette, le fait d’avoir réalisé un album concept, avec en bonus, l’histoire imprimée au verso de la pochette.

 

 

MP: la pochette c’était ton frère le créateur?

 

CJ: Non, c’est EMI avec son studio de création, mais c’est Jean Lebreton qui a réalisé la photo dans la voiture. C'était mon pote, il était le photographe attitré de Claude François. Mon frangin a créé la fonte de mon nom.

 

 

MP: Ah, d’accord, c’est lui qui a créé le logo!

 

CJ: Si on veut, comme un logo.

 

 

MP: On va commencer par le premier titre, « la belle bavaroise », tu parles de qui dans ce titre?

 

CJ: Ce titre, « La belle bavaroise », est une histoire improbable, mais qui pourrait se réaliser si tout ce qu’on vit actuellement dans ce beau monde tournait vraiment mal. Tu sais c’est un peu le dernier train du dernier voyage de la dernière guerre, où le héros se prend pour un dieu, mais comprend au fil du voyage qu’il n’est qu’un pion, dans un monde où le totalitarisme fait loi, mais avec une dose de surréalisme.

C’est-ce qui se vit actuellement en Ukraine! C’est l’aboutissement d’un régime autocrate et sans concession! Mon train de la mort ressemble un petit peu à cette ambiance, ce fameux train de « La belle bavaroise! » Alors « La belle bavaroise », pourquoi la belle bavaroise? J’étais invité en Allemagne à participer à une émission de radio avec quelques chanteurs et chanteuses, et notamment avec Cora Vaucaire.

Après l’émission, on s’est tous retrouvé dans une immense brasserie bavaroise tu vois, où il y avait 300 à 400 personnes qui buvaient de la bière, de la bière et encore de la bière, des tonneaux de bière et on a passé la soirée avec Cora Vaucaire, on a chanté « la dame blanche de St Germain des prés », du Prévert, de l’Aragon, déjà bien avancés!

 

 

MP: Oui c’était son style de chansons.

 

CJ: Donc on s’est retrouvé dans cette fameuse brasserie bavaroise, et naturellement, dans ce temple de la « bibine », on a commandé de la bière… Ils nous on amené des bocks d’un litre, qu’on a vidés, mais on en pouvait plus, un litre en quelques minutes… Alors on s’est mis à boire du schnaps. On a enchaîné les tournées, poire et prune, et après deux heures à lever allègrement le coude, on a tous fini complètement bourrés, mais complètement bourrés, avec un groupe de bretons assez connus à l’époque…

 

 

MP: Tri Yann?

 

CJ: Oui voilà, Tri Yann, et en bons bretons ils tenaient bien la barre. Ce sont eux qui m’ont ramené dans leur camion. Ils m’ont déposé devant l’hôtel, j’étais dans un état second, et quand je suis rentré dans le hall de l’hôtel, il y avait un buveur de bière, un mec qui faisait des concours, là ça a chaviré, « rock and roll », écoeuré total! Il avait un bock de 2/3 litres dans les bras, énorme, et lui devait peser dans les 150 kgs.

Donc, le lendemain, je me suis réveillé avec un barre énorme, le casque intégral, et j’ai failli manquer mon avion pour rentrer sur Paris!


Pourquoi la belle bavaroise? Parce que dans cette brasserie il y avait une serveuse, qui était vraiment hors proportions, et qui arrivait avec 3 ou 5 bocks d’un litre dans les bras, et qui distribuait la bière à tout le monde comme du bon pain.

Ca m’a tellement impressionné que ces images sont revenues comme ça dans ma tête, et je me suis dit je vais me servir de ce tableau hyperréaliste pour écrire cette chanson sur ce train fantôme avec une belle bavaroise, une serveuse tellement disproportionnée qu’elle collait parfaitement à mon histoire.


Tu vois, ce sont des liaisons comme ça, des ramifications qui n'ont pas l’air évidentes au départ, qui finalement te percutent le cerveau, t’embarquent dans un au-delà vaporeux, éthéré, quand t’écris des chansons!

 

 

MP: Alors au niveau musical, c’est un peu différent de ce que tu as fait quand même avant, il y a toujours ces changements de rythmes, tu passes d’un rythme à l’autre, c’est un peu ta marque de fabrique, c’est un choix que tu fais ou alors c’est…

 

CJ: Non non, c’est pas un choix, ça se fait naturellement. Je ne me dis pas « tiens là, je vais changer de rythme, et là je vais faire un autre truc », non, non, c’est instinctif, et puis après des années d’expériences diverses, on se laisse porter par son imagination, ses aspirations, ses respirations! Pas de systématisme!

 

 

MP: Tu aimes bien que les morceaux ne soient pas linéaires!

 

CJ: C’est ça, je ne pars pas avec une batterie qui commence par « tcac boom, tchac boom boom », et je finis avec « tchac boom, tchac boom boom », non, il y a souvent des reprises, ou des petits breaks. J’aime bien que ça respire en milieu de morceau, en réalité, le tempo ne bouge pas, c’est l’impression que ça donne, mais le tempo restera toujours le même.

 

 

MP: oui, mais ça passe d’un style à un autre!

 

CJ: Ca peut se dédoubler, oui exactement, notamment dans « On peut soulever des montagnes », le refrain se dédouble. « On peut soulever des montagnes » est une chanson que je vais reprendre, que je vais ré-enregistrer bientôt, avec mon fils Arthur comme arrangeur! C’est une chanson qui donne de l’espoir.

 

 

MP: Mais c’est ce qu’il faut, il faut donner de l’espoir parce que s'il n'y a pas d’espoir, avec tout ce qui se passe en ce moment, tu n'as plus qu’une envie c’est de te flinguer.

 

CJ: Oui, il faut se remonter les manches et s’engager dans un changement d'état d'esprit, pour aller, même si c’est utopique, vers un monde de partage, de fraternité, parce-que nous sommes tous sur le même bateau, et ce beau navire interstellaire est en train de couler. Bien sûr, ce n’est pas une chanson, ni dix mille qui vont changer littéralement les choses, mais les petites graines semées peuvent apporter une compréhension, une lucidité, un éveil vers un futur plus juste… Si futur il y a?

 

 

MP: Ca risque d'être compliqué, parce que ceux qui ont le plus d’argent, ils ne vont pas vouloir le partager à mon avis!

 

CJ: J’en ai conscience! Mais ce qui est intéressant dans cette chanson  « On peut soulever des montagnes », en dehors même du discours ou des messages qu’elle véhicule, c’est peut-être une des premières chansons en France, nous sommes en 81, j’en sais trop rien, qui a été entièrement réalisée avec des synthés! Ca c’est l’œuvre de Cœuriot.

 

 

MP: Oui, dans cette chanson, les claviers sont très présents, c’est même synthétique par moment, c’est de la new wave!

 

CJ: C’est totalement synthétique, on a même utilisé le vocodeur pour les doublages de voix, ce qui ne se faisait pas encore à l’époque!

 

 

MP:C’est évident, c'est tout a fait le son de l’époque, ça n’a vraiment rien à voir avec ce que tu faisais avant, c’est une évolution très nette.

 

CJ: On avait passé un cap, parce qu’on travaillait, pour ce titre, avec des synthés, une technologie nouvelle qui venait d’arriver sur le marché de la musique, au service de l’inspiration, il y a eu un travail remarquable sur les arrangements.

 

 

MP: Je reviens sur ton texte de « on peut soulever les montagnes » parce que c’est vrai, dans la plupart de tes textes tu n'es pas très optimiste, t’es même plutôt pessimiste, mais là j’ai trouvé qu’il y avait quand même une sorte d’espoir.

 

CJ: Oui, après « l’espoir » est souvent en demi-teinte ou caché, ce sont des petits messages un peu comme ça planqués derrière les mots.

 

 

MP: Des messages subliminaux?

 

CJ: Voilà exactement, comme les images subliminales dans les vidéos tu vois! Une image sur 25, tu ne l’aperçois pas mais elle est là!

 

 

MP: Sur ton titre « Ca vole bas » c’est quand même un titre qui est fait pour passer en radio non?

 

CJ: C’est très « slow », très bien pour danser, tu danses dessus, tu te laisses aller et puis d’un coup, ça change de rythme… Alors, pour passer ça en radio, c’était compliqué j’imagine pour les programmateurs radio de l’époque. La chanson qui passait le plus, c’était pas celle-là, c’était
« le cow-boy de la ville fantôme !»

 

 

MP: Sur « ça vole bas », la chanteuse Anne calvert, tu la connaissais?

 

CJ: Pas du tout, ni les autres choristes, je ne les connaissais pas personnellement, c’est surtout les directeurs artistiques qui les connaissaient. Elles étaient tellement cool, Carole Frédéricks, elle avait des bracelets, des machins, des boucles d’oreilles, c’était vraiment sympa car ça faisait « ding ding ding » en rythme dans l’enregistrement, et ça apportait une autre dimension, vivante!

 

 

MP: « le cow-boy de la ville fantôme », c’est un titre fait pour le top 50!

 

CJ: Oui, j’ai fait pas mal de télés avec, ce morceau il aurait fallu que je le propose à Johnny, il aurait pu chanter cette chanson.

 

 

MP: Oui, en plus le titre « le cow-boy de la ville fantôme », je pense que ça lui aurait plus, à mon avis.

 

CJ: « le cow-boy de la ville fantôme », c’est le héros de l’album. Il est pas bien dans ses pompes, mais il ne baisse pas la garde pour autant, il est en train de sombrer mais il reste fier!

 

 

MP: Alors justement avec ce texte là, je reprend: « j’suis jamais du bon côté d’là rive, je tire les mauvaises cartes », est-ce que c’est autobiographique un peu par rapport à toi, par rapport à ton évolution de carrière?

 

CJ: Oui oui, y a un peu de ça!

 

 

MP: Ca m’a fait penser à ça , quand j’ai entendu ce titre, je me suis dit peut-être que s’est pour lui une façon de le dire

.

CJ: C’est tombé pile pendant la transition entre les deux univers tu vois! Tu prends des coups, tu prends des bleus, il faut rester fort malgré tout, quoiqu’il en coûte, « le cow-boy d’la ville fantôme » c’est un peu tout ça! Sauf que dans le road movie, c’est lui le héros, avec sa mimi Marlène, il fait tout pour essayer de sortir de ce marasme compliqué à gérer, il faut absolument qu’il ramasse du fric, sinon il va la perdre et en même temps il sait très bien que c’est pas une histoire qui va durer éternellement. C’est un peu compliqué!

 

 

 

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MP: Oui, c’est compliqué parce que toi dans tes chansons tu mets tellement de choses que des fois c'est dur à décoder!

 

CJ: Exact, j’en mets beaucoup. Mes chansons, c’est vrai, sont assez denses, ce ne sont pas des textes très aérés on va dire…

 

 

MP: C’est pas les textes « nunuches » qu’on entendait à la radio!

 

CJ: Voilà, c’est ça!

 

 

MP: Le titre « Fric-frasques », c’est la fin de l’enquête?

 

CJ: Oui, pour le cow-boy et sa complice mimi Marlène. Lui fait le casse, se tire, et cache, si t’as bien compris l’histoire de « fric-frac », tous les diam’s dans le sexe de sa petite nana! On s’aperçoit que le vrai coupable, c’est le commissaire qui court toujours après les coupables quand même parce qu’il recherche surtout les diam’s, et eux ils se sont barrés avec.

 

 

MP: Le commissaire il n'a rien récupéré?

 

CJ: Non, c’est eux et ils partent pour de nouvelles aventures! Ils roulent dans une « Versailles », si je me souviens bien, une 8 cylindre, une grosse bagnole style américaine, décapotable en plus, mais ça s’est une pure invention!

 

 

MP: Tu as quand même une imagination débordante, parce que planquer des diam’s dans le sexe d’une femme…

 

CJ: Si tu écoutes bien la chanson, tu le comprends, je ne le dis pas exactement comme ça, je me sers d’une métaphore. Tu as entendu qu’à la fin aussi ça repart dans un rythme complètement différent.

 

 

Mp: C'est un peu ta marque de fabrique, c’est souvent comme ça dans tes chansons.

 

CJ: Oui, mais j’adore les débuts du titre « fric-frasques », tout le travail qui a été fait, c’est super beau, il y a les cuivres, mais des faux cuivres, c’est ça l’intérêt des synthés, quand on les fait sonner, presque comme des vrais.

 

 

MP: C’est vrai qu’avec les synthés, tu peux imiter toute sorte d’instrument?

 

CJ: Surtout maintenant, mais à l’époque c’était un plus complexe, mais ça marchait déjà. Les musiciens ont fait un super travail, j’adore cet album.

 

 

MP: Ensuite « Bébée », c’est une déclaration d’amour?

 

CJ: Oui mais c’est l’amour impossible.

 

 

MP: Mais c’est toi? T’étais amoureux, dans ta vie personnelle ça avait changé?

 

CJ: Non il n'y avait rien de changé, ça allait venir mais pas encore! Non « Bébée », c’est l’amour impossible, on sent que le cow-boy, malgré le bonheur qui l’effleure, va partir dans le fameux train de « la belle bavaroise ».

 

 

MP: C’est la fin du film!

 

CJ: Voilà c’est ça, c’est terminé, d’ailleurs, il le dit dans la chanson, c’est explicite, « un jour je partirai, pour l’instant tout va bien, mais un jour je serai ailleurs » Dans l’histoire, Mimi est est un peu dingue d'un chanteur des année 80. Tu as constaté que mon nom était en verlan!

 

 

MP: Oui j’ai vu que c’était inversé.

 

CJ: C’est l’histoire dans l’histoire.

 

 

MP: C’est vrai qu’il faut décrypter, c’est pas toujours simple, mais là j’avais bien vu que c’était « claude jacquin » quand même. Dans ce titre, musicalement, il y a un super solo de guitare…

 

CJ: Oui, c’est un chorus de Denys Lable. Il ne fait pas les choses à moitié. Pas d’impro, il a travaillé vraiment son chorus, c’est un super musicien, et quand tu l’écoutes, tu t’aperçois que pour reproduire ce chorus, c’est extrêmement compliqué, même pour un grand guitariste.

 

 

MP: Les titres « studio » c’est difficile de les refaire sur scène?

 

CJ: Bien sûr, parce que sur scène tu n’as pas 36 musiciens. C’est vrai que si tu peux avoir des cuivres c’est mieux, mais il fallait s'appeler Hallyday, du coup j’avais pas tout ce que j’aurais souhaité sur scène, mais ce sont d’autres arrangements, plus bruts, « frontaux », qui permettent de s’exprimer autrement en live.

 

 

MP: Mais après il faut que cela soit différent, parce il y a certains disques, c’est du live mais t’as l’impression que c’est le même disque qui a été enregistré en studio, j’aime bien tes live parce qu'ils sont complètement différents de tes albums studio

 

CJ: C’est exactement ça. Maintenant je vais te raconter une anecdote, tu te rappelles les radios libres ?

 

 

MP: Oui ça a débuté en 1981 avec Mitterrand.

 

 

 

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CJ: Voilà, les radios émergeaient de partout, elles poussaient comme des champignons, donc je suis allé voir la section marketing, les gens qui s’occupaient du commercial. Je leur ai dit, écoutez, plutôt que de s’acharner à faire de la promo à tout va dans les médias, moi ce que je voudrais organiser, c’est une tournée des radios libres en France. Alors ils ont discuté et ont dit oui c’est pas con! C’est vrai que ça permettait d'avoir une visibilité localisée, de la promo sur le terrain, enfin du live avec interview personnalisée. J’avais ma guitare avec moi et je chantais en direct. Topissime!

 

 

Ils m'ont dit « c’est ok, pas de problème ». Donc on a organisé cette tournée dans une trentaine de radios peut-être. J’avais un jeune attaché de presse, qui m’accompagnait, très sympa, très cool et on est partis tous les deux en bagnole. On a commencé à faire la tournée des radios libres, ça se passait super bien partout, et puis à un moment, on s’est retrouvés sans tunes, plus un radis, plus de pépète, plus d’oseille - le nerf de la guerre - Alors on s’est dit: il faut en parler à la maison de disques.

J’appelle le directeur du marketing: « Voilà, on est dans la merde, on a plus de fric, on a pas terminé la tournée, ils nous reste une dizaine de radios à faire, il faut qu’on paye les hôtels, les restos, l’essence, etc… » Il me répond « non, vous avez déjà dépensé assez d’argent, ça dépasse mon budget, maintenant ça suffit, vous vous débrouillez pour terminer la tournée ». « Bon ok, je lui dit, tu veux vraiment pas nous envoyer d’argent, alors on rentre sur Paris! » Mais il insiste « non non démerdez-vous ».

Du coup, légèrement énervé, voir choqué par sa réaction, j’ai eu « l’idée démoniaque » de la tournée. J’ai dis à mon attaché de presse, viens on va trouvé un banc publique, je crois qu’on était à Clermont-ferrand… Je me suis assis sur ce banc, j’ai mis mon album à côté de moi, sur ma droite, avec le prix 20 Francs, en bas j’avais un écriteau sur lequel j’avais écrit « j’ai faim » et à ma gauche, il y avait marqué promotion Pathé Marconi. On a fait cette photo et je l’ai envoyée « directos » à mon directeur du marketing. Ca a été vite fait, 48 heures après - malheureusement à l’époque il n'y avait pas de portables comme maintenant - je l’ai rappelé. Je lui ai dit, vénère, « Je te préviens, je fais publier la photo dans les journaux, dans toutes les régions où j’ai des rencards! Qu’est-ce qu’on fait, on se barre, on continue ou on attend le fric? » Il m’a répondu, gentiment « non non, on va vous envoyer de l’argent ». J’avais employé les grands moyens, pas de fric mais des idées.


Tu pourras montrer cette photo à nos amis…

 

 

 

 

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MP: Oh la mauvaise pub pour eux! C’est bien, des fois faut les booster parce que derrière…

 

CJ ; Je n'avais pas le choix, c’est vrai que le « dirlomark » il était pas chaud, mais franchement on ne dépensait pas des masses de fric, quand je voyais ce qu'ils investissaient en pub, parce que souvent ils achetaient des espaces pour les radios, et là franchement on était pas des flambeurs, c’était une belle promo, 30 radios partout en france!

 

 

MP: Avec les radios, vous étiez bien accueillis?

 

CJ: Oui, à bras ouverts, j’étais dans les premiers artistes à me déplacer dans leurs locaux, les gars étaient contents. C’était des radios nouvelles, qui démarraient pour la plupart, ils n’avaient pas reçu beaucoup d’artistes, c’était les débuts quoi!

 

 

 

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MP: Tu jouais des fois en live sur les radios ou c’était des interview?

 

CJ: Ça dépendait, oui, ça arrivait, j’avais toujours ma guitare avec moi, quoiqu’il arrive, parce que je pouvais très bien faire un titre en live sans problème, et souvent même des titres uniques. Je ne faisais pas forcément un titre de l’album en live, parce-qu’ils diffusaient les chansons de l’album.

 

 

MP: Oui avec ta guitare, mais tu ne manquais jamais de morceaux de musique, tu écrivais toujours!

 

CJ: Oui bien sûr c’est sans fin!

 

 

MP: Après cette histoire, ils ne t’en on pas voulu chez Pathé Marconi, parce que justement cet album a été ton dernier disque pour eux.

 

CJ: Oui, ça c'est terminé là, j’ai tout rompu, cassé, Champs Elysées, Pathé Marconi… Terminados amigos!

 

 

MP: Après tu as quand même continué les tournées?

 

CJ: Oui, bien sûr, j’ai continué les tournées, mais j’ai pratiquement tout arrêté après, mais je te raconterai la suite plus tard. Je te raconte quand même une dernière anecdote, je ne me rappelle pas vraiment comment ça s’est trouvé, mais ça s’est passé comme ça: on m’a demandé un truc dingue à l'époque… Chez « pathé marconi », je passe voir le directeur qui me dit: « Jacquin, tu voudrais pas faire une version française de ce titre-là, ça va faire un gros carton, c’est sûr! Ecoute-le, c’est de la bombe! » Je lui réponds « non moi je n'ai pas du tout envie de faire l’adaptation de ce morceau en français. Ca ne m’intéresse pas!» le titre c'était « Hotel California » des Eagles. À pleurer de rire!

 

 

MP: Incroyable c'est un tube mondial!

 

CJ: Oui, je suis passé complètement à côté!

 

 

MP: C’est là que tu aurais pu faire un énorme tube! Ce titre aurait pu te permettre de te faire connaître.

 

CJ: Oui c’était énorme, je ne sais pas ce que ça aurait donné car il n'y a jamais eu de version faite en français, à ma connaissance.

 

 

MP: Merci Claude pour cette anecdote incroyable, j'aurais bien aimé écouter ta version. Je te donne rendez-vous le mois prochain pour un autre « bavardage ».

 

CJ: Je te laisse le mot de la fin…

 

 


MP : Hasta la próxima mi amigo

 

 

 

 

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Chronique de " Fric Frac"

 

 

 

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Claude nous emmène une fois encore dans son univers très personnel, mais cette fois ci c'est un concept album.

Une intrigue policière romanesque. Pas toujours simple à suivre cette histoire, j'avoue que j'ai eu du mal à suivre le film.

Les textes de Claude étant comme d'habitude à double sens, il faut chercher les indices. Ce n'est pas moi le spécialiste de la chose c'est mon ami "Crapou".

Ca commence par " la belle bavaroise " un délire sur une plantureuse serveuse allemande, côté musique c'est un peu l'auberge espagnole, des breaks, des cassures , un peu surpris par le début je me réconcilie avec le titre en écoutant des moments de guitares particulièrement inspirés.

 

Second titre "ca vole bas" alors la c'est la claque, une belle chanson avec un final jazzy aux claviers tourbillonnants, Claude nous déroule le tapis rouge avec son savoir faire habituel.


Le tube du disque "le cow-boy", un titre superbe fait pour les radios, un morceau autobiographique. Claude s'interroge sur sa carrière "j'suis du mauvais côté de la rive, j'tire les mauvaises cartes", un morceau typé FM (claviers) mais pas que, écoutez les guitares avec attention c'est du grand art.


Une plongée dans la new wave avec "on peut soulever des montagnes", des claviers en veux tu en voilà sur un texte d'intro déclamé façon Ferré. Les mots interpellent car les maux peuvent être surmontés par la volonté de l'homme, c'est une vision nouvelle de l'artiste qui me surprend, Claude n'étant pas généralement optimiste sur l'avenir du genre humain. Une belle chanson au texte fort.


"Fric Frasques" débute avec un tempo très jazzy avec cuivres (synthé), mais Claude change de rythme, brouillant une fois de plus les pistes.


L'album se termine en douceur avec "Bébée" un titre très Fm (claviers - guitares), une chanson parsemée d'images sensuelles. La fin d'une histoire d'amour ? Sans doute. Puisque dans la réalité Claude Jacquin va réussir à prendre ce train, la conséquence étant une longue période d'absence avec son public.

 

"Fric Frac" restera finalement un très bon album ou Claude a su prendre le virage de la modernité du début des années 80.

Avec ce disque Claude a réussi, tout en gardant un style très personnel, à sublimer ses influences.

Mais c'est aussi à ce moment là que sa carrière s'arrête. C'est regrettable car après une longue maturation artistique le chanteur auteur-compositeur était arrivé à se hisser aux niveaux des références de la chanson française les Josnaz, Lavilliers etc...

C'était la période la plus passionnante de sa déjà longue carrière.

Pour tout vous dire, cet album me laissera quand même dans les oreilles un sentiment d'inachevé, un goût amer dans la bouche, vous savez, comme un feuilleton que l'on adore qui se termine avant la fin.....

 

 

 

Titre en écoute "ça vole bas "

 

Claude Jacquin (souvenirs - photos - articles de presse)

Makhno (remasterisation vinyle)

 

par Mister PAT

 

 

CLAUDE JACQUIN - (Jeux de mains - Jeux de Jacquin)

Publié le 06/02/2023 à 13:26 par francerock70 Tags : claude jacquin jeux de mains
CLAUDE JACQUIN - (Jeux de mains - Jeux de Jacquin)

 

 

Claude Jacquin (1980 - 1981 - Jeux de mains - Jeux de Jacquin)

 

 


Il est temps pour nous de revenir faire un tour du coté de chez notre ami Claude jacquin pour continuer à découvrir la suite de son histoire.

Cette fois ci Claude décroche la timbale avec son 4ème album "Jeux de Mains" , il est enfin reconnu par la profession et décroche le prix de la chanson française " album espoir n°1" au MIDEM en 1980.

Un de ses meilleurs disques au demeurant qui mérite amplement cette récompense. Claude Jacquin est alors au sommet de son art avec des textes toujours aussi incisifs, des musiques encore plus diversifiées et une interprétation originale sans faille.


Mais reprenons nos bavardages, ces petits instants privilégiés où Claude se dévoile sans arrière-pensée.

Des petits moments de sincérité que j'apprécie beaucoup car Claude Jacquin est un homme vrai qui m'entraîne dans un tourbillon de pure passion : la musique, les mots, l'engagement, je pense qu'à l'heure actuelle ce genre d'artiste se fait de plus en plus rare.

Donc ne boudons pas notre plaisir voici la suite des bavardages avec l'interview n° 5 :

 

 


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L'interview :

 

 

 

 

 

Mister Pat : Claude si tu veux bien, on va démarrer cette cinquième interview!

 

Claude Jacquin : Toujours fidèle au poste, j'attends tes questions…

 

 

MP : Je ne sais pas si tu penses comme moi, mais je crois pouvoir dire sans me tromper que cette période 80-81 a été pour toi une période faste au niveau des médias…

 

CJ : Oui à tous les niveaux, à partir de 1978, et c'est à partir de l'album «Générations» que l'on m’a entendu un peu plus sur les radios. J’ai commencé à me balader un peu partout, à tourner, c’était beaucoup plus intéressant, ça roulait tout seul. Une période faste, mais malheureusement, j’ai quand même quitté Paris pour aller m’installer dans le Gers et donc je devais partager mon temps entre les deux!

 

MP : Justement, alors en t'isolant dans le Gers comment as-tu gérer ta carrière?

 

CJ : Ça n’a pas été simple, parce qu’il fallait que je gère les deux lieux, c’est à dire, un coin isolé où j’étais agriculteur, et Paris où j’étais auteur compositeur interprète. Donc, difficile de gérer le tout, c’est pour ça que je n'ai pas fait une grosse carrière, ça m’a ralenti énormément! Mais bon, ça fait partie de la vie, hein, c’est comme ça! Je ne regrette rien!

 

MP : C'est vrai qu'il valait mieux être sur place, mais toi, tu étais représenté par un agent non?

 

CJ : Non, je n'avais pas d’agent, à l’époque c’était EMI, ma maison de disques, qui gérait tout, qui avait commencé à tout reprendre, ce n'était pas Sonopresse.

 

MP : Sonopresse, ils ont arrêté de distribuer tes disques, c’est ça?

 

CJ : Oui, ils ont arrêté la distribution et c’est Pathé Marconi qui a racheté une partie du catalogue Sonopresse, dont moi!

 

MP : Tu es repris avec le même contrat?

 

CJ : Le contrat à continué, j’avais signé un contrat de 5 ans avec Sonopresse, pour la prod de 5 albums et du coup à partir du 2ème album, j’ai été récupéré par Pathé-Marconi qui est devenue ma maison de disque.

 

MP : Alors justement, qu’est-ce qui a changé avec Pathé-Marconi, c’était différent?

 

CJ : Ca n'a pas changé grand-chose, sauf que d’un seul coup, je me suis retrouvé avec des gens qui s’occupaient de marketing, il n'y avait pas cela avant chez Sonopresse. Quand je dis marketing, c’était le travail sur les pochettes et tout le reste.

 

 

 

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MP : Sur cet album «Jeux de mains», la pochette est encore de Mondino.

 

Cj : On a repris Mondino pour ce nouveau disque, tu as vu que je faisais un bras de fer sur la pochette avec une femme, côté recto, on me voit très concentré. Et côté verso, je n'ai toujours pas gagné, je suis en train de transpirer comme un fou. Donc tu vois je ne suis pas aussi costaud qu’on a l’air de le dire (rires). Ça c’est l’esprit Mondino, un visionnaire, parce que cette pochette de disque pour l’anecdote, ça c’est très important: l'idée du bras de fer a été reprise par Johnny Hallyday, figures-toi, mais il y manque l’humour de Mondino? Ca reste qu’un bras de fer avec une femme. Un vrai plagiat!

 

 

 

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MP : Ah là tu m'apprends quelque chose!

 

CJ : Cherche bien dans les pochettes de Johnny, sur l’une d’elles il fait un bras de fer aussi, c’est assez rigolo (nota il s'agit de l'album "Pas Facile" sorti en 1981, l'album de Claude est sorti en 1980).


C'est Mondino qui a eu cette idée de cette pochette de disque, il s’est dit tiens «Jeux de mains», on va faire un bras de fer entre un mec et une femme, le mec croit qu'il va gagner facile, et puis finalement quand tu retournes la pochette, tu t’aperçois qu’il n’a rien gagné, il transpire, et ça rétabli les rapports psychologiques de domination homme/femme! C’était très intéressant, il y avait de l’humour et ça m’avait vachement plu! A la maison de disque également.

 

MP : Ce qui est marrant avec ce disque, c'est que les musicos, ce ne sont pas du tout les mêmes!

 

CJ : Oui ce ne sont pas les mêmes parce que j’ai eu un gros problème avec mes premiers musiciens. On a commencé à répéter et finalement, ils arrivaient régulièrement en retard, ça n’avançait pas, j’étais vraiment «emmerdé» parce qu’on avait réservé un grand studio son, et on avait 3 semaines pour se préparer, j'ai viré tout le monde!

 

MP : Ah carrément!

 

CJ : J’ai dit: «les gars c’est pas possible, on est en retard, je ne peux pas travailler comme ça, il faut que j’ai une équipe autour de moi qui soit vraiment sérieuse», et donc j’ai viré tout le monde… Je me suis retrouvé avec de nouveaux musicos que je ne connaissais pas. Si, il y a Didier Malherbe (Gong) que je connaissais de nom. Pathé-marconi m’a filé un nouveau directeur artistique: Jérémy Stefen, qui est devenu un pote par la suite.

À partir de là, on a cherché des musiciens, une équipe de base pour travailler avec moi pendant les 3 semaines et on a commencé à préparer les arrangements.

C’était très intéressant parce que c’était un travail de recherche si tu veux, c’est pas un arrangeur qui a travaillé sur les titres comme d’habitude, là c’était toute l’équipe, on cherchait, on travaillait tous ensemble.

 

 

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MP : Pour la plupart ce ne sont pas des musiciens que l'on connaît!

 

CJ : Pourtant dans ce disque il y a des supers musiciens, dont Didier Malherbe au saxo, Claude Barthélémy à la guitare qui était le directeur de l’orchestre de jazz de Paris. Il a fait 2 chorus dans «Méchant méchant», il se roulait par terre dans le studio, un mec qui joue comme un dingue, qui fait pas semblant, vraiment un musicien de très haut niveau. Il y avait aussi Jean François Leroux aux percussions, extrêmement connu à l’époque, Richard Raux, très grand saxophoniste de jazz aussi et Marc Steckar au violoncelle, un multi-instrumentiste.

 

 

 

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MP : Peut-être des musiciens moins connus du grand public!

 

CJ : Du grand public oui, mais très côtés dans le milieu du Jazz.

 

MP : L’enregistrement, ça s’est bien passé?

 

CJ : Oui, on a préparé l’album pendant 3 semaines et un mois pour l’enregistrement, au studio Johanna.

Ça laisse le temps de digérer le tout tranquillement, quand tu travailles dans ces conditions-là, tu n'as pas un arrangeur qui vient avec ses arrangements et les partitions, avec les musiciens qui arrivent et qui font tout en quelques jours. Pour ce disque, la méthode était complètement différente.

C’est pour ça qu’on a ce son un peu particulier dans le disque, vraiment, tu vois ce que j’veux dire, c’est pas du tout formaté, on est dans un enregistrement un peu particulier parce qu’il y a une grosse partie tournée en live, avec tous les musiciens de base, comme la basse, la batterie, les guitares… Après, on a fait venir les additionnels.

 

MP : D’ailleurs cela se ressent parce que moi comme je te l’ai déjà dit, ce disque-là, c’est mon préféré! Ça me paraît l'album le plus abouti de ton répertoire!

 

CJ : C’est grâce à cette méthode d’enregistrement, sans doute, que j’ai eu le prix Midem pour cet album là, parce qu’en face de moi il y avait du monde, et du beau monde.

 

MP : Alors justement, pour le MIDEM, tu peux m’expliquer comment ça s’est passé?

 

CJ : Le MIDEM, c’est simple, tu es invité, tu chantes une chanson ou deux chansons, en soirée, avec tout le show-biz dans la salle et après ils donnent les résultats! Le grand vainqueur de ce MIDEM 1980 ce fut Michel Jonasz, il a été désigné meilleur album de l'année avec «les années 80 commencent», pour ma part, j’ai été désigné par l’académie pour le disque «Jeux de mains» album espoir n°1. Mais en face de moi, il y avait quand même France Gall, Lio, Renaud, Françoise Hardy, Cabrel, Souchon, Lalanne, Jean Ferrat, Lavilliers, Julien Clerc, Bashung et Capdevielle.

 

 

 

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MP : Tu as quand même doublé tout le monde dans ce concours !

 

CJ : Oui, je n’y croyais pas! Je ne pensais même pas du tout que j’allais rapporter un prix du MIDEM. Finalement, c’est un pote à moi, Alain Morel, qui a fait un petit article dans Le Parisien, qui m’a appelé, il m’a dit «Jacquin on a tous voté, ça y est t’as gagné le prix jeune espoir, ton disque on l’a trouvé original, pas comme les autres, différent!» Je n'en revenais pas.

 

MP : Enfin il y a une reconnaissance du show biz ! Une reconnaissance de ton travail !

 

CJ : La reconnaissance du milieu, c’est à dire dire des producteurs, des journalistes, enfin tous les gens qui naviguent dans le milieu de la chanson. Ça m’a fait du bien, ça fait boum dans le cœur, ça donne envie de continuer, tu te dis «je n'ai pas travaillé pour rien».

 

MP : Et en plus après, tu as eu des bonnes critiques dans les médias?

 

CJ : Oui, j’ai eu de très bonnes critiques. Ça a fait boule de neige.

MP : Ça t’a ouvert peut-être d’autres portes avec ce prix !


CJ : Ca m'a surtout aidé pour trouver des concerts, organiser des tournées, et les radios m'ont beaucoup plus programmé.

 

MP : Par contre l’album par lui même, il s’est bien vendu ou pas? T’as des chiffres?

 

CJ : Je vais te dire un truc, moi mes albums, c’est simple, j’ai jamais dépassé les 10, 15000 exemplaires, je ne rapportais pas beaucoup d’blé à la maison de disques.

 

MP : C’était pas le jackpot avec toi?


CJ : Ça c'est sûr, l’investissement pour chaque album était vraiment conséquent, c’était une belle enveloppe. Mais mon directeur artistique, Claude Dejacques, s’en foutait. Quand je lui faisais écouter mes maquettes, il se concentrait, fermait les yeux et me disait «ouais c’est cool Jacquin, combien tu veux?» Je répondais «j’en sais rien, ça dépend comment je vais travailler.» Mais en gros je pouvais lui demander des sommes assez importantes, pour être à l’aise pour mes enregistrements et avec les musiciens, pour pouvoir les payer correctement.

 

 

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MP : C’est peut-être un peu personnel, mais pour gagner ta vie tu t’en sortais quand même?

 

CJ : Pour gagner ma vie, sur 10000 albums, comme j’étais auteur compositeur interprète, j’avais des droits de reproduction mécanique, donc ils avaient du en tirer 15000, donc sur 15000, tu as la reproduction mécanique sur chaque disque qui sort, après tu as les droits d’auteur sur les radios, les 2 télés, 3 télés, 4 télés que je faisais, et ainsi de suite, donc au final cela me faisait un peu de fric quand même pour vivre…

 

MP : Et les tournées, comme tu étais plus connu, tu avais de meilleurs cachets?

 

CJ : Concernant les cachets, je partageais l’argent avec mes musiciens, sauf pour les ventes de disques et autres.

Je pouvais vendre mes disques à la fin des concerts. Je rachetais mes disques à la production et je les vendais moi même au public! Mais les cachets étaient toujours partagés équitablement.


MP : Par rapport aux disques, tu n'avais pas une anecdote à me raconter, par rapport aux Stones, tu m’avais pas parlé de ça?

 

CJ : Par rapport aux Stones? Ah non, ça c’est des maquettes que j’ai faites sur le 16 pistes des Stones.

C’est à dire sur leur magnéto 16 pistes qui avait été récupéré par mes éditions «Champs Elysées», et qui était installé dans ses bureaux. J’ai 4 titres qui on été enregistrés sur ce magnéto exceptionnel, avec mon copain Richard Prézelin. On a fait ça tous les deux, pour présenter de nouvelles chansons, car je devais signer un nouveau contrat!

 

MP : C’était vraiment du bon matos!

 

CJ : Ce 16 pistes, il y avait des manettes comme on en voit plus maintenant. Donc tu vois, quand il y a 16 pistes sur la même largeur de bandes que tu utilises normalement sur un 24 pistes, tu as beaucoup plus de dynamique. C’était un truc de dingue le 16 pistes des Stones! Apparemment, aujourd’hui,il serait à New York, dans quel studio? Ça, j’en sais pas plus.

 

MP : J’en reviens au disque, je vais te parler de plusieurs titres que j’aime bien. C’est surtout des textes dont je vais te parler. «Soir-bluesy», est-ce que tu as connu ce genre de bar?

 

CJ : Oui bien sûr, en France, il y a plein de bars comme ça la nuit, où tu rencontres des gens différents, une «faune» très intéressante, avec des noctambules originaux et des ambiances très éclectiques. Mes chansons sont toujours inspirées par des événements, des situations que j’ai vus ou vécus.

 

MP : Je te crois parce que j'ai l’impression, quand j’écoute ce titre, de rentrer dans le bar.

 

CJ : Oui, avec le sax qui répond, je ne l’ai pas réécouté, mais je l’ai encore en tête, tu vois c’est marrant, il y a des morceaux, comme «le voyeur» par exemple, qui s’est directement inspiré de mon vécu quotidien.

 

MP : Justement, le voyeur, j’avais cette question, je trouvais que titre était particulièrement cinématographique dans le style, on dirait un film d’Hitchcock, je me demandais, est-ce qu’il s’est inspiré d'un film pour les paroles?

 

CJ : Non pas du tout, j’avais un petit appart’ dans le 3ème arrondissement, vers Beaubourg, au 4ème étage et mes fenêtres donnaient sur une petite cour. Je pouvais observer mes voisins, très proches de moi. Entr’autre, j’avais la vue sur une voisine, située au 3ème étage, juste en-dessous, je la voyais toujours passer son aspirateur. Un jour, alors que je la regardais faire son ménage, je me suis dit, «merde, mais je vais faire une chanson, comme si j’étais un voyeur…» Je me suis mis dans la peau d’un réalisateur de film, et pour ce titre, je me suis donné le rôle d’un tueur.

 

MP : C’était un délire quelque part?

 

CJ : C’était un délire total, moi j’ai fait mon cinéma en musique comme si j’étais le tueur qui regarde la nana et qui, après une pulsion irrépressible, va aller la trucider. C’est exactement ça «le voyeur», j’ai été inspiré directement par ma voisine, je ne lui ai jamais dit !

 

MP : J’en reviens à «Soir bluesy», ce qui m’a interpelé dans la musique, c'est qu'il y a encore un riff des Stones «I can get no satisfaction», que tu reprends une nouvelle fois, ça veut dire que tu adores ce titre des Stones!

 

CJ : Bien sûr, parce que ce titre avait marqué ma jeunesse, c’est pour ça que comme dans «Générations», j’en avais remis une petite couche ! Mais j’adorais les Beatles aussi.

 

MP : En ce qui concerne «Miss Smith», tu m’apprends que c’était pour Patti Smith?

 

CJ : C'est un hommage à Patti Smith, c’était vraiment une chanteuse avec un esprit punk, moi ça me plaisait beaucoup, son attitude, sa façon d’être, sa façon de vivre...

 

MP : C’est la poétesse du rock Patti Smith et comme toi t’es un poète aussi, ça vous rapprochait.

 

CJ : Je voulais faire un hommage à Patti Smith, mais le titre n’est pas rock dans la forme, dans l’esprit oui, mais il est hybride, décalé, c’est particulier comme morceau, avec un violoncelle qui apporte un côté classique.

 

MP : À mon avis ce titre, il pouvait sortir en single, il était formaté un peu pour ça je pense.

 

CJ : C’est à dire que la maison de disques était très emmerdée avec cet album, parce qu'ils ne savaient pas très bien par où le prendre, et le vendre. C’était compliqué pour eux, comment choisir la chanson? Laquelle pouvait passer en radio? Les gars du marketing se prenaient la tête. «Soir bluesy» peut-être, ce titre a pas trop mal marché.

 

MP : Venons en maintenant au titre «la parole», c'est une performance vocale incroyable, je n'ai jamais entendu encore un chanteur chanter de cette façon.

 

CJ : Oui, c’est particulier.

 

MP : Alors comment tu fais pour tenir le ton, parce que ta voix est impressionnante! Tu as toujours progressé avec ta voix?

 

CJ : Oui, j’ai toujours progressé, mais c’est monté tranquillement en puissance, grâce au travail quotidien, avec l’expérience. Surtout à cette époque, dans les années 80, j’avais une puissance de voix énorme, j’étais comme un crieur de journaux, je pouvais tenir une note pendant plus d’une minute. Tu chantes tous les jours donc du coup tu prend de la puissance, tu prends de la justesse… Finalement, quand je chante mes compositions, c’est rarement faux. Dans les chansons des autres, c’est autre chose. Avec mes chansons, je sais que je peux aller très loin, je m’en tirerai toujours, c'est l’expérience qui compte. Tu as vu, je l’ai ré-enregistrée.

 

MP : Oui pour la compile de fin d’année, qu’on a d’ailleurs sorti quand les gens liront cet article, c’est une version complètement différente bien sûr, que moi, je trouve très bonne, excellente.

 

CJ : C’est une version électro, j’ai travaillé avec mon fils. Je lui ai imposé quand même la guitare à droite à gauche parce que j’avais besoin de cela, lui, il a fait les arrangements avec cette boucle synthétique qui te fait avancer, qui fait bouger, swinguer musicalement. C’est un excellent arrangeur, en dehors de ses chansons en français que j’adore.

 

MP : Dans cette nouvelle version, la guitare, elle est bien, parce qu’elle tombe juste quand il faut, en plus de cela c'est très dansant.

 

CJ : Je suis content de cette nouvelle version, quand on refait un titre avec mon fils, c’est parce que ce sont des chansons qui me tiennent à cœur. J’en ai ré-enregistré une deuxième «l’homme», elle était aussi sur l'album «jeux de mains». Son titre maintenant est «2100». Le refrain fait «en l’année 2100 c’est le printemps», j’ai retouché un peu le texte, c’est beaucoup plus riche aujourd’hui. Je vais ré-enregistrer également «on peut soulever les montagnes» qui était sur mon album suivant.

 

MP : Ton but avec ce nouveau disque, c’est de faire un album de reprises ou bien tu fais de nouvelles chansons?

 

CJ : Après, il n’y aura que des nouvelles chansons, avec des textes engagés, ou pas, comme j'aime le faire, qui seront le reflet de mon état d'esprit sur la situation actuelle. Mais je ne fais pas que de la chanson, je fais d’autres choses, je travaille beaucoup pour les enfants. Avec ma compagne, on intervient dans les écoles où on anime des ateliers d'initiation et de découverte au cinéma d'animation image par image (stop motion) pour sensibiliser, apprendre et réaliser des films d’animations avec les enfants. Avec Christine Leyat (mon alter ego féminin), nous avons travaillé avec Anne Sylvestre. On a réalisé ses «fabulettes» en animation, plus d’une trentaine de ses chansons pour enfants.

 

MP : Si tu peux développer un peu pour les lecteurs, je mets le lien de «Bouts de cartoon», votre petite chaîne sur youtube:

 

CJ : Le mieux, c’est d’aller faire un tour sur «Bouts de Cartoon», on peut y visionner une centaine de films d’animation réalisés avec des élèves d’écoles maternelles et primaires, entre autres, les "Fabulettes" d’Anne Sylvestre en animation, «l’Alphabet rigolo», une série animée pour les enfants, etc…

 

 

Bouts de cartoon

 

 

 

 

 

MP : Pour en revenir à l’album, la chanson «labyrinthe», c’est de la pure science fiction. c’est un futur effrayant, enfin moi c’est ce que j’ai ressenti.

 

CJ : C’est comme dans tous les livres de SF, les histoires sont très souvent inspirées par des mondes post-atomiques, c'est d'ailleurs très à la mode en ce moment. Avec ce qui se passe en Ukraine aujourd’hui, on ne peut que se projeter dans des futurs un peu noirs, glauques… Mais il y a d’autres voies littéraires dans la SF, qui font espérer un monde plus écolo, plus respectueux des générations à venir.


MP : Je ne vais pas énumérer tous les titres, parce que l’album c’est pour moi le plus génial, mais on a déjà évoqué le problème, c'est qu'il n'y a pas vraiment de titre vendeur. Pourquoi, ils ne t’ont pas fait faire à côté un 45 tours avec un titre plus simple différent de l’album.

 

CJ : Je ne sais pas, tu sais ça se passait comme ça, on ne se posait pas trop de questions, même le marketing n’arrivait pas à faire un choix. Mon directeur artistique avait dit «oui c’est cool on prend le tout et on y va.»
À l’arrivée, tu t’aperçois finalement qu’il n'y a pas grand-chose de passable en radio, c’était difficile, très très difficile, mes chansons étaient compliquées à vendre!

 

MP : Sur ce disque, lequel est ton titre préféré?

 

CJ : C’est dur de choisir, je dirais « la parole », ou « l’homme » également et pour le côté cinématographique j'aime beaucoup «le voyeur», parce qu’avec cette chanson on suit le parcours d’un tueur, petit à petit, il y a du suspens, la tension monte, on sent qu’il va se passer des choses.

 

MP : Tu n'as pas écrit de scénarios pour le cinéma?

 

CJ : Non jamais, j’ai écrit des nouvelles, mais pas pour le cinéma.

 

MP : Avec ce disque, tu as fait des concerts, des tournées?

 

CJ : Oui bien sûr on est parti en tournée. Il y avait notamment Richard Raux, Umberto Panini, Gilles Douieb, Mico Nissim etc.. toute l'équipe.

 

 

MP : Ensuite, en 1981 tu sors un 45 tours «Toutamour», on voit que la maison de disque a essayé de rendre le single plus accessible au niveau du grand public!

 

CJ : Y a jamais eu de demande expresse de ma maison de disques, c’est moi qui, pour cette chanson, avait trouvé intéressante l’histoire du prolo qui est dans son p’tit coin, qui vit sa vie tranquille et qui ne demande rien à personne. Tu sais on oublie facilement les gens qui ont des vies simples, parce qu’ils ont une petite vie d’ouvrier, ça a été le cas de mes parents. Je me suis dit un jour je vais faire une chanson comme ça pour montrer que finalement, eux, malgré les difficultés, ils mènent leur vie avec beaucoup de joies, du bonheur et l’envie de réussir leurs vies familiales.

 

 

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MP : Comme beaucoup de gens...

 

CJ : Oui, comme la plupart des gens et cette chanson a bien fonctionné en radio, elle a été pas mal diffusée.

 

MP : On voit de suite que c’est moins complexe au niveau musical. Avec le single suivant «le fond du coeur», on voit que tu as mis l’accent sur les claviers, tu évolues un peu vers la new wave!

 

CJ : Ca vient aussi de l’arrangeur Mico Nissim qui est pianiste,« Poisson noyé» c’est pareil, ça a été un gros travail.

 

 

 

 

 

 

MP : Moi j’adore cette chanson parce qu’il y a toujours ce style un peu jazzy et en plus de ça, la voix puissante que tu as.

CJ : «Poisson noyé», c’est un titre que j’aime beaucoup. Pour la pochette, c'était le photographe de Claude François «Lebreton», qui était un pote à moi, il me faisait des photos de temps en temps.

 

MP : C’est vrai qu’tu connaissais pas mal de monde à l’époque, au niveau show bizz.

 

CJ : Non, moi j’étais pas trop dans le show bizz, j’étais invité à droite à gauche dans des soirées un peu particulières genre culturelles, des gens un peu de la haute bourgeoisie…

 

MP : Ca t’intéressais pas les soirées du show-biz?

 

CJ : Tu sais les paroles qui s’envolent dans ce genre de soirée quand tu as bu 17 whiskys, les grandes promesses le lendemain, elles ont été oubliées...

 

MP : J'en viens maintenant à cet album, «Dôme 1» l'opéra rock de science fiction! Tu l'avais écrit avec Paul Florant, c’est ça?

 

CJ : Oui avec mon copain Paul Florant de Beaune, qui travaillait dans le vin, il était œnologue, auteur compositeur interprète aussi, très sympa, il écrivait très très bien, un peu comme Brassens, on a travaillé ensemble. C'était Jérémy Stefen pour la musique, c’est lui qui a composé les mélodies.

 

MP : Après c’est un disque qui n'est jamais sorti également.

 

CJ : C’est un disque, totalement inédit, mais ce qui est marrant c'est que Jérémy stefen l'a ré-enregistré. Il l'a retravaillé pendant des années, mais ce n'est pas du tout le même disque.

 

MP : L’histoire de cet opéra c’était quoi? Tu peux me la résumer rapidement ?

 

CJ : C’est l’histoire d’un monde totalement isolé sous un dôme, dans lequel il y a un grand ordinateur qui s’appelle «Procyon l’immobile». Ce grand ordinateur, big brother, a une utopie, il veut tout gérer, tout commander, donc c’est lui qui gère tout. Il va puiser dans les rêves de ses sujets ce qu’il ne peut pas rêver lui même, pas dans ce qu’ils vivent.

 

MP : C'est complexe mais intéressant. Tu as écrit des nouvelles de science fiction, mais ce que je ne comprends pas, tu aurais pu écrire un livre c’est quand même un univers que tu aimes bien.

 

CJ : J’ai écrit un livre qui s’appelle «Femmes city 2144», qui existe depuis très longtemps et je ne sais pas comment le publier, car c'est un truc qui est vraiment particulier tu vois, très visuel ça pourrait je pense faire une bonne bande dessinée.

 

MP : Bon alors j’en reviens au disque l'opéra rock, moi je l'ai cet album «Dome 1» (Claude me l'a gentiment envoyé),c’est vraiment du rock, ça n'a rien a voir avec tes disques persos.

 

CJ : Oui il y a un super guitariste et d'excellents choristes sur ce disque.

 

MP : Pour moi Starmania, c’est de la variété à côté, je te le dis c’est beaucoup plus rock. Tu aurais bien aimé que le disque sorte je suppose.

 

CJ : Nous on aurait aimé faire un spectacle et j’avais été voir un des plus grand producteurs de spectacles de Paris, à l’époque, qui avait beaucoup d'argent. Il a dit «oui c’est bien, mais je n'investis plus dans ce genre de spectacles, j’ai perdu trop d'argent». Il habitait à Montmartre, il avait une super baraque, il avait précisé que faire un spectacle avec ce genre d’histoire, ça représentait beaucoup d'investissements… Il fallait créer un faux dôme, il y avait des décors de dingue, ça n’était pas possible. Donc on a laissé tomber.

 

MP : C’était au mauvais moment je pense.

 

CJ : Il aurait fallu arriver un an ou deux ans avant, mais là, aucune possibilité.

 

MP : Claude on arrive une fois encore au bout de l'interview, c'est toujours un plaisir de discuter ensemble!

 

CJ : Je prends rendez-vous pour la 6ème, le mois prochain!

 

 


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Chronique de l'album :

 

 

Pour moi ce disque est sans aucun doute le meilleur de Claude Jacquin, le plus abouti tant aux niveau des textes que de la musique.

 

Le chant a également évolué, la voix de Claude a mûri, elle est plus puissante et plus forte.

Le disque débute avec "soir bluesy" un blues-rock jazzy et comme souvent avec Claude Jacquin, un titre, musicalement, pas facile a faire rentrer dans des cases .

 

 

Le " Claude " il aime bien brouiller les pistes. Un texte comme d'habitude de haute volée avec des mots crus qui serait sûrement difficile à passer dans les médias à l'heure actuelle.

 

" Le voyeur " suit avec son style cinémathographique, une plongée dans le cerveau d'un tueur psychopathe, le film se déroule sous nos yeux. Bravo l'artiste pour ce condensé si réel. Musicalement un rythme groovy de guitares électriques et acoustiques vient contrebalancer un synthé omniprésent. Bien vu !

 

 

J'en arrive à "Miss Smith" cette ode à Patti Smith, on retrouve dans les mots la justesse du propos. Une description fidèle à la poétesse du rock. Une intro déroutante avec des cordes mais on change rapidement de style, rock, groove, les breaks s'enchaînent encore une fois, un morceau musicalement à tiroirs.

 

 

Mon titre favori, " la parole ", je n'avais jamais entendu jusqu'à présent ce genre de chanson, la voix de Claude Jacquin est à son paroxysme et c'est vraiment surprenant. Les mots claquent faisant corps avec la musique. Un morceau étonnant où le chant a une importance prépondérante.

 

 

Je vais finir avec "l' homme" encore une magnifique chanson dans laquelle Claude Jacquin nous dévoile sa vision de l'humain et de ses vicissitudes. Il remet comme d'habitude les pendules à l'heure et dénonce un système politique dévoyé asservi à la finance, des médias etc........ mais je vous laisse lire ce texte sublime qui n'a pas pris une ride et qui malheureusement reste toujours d'actualité.

 

 

 

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En conclusion je peux vous dire que "Jeux de mains " est un excellent album qui hisse définitivement l'auteur-compositeur Claude Jacquin, qui est cette fois ci particulièrement inspiré, dans la catégorie des grands artistes de la chanson Française.

 

Un disque qui est à mon avis nécessaire, il a la particularité de vous faire réfléchir tout en vous divertissant.

 

C'est du grand art car c'est un équilibre qui n'est pas toujours facile à trouver.

 

Il n'y a que quelques grands chanteurs qui y sont arrivés. Claude devait rentrer dans cette catégorie, il a été largement sous estimé.

 

Claude Jacquin, un poète, un baladin, un chanteur auquel dorénavant il faudra rajouter l'adjectif "grand", car à mes yeux il le mérite amplement.

 

 

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Cette fois ci vous allez être gâtés, je vous mets l'album et ses deux 45 tours "Toutamour " et "le fond du coeur est frais" agémenté d'un titre non retenu par EMI "Où tu cours comme ça".

 

 

 

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De plus pour les abonnés il y aura un album live inédit absolument incroyable, "Constat 76 " une suite de 45 minutes (oui vous avez bien lu c'est un morceau de 45 minutes et 29 secondes qui reprend entre autre le titre " l'homme" présent sur "jeux de mains" mais avec des paroles différentes), je peux vous dire en l'écoutant que ce live vaut son pesant de cacahuètes, c'est une rareté.

 

 

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Merci à Claude Jacquin pour les photos, les coupures de presse, les inédits et les anecdotes.

Merci à Makhno pour la remasterisation de l'album et des singles

 

par Mister PAT

 


Titre en écoute : " Soir bluesy "

 

 

 

 

 

CLAUDE JACQUIN - (Les années 1978 à 1979 - Génération Rock)

Publié le 29/12/2022 à 14:47 par francerock70 Tags : claude jacquin
CLAUDE JACQUIN - (Les années 1978 à 1979 - Génération Rock)

 

 

" Coucou le revoilou ", voici le quatrième entretien avec l'ami Claude Jacquin qui nous parle de son album électrique "Générations" sorti en 1978.

un petit bijou oublié qui fait partie des grands disques de la chanson Française. Un 33 tours culte à insérer obligatoirement dans la rubrique France de votre discothèque personnelle.

Une fois de plus dans ces " bavardages " Claude nous surprend avec quelques anecdotes pas " piqué des hannetons ".

Encore une interview excitante avec un Claude Jacquin intarissable sur ses fabuleux souvenirs des années 70.

 

 

 

1978-Avec_Richard_et_Pierre

 

 

 


Je vous incite à lire entièrement cet article car comme d'habitude avec Claude il y a toujours de la passion et du verbe, mais cette fois ci l'artiste engagé a franchi le rubicon il a changé de style. L'homme pressé a enfilé le costume de rocker, ça lui va d'ailleurs comme un gant, normal me direz vous Claude Jacquin dévore la vie à pleine dent, il ne restait définitivement que le rock pour le rassasier......

 

 

 

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Biographie (suite)


En 1978, son ami Louis Bonnemaire lui offre 15 jours d’enregistrement dans un studio professionnel. Avec son groupe, il enregistre une douzaine de titres. Il se fait remarquer par Sacha Reims, directeur des éditions « Champs Elysées », lors d'un concert pour un comité
d'entreprise.

Sacha Reims lui assure un contrat d'édition de 5 ans dans sa maison d'éditions. Il se sépare du producteur Nicolas Péridès et signe chez SONOPRESSE pour une durée de 5 ans et 5 albums, dont le premier est l'album « Générations ».

Cette même année, sort son deuxième livre « Paris la fête » aux éditions Guy Authier, distribution Hachette, qui relate l’arrivée des bateleurs et autres saltimbanques autour du centre Pompidou dont la construction vient de se terminer.

Depuis la fin du XIXième siècle, aucun auteur ne s’était intéressé aux artistes de la rue. Il s’immerge parmi eux pendant 6 mois avec son
ami et photographe Michel Deschamps. C’est là qu’il fait la connaissance d’un fils Bouglione « Alexandre » qui se produit dans la rue avec son numéro international « équilibre sur échelle ». Il s’est séparé de sa famille et va fonder plus tard, en se mariant avec une Romanès, « le cirque Romanès »

En 1979, pour marquer la sortie du disque « GENERATIONS », qui commence à passer sur les radios nationales, et pour marquer le coup avec le livre « Paris la fête », Sonopresse organise un concert à BOBINO, dont sortira un album live. où Jacquin invite tous ses amis
bateleurs, et notamment MOUNA, le harangueur de Beaubourg et des manifs, le créateur du « Mouna frères », revue subversive et engagée, dans laquelle Jacquin publiera quelques nouvelles de science-fiction dont « L’aide-à-vivre » qui préfigurait déjà les grandes pollutions du XXIième siècle dues au plastique…

C’est aussi la participation à la deuxième édition du « Printemps de Bourges »........................

 

 

 

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Interview 4 (suite)

 


MP: Bonjour Claude, nous en sommes à notre quatrième rendez vous mensuel, tu ne commences pas à saturer ?

 

CJ: Pas du tout, c'est vraiment un plaisir ces bavardages entre potes!

 

 

 

MP: Ok donc comme convenu nous allons parler ensemble de la période 1978-1979 avec ton album qui sort chez sonopresse. Ma toute première question, j’ai vu que tu parles de Louis Bonnemaire dans ta bio, c’était qui Louis Bonnemaire?

 

CJ: Louis Bonnemaire était un copain qui faisait partie de ma bande de potes, il était dans une boite de communication, il suivait ce que je faisais… Quand je chantais dans un cabaret, il venait me voir. Un jour il me dit « écoute Claude, je viens d’hériter d’une petite somme d’argent, 50 000 francs, je te les donne, j’organise une enregistrement avec tes musiciens et on fait une super maquette ».

 

 

 

MP: Et bien c’était déjà une belle somme !

 

CJ: Je ne sais pas ce que cela représente aujourd’hui, mais à l’époque, en 77, pour moi en tous les cas, c’était énorme et il tout financé. On est parti enregistrer une maquette de 12 titres avec mes musiciens.
Il ajoute : « si tu veux, puisque tu veux te barrer de chez Péridès, j’essaie de te trouver une maison de disques, ou un un éditeur ». Voilà, ça a commencé comme ça!

 

 

 

MP: La maquette, c’était ton album « générations »?

 

CJ: Oui, c’était mon album, à deux ou trois chansons près.

 

 

 

MP: Et les chansons qui ne sont pas sur l’album, tu les as utilisées plus tard?

 

CJ: Pas toutes, certaines étaient éditées chez Péridès, je les avais déjà enregistrées sur mon premier album. J’ai une K7 de bonne qualité de cette maquette de 12 titres, mais je ne l’ai pas encore numérisée.

 

 

 

MP: Très intéressant, est-ce que tu peux me la numériser?

 

CJ: J’ai essayé l’autre jour, mais il me manquait des câbles, parce qu’il faut que je passe par une carte son, mais je vais le faire!

 

 

 

MP: Ce serait vraiment bien de l’avoir, parce que la maquette, c’est encore différent de l’album définitif !

 

CJ: Oui ça n’a rien à voir! En plus c’était avec mes musiciens de scène! Avec mon copain Prézelin, avec Robineau, mon batteur, avec Colin à la basse et jean-louis Marsat aux claviers. Donc on a fait de belles maquettes. Un jour je vais chanter pour une soirée « comité d’entreprise », je crois que c’était pour la BNP, on était vraiment bien partis, je peux te dire qu'on avait foutu le feu dans la salle, le hasard a voulu que Sacha Reins soit passé faire un tour au concert.

 

 

 

MP: Génial ! Sacha Reins, c’était un journaliste connu déjà à l’époque non!

 

CJ: Oui, c’était un journaliste très connu (magazine Best entr’autres), qui écrivait des articles sur les Stones, et beaucoup de groupes anglais. Donc, il s’est pointé là, il a failli ne pas rentrer d’ailleurs parce que les sbires à l’entrée ne voulaient pas le laisser passer. Finalement, il a réussi à rentrer, il nous a écouté pendant une bonne demi-heure… Ensuite, il a été voir Loulou (enfin moi j’appelais Louis Bonnemaire « Loulou ») et lui a dit : « Louis, Jacquin je le veux demain matin dans mes bureaux! » Loulou a répondu : " Ok demain matin dans tes bureaux des éditions Champs Elysées".


Sacha Reins était le directeur des éditions Champs Elysées, une des plus grosses maisons d'édition sur Paris.


Le lendemain matin, effectivement, on s’est pointés dans les bureaux de Champs Elysées… Il y avait le boss Sacha Reins, qui m’a dit: « moi, je te propose un contrat de 5 ans en édition, et dans les 15 jours je te trouve une maison de disques! J’ai signé direct pour 5 ans, je n'ai même pas lu le contrat, parce qu’il faut passer par un avocat pour lire les contrats, mais là c’était l’édition et dans les contrats d’édition ce sont souvent des contrats types, donc, normalement, y a pas trop de surprises.

 

 

 

MP: Donc 5 ans c’était quand même un bon contrat!

 

CJ: Pour moi, 5 ans c’était très intéressant parce que c'était du long terme. C’est à dire que le mec Sacha il croit en moi et donc il n'y va pas à moitié. Ce n’est pas comme aujourd’hui où tu fais un cd (un EP) de 4 titres et tu attends de savoir comment ça bouge au niveau des sondages, de la presse, des médias, du public… La galère du temps qui passe sans vraiment de réponses le plus souvent.

 



MP: C’était un peu le jackpot, parce que tu as signé pour 5 albums chez Sonopresse?

 

CJ: Oui, Sacha Reins a tenu ses promesses, 15 jours après j’ai signé pour un album par an, donc 5 albums. C'est là que les les gros problèmes ont commencé! Avec mes musiciens évidemment. Pour mon premier album chez Sonopresse, je devais enregistrer aux studios Ferber, c’était l’endroit un peu à la mode. Un des studio référent sur Paris.

 

 

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MP: Ah ben oui, Ferber, c’est là où Christophe a enregistré ses albums.

 

CJ: Oui c’est ça, et toutes les stars de l'époque passaient par Ferber, même aujourd’hui, certains y retournent encore.

 

 

MP: C’est parce que le son était meilleur?

 

CJ: À l’époque c’était l’ingénieur du son Paul Scémama qui était aux commandes, un gage de qualité, et Claude Grillis comme assistant (c’est ce dernier qui a, quelques années après, mixé « la boîte de jazz » de Michel Jonasz. On est devenus potes! Le studio était renommé, avec une super console et le top au niveau « des écoutes ». Tout change pour moi à ce moment-là, parce que chez Pérides, on avait enregistré dans le studio « at home » de l’arrangeur, et les maquettes par la suite, dans un bon studio, mais on était loin de la qualité du matos du studio Ferber! Ce n'était pas du tout la même ambiance!

 

 

MP: Là tu as vu de suite que tu avais monté une marche!

 

CJ: Si on peut dire, oui! En plus, pour cet album, j’avais un super produceur (directeur artistique), Thierry Vincent, qui était très connu dans le milieu du disque, avec plein de références, il avait travaillé, entre autres, avec Julien Clerc. Du coup, le problème qui s’est posé, c’est que Thierry Vincent, en écoutant les maquettes, a fait le point: « les chansons sont top, mais au niveau du jeu des musicos pour les enregistrements, ça ne va pas le faire!
On refait tout, on repart à zéro avec d’autres musiciens ». C’était la merde! Je ne savais pas trop quoi penser…

 

 

 

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MP: Tu as eu la crème des musiciens de studios!

 

C: Oui c’est ça, j'ai eu tous les bons! Ceux qui travaillaient avec Jonasz et les poids lourds de l'époque. Thierry Vincent m’a dit « moi je veux bien m'occuper de ton album, mais on part avec d’autres musiciens. Si on peut utiliser un de tes musiciens dans un des morceaux on le fera, et c’est ce qui a été fait d’ailleurs.
Alors il a fallu que j’apprenne la nouvelle à mes musiciens et ça n'a pas été facile. En plein dilemme! je culpabilisais!

 

 

MP: Oui je m'en doute parce que Richard Prézelin, ça faisait quand même une paille que t’étais avec lui non!

 

CJ: Quand je les ai vus, je leur ai tout dit : « voilà ce qui se passe, le directeur artistique me met au pied du mur, je ne peux pas faire autrement, sinon je ne fais pas le disque, enfin pas avec lui en tous les cas! »

 



Ils ont été très cool et m’ont répondu: « Bon écoute, essaie comme ça et on verra bien par la suite ». Je leur ai dit: « Ce que je vous promets, c’est que dès les premières séances, vous venez au studio, voir comment les « pros du studio » travaillent ». À l’époque, on les appelait « les requins de studio ». C'est ce qui s’est passé. Mes musicos ont pris conscience que c'était un autre univers, que c’était beaucoup plus « professionnel ».


Ils ont dit: « ouais ouais! Bon d’accord, ok normal, on laisse tomber, nous on est bons pour la scène, pour l’instant, l’enregistrement studio à ce niveau là, c’est même pas la peine! »

 

 

MP: Le niveau était beaucoup plus élevé !

 

CJ: Oui il y avait les meilleurs, les frères Lable (Denis aux grattes, et Richard au wurlitzer), Patrice Tison (super guitariste), Guy Delacroix à la basse (il est devenu par la suite le chef d’orchestre de Jean-Michel Jarre), Joe Hammer à la batterie, etc… Moi, j’étais dans ma cabine, je me sentais poussé des ailes! Ça tournait tout seul, les guitares, la batterie, la basse, le son était magique. Gros matos, beaucoup de sensibilités,et une super dynamique, on sentait qu’ils avaient l’habitude de travailler ensemble.

 

 

MP: Tout cela t'a boosté?

 

CJ: Oui ça m'a motivé, j'étais serein en studio… Mais j'ai pas laissé tomber les autres pour la scène, ils étaient vraiment bons, et c’était mes poteaux, ceux qui ont débuté avec moi et connus les premières galères.

 



MP: C’est toujours un peu douloureux ce genre de situation, surtout quand tu as tourné avec des gars pendant des années.

 

CJ: Oui, Prézelin surtout, depuis mes débuts ! Depuis 72. Même 71 quand on s’est connus! Et on est toujours potes.

 

 

MP: Ca prouve que c’est un mec bien parce que ce n'est pas toujours le cas!

 

CJ: C’est vrai t’as raison, Prézelin est un super mec. C’est un grand guitariste, complet, il a un nom reconnu dans le monde des musiciens, il a accompagné Jean-Michel Caradec, Lavilliers et beaucoup d’autres ACI (auteurs, compositeurs, interprètes).

 

 

MP: Comment s’est passé l’enregistrement du disque? Ça a été fait en combien de temps?

 

CJ: l’album a été réalisé en un mois, et je ne sais même pas la somme qu’ils ont dépensé pour ce disque. Je sais que pour les arrangeurs ça devait tourner entre 400 et 1000 euros d’aujourd’hui par titre, en fonction de sa notoriété et de ses qualités, tu vois en gros, parce que dès que tu rentres dans le milieu professionnel ça coûte vite très cher.

 

 

MP: La pochette de « Générations » est également d'une grande qualité, c'était Mondino non?

 

CJ: Comme ils avaient mis le paquet sur l'enregistrement, il fallait le mettre sur le visuel, Thierry Vincent a fait venir Jean-Baptiste Mondino, parce que c’était le photographe qui émergeait dans les médias, on commençait à parler de lui. J’ai été un des premiers chanteurs à faire des pochettes avec lui. Donc il est venu au studio Ferber, il a dit: « donnez-moi une cassette avec tous les titres, je reviens dans deux ou trois heures ».

 

 

Il est revenu effectivement deux ou trois heures après, Il m’a dit: « Jacquin, je vois le truc, donc rendez-vous sur le périph, à telle heure, à tel endroit! » Je me suis pointé sur le périph, à l’endroit qu’il m’avait indiqué… Le gus était à quatre pattes dans les herbes au milieu d’une sorte de terrain vague avec en fond, juste derrière, d’immenses cuves qui brillaient sous un soleil d’enfer… Mondino préparait la photo. Un vrai pro, plein d’idées originales, souvent improbables!

 

 

 

 

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MP: C’était une raffinerie qui était derrière?

 

CJ: Oui c’était une sorte de raffinerie, enfin ça y ressemblait. Il m’avait dit « mets ton blouson et tes fringues normales », c’est là qu’il a fait ces fameuses photos avec la dynamite devant ces cuves, je ne sais pas si tu vois le délire!

 

 

MP: C’est c’que j’allais dire, aujourd’hui, si tu te prends en photos comme ça devant une raffinerie, tu vas de suite en taule !

 

CJ: C’était un vrai délire je te jure cette photo là! On a quand même eu le prix de la meilleure pochette de l'année dans « show magazine » avec ces clichés.

 

 

MP: Elle est belle cette pochette et choquante à la fois!

 

CJ : Oui ça choc, surtout quand tu me vois, sur le verso, avec la dynamite allumée dans le dos! Et après quand t’ouvres la pochette, ça donne l’impression que ça a explosé, parce qu’il a fait claqué le soleil sur les cuves!

 

 

MP: Elle est superbe cette photo!

 

CJ: Ca représente vraiment bien à l’époque ce que je faisais, mon état d'esprit, parce que moi j’étais comme ça, explosif!

 

 

MP: Il avait vraiment bien cerné ta personnalité.

 

CJ: Mondino, c'est un génie ce gars-là, très gentil, très cool, Il a fait énormément de pochettes par la suite pour des artistes comme Hubert-Félix Thiéfaine, Taxi girl, Eddy Mitchel, etc. Il a fait également de nombreux clips vidéo pour des artistes français et internationaux.

 

 

MP: tu n'as pas d’anecdotes particulières pour ce disque?

 

CJ: Ce sont des anecdotes de musiciens, comme Denis Lable par exemple, tu vois, on est partis se faire la petite bouffe du midi, il avait un chorus à faire, et bien il est resté tout seul, il a préparé son solo! Et quand on est revenus, il nous l’a fait écouter, il avait passé une heure à bosser. Il ne fait pas semblant, pour un titre en studio, il n'improvise pas, il travaille, il travaille, jusqu’à ce qu’il trouve. ce chorus de guitare est géantissime, original, difficile, pour un autre guitariste, à reproduire.

 

 

MP: Nouvelle question, avec cet album ton style change carrément, c’est du blues, c’est du rock, c’est un album plein d’électricité, c’est un virage à 180°?

 

CJ: C’est un virage que j'avais déjà pris depuis un certain temps, ça ne s’est pas fait d’un coup. Il y avait un moment déjà qu'avec Richard Prézelin on commençait à faire des chansons tendance un peu plus rock. La chanson, en cette période « bénie », avait évolué, c’était un peu tous les musiciens qui allaient de plus en plus vers l’électrique…

 

 

MP: Ce que je ne comprends pas, c’est qu'ils n'ont pas sorti un titre de l'album en 45 tours?

 

CJ : À l’époque, quand on sortait un album, on vendait un album, t’as qu’à regarder tous les chanteurs dans mon style. De toutes façons, t’avais un titre, deux titres qui passaient en radio et pas les 12, avec ce disque il y avait « générations » qui passait beaucoup sur les ondes.

 

 

MP: c’est ce que je voulais te dire, ce titre avait beaucoup cartonné à l'époque, parce que moi, je l’ai entendu ce titre, je m’en rappelle bien.

 

CJ: Il me semble que ça passait pas mal sur RTL.

 

 

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MP: Tu as fait des télés avec ce disque aussi?

 

CJ: Oui, j’étais passé, entre autres, à « Midi première » présenté par Danielle Gilbert.

 

 

MP: C’était le passage obligé aussi?

 

CJ: Pour moi, à « Midi première », j’étais un extra terrestre, je ne regardais jamais la télé, donc je ne savais même pas ce qui passait sur les écrans. Même les radios, je n'écoutais pas, nous on était plus dans les compos, dans le travail à chercher des concerts, composer des chansons, répéter…

 

 

MP: Mais tu as quand même un bon souvenir de « Midi première »? Ça s’est bien passé?

 

CJ: Heu, s’est passé très très vite, tu vois, comme un éclair, je me souviens qu’il y avait un champion, un mec qui faisait de la course hippique, un des plus grands à l’époque, je me souviens de lui, il était tout petit. Danielle Gilbert, très sympa, gentille, vraiment nature, j’avais l’impression d’être dans un autre monde, en réalité je découvrais les gros médias.

 

 

MP: C’était nouveau pour toi, et ce disque a changé ton statut un petit peu non?

 

CJ: Oui ça a changé mon statut au niveau du métier, au niveau aussi du public, j’ai pas fait un gros succès avec le disque mais cet album a quand même marqué, ne serait-ce que par sa pochette déjà, ça a frappé les imaginations, et puis avec le contenu, enfin les chansons qu'il y avait dedans, les gens découvraient mon univers.

 

 

MP: C'est certain que les gens ont aimé parce que quand tu écoutes le disque, le niveau il est bon d’un bout à l’autre !

 

CJ: Celui-là, c’est le premier grand disque, bon si tu veux, fait avec des musiciens professionnels dans un grand studio. Là tu découvres tout en réalité! Parce que tu as une vraie qualité d’écoute, quand tu chantes c’est vraiment optimum, tout ça en live, moi j’ai chanté avec des musiciens qui assuraient vraiment bien! Donc ça c’est très important, y avait un minimum de recording derrière, quelques instrumentaux additionnels.

 

 

 

 

 

 

MP: Tu sens qu’il est pas trafiqué ce disque, il a une âme!

 

CJ: Il n'est pas trafiqué, certains titres ont eu droit à des doublages de voix pour les choeurs, c’est différent.

 

 

MP: SOS 118, c’est un grand délire! C’est de la science fiction, je sais que tu es un adepte du genre et que tu as écris des textes de SF!

 

CJ: Tu parles de « l’aide à vivre », c’est une nouvelle.

 

 

MP: Et ça racontait quoi, cette nouvelle?

 

CJ: il faudrait que je te l’envoie, ce serait plus simple. D’ailleurs, depuis, j’ai écrit un roman « Femmes city 2144 », que je t’enverrai si ça t’intéresse.

 

 

MP: Parce que moi j’adore aussi la science fiction! Silverberg, K.Dick, Zélazny et beaucoup d’autres…

 

CJ: Tous les grands, actuellement je suis en train de lire New York 2140 (c’est marrant parce-que la date correspond à celle de l’époque où se situe mon roman) de Kim Stanley Robinson, c'est très dense, ça évoque le changement climatique et la montée des eaux. Inévitable!

 

 

MP: En parlant de SF, c’est quoi ton titre préféré de la période années 70.

 

CJ: J'aime beaucoup « Tous à zanzibar » de john Brummer, et aussi, plus récent, « Mars la rouge, mars la bleue, mars la verte » de Kim Stanley Robinson, et « Ubik » de Philippe K.Dick, et, et, et, etc. Difficile d’en choisir un seul. Des centaines de bouquins à découvrir.

 

 

MP: Revenons à l’album, bien sûr tous les titres sont bons, mais pour le titre « générations », qui a eu l’idée de la reprise de « satisfaction » des Stones, et de celle de Deep Purple « smoke on the water »?

 

CJ: Ca, c’est avec le groupe, on avait ça déjà pensé à ces minis reprises dans la maquette.

 

 

MP: C’était déjà une bonne idée.

 

CJ: Les idées de base, dans l’album, elles étaient déjà plus ou moins présentes dans les maquettes, c’est à dire que l’arrangeur s’en est inspiré. Effectivement, il a tout magnifié, amélioré, c’est pas tout à fait le même son, ni le même style, mais il a quand même pas mal repiqué à droite à gauche dans ce que nous avions enregistré avec mes musiciens.

 

 

MP: par exemple dans le morceau « générations », ce qui est super c’est que quand tu entends les paroles, c’est quand même une critique du show-biz et du monde du rock des années 70, pourtant c’est un très bon titre de rock, c’est marrant ça quand même.

 

CJ: C’est vrai, c’est une critique de l’ensemble de la société et du show-biz tel qu’il était à l’époque. Nous on a échappé au côtés négatifs du show-biz si tu veux, on était dedans mais sans en subir les conséquences, c’est à dire que moi (et pour d’autres dans mon style « engagé », comme on nous cataloguait), je ne rentrais pas dans les critères de base commerciaux du show-biz classique, je n’étais pas formaté. Un exemple, on nous emmenait nous produire à Lyon pour la foire gastronomique, et avec nous il y avait Gainsbourg, il y avait aussi Gilles Marchal qui avait fait une reprise connue, en français, de « macadam cow-boy ».

 

 

MP: oui, oui, il avait fait un tube avec ce titre d’ailleurs, c’était très sympa ce qu’il faisait!

 

CJ: Et ben tu vois, ce mec, avec qui j’avais vraiment eu un bon feeling, il a ramassé un gros paquet de pognon avec cette reprise de « macadam cow-boy », et on ne l’a plus jamais revu. Il est parti faire de la pêche au gros, sa passion, je ne sais pas où, au bout du monde certainement, c’était un copain de Christophe.

 

 

MP: Tu as cotoyé Gainsbourg, comment il était Gainsbourg?

 

CJ: Gainsbourg je l’ai cotoyé une journée, il était en promo, comme nous, pour un album dans lequel il était accompagné par le groupe Bijou! Donc on chantait en play-back, enfin on chantait sur nos bandes, dehors, en pleine foire gastronomique, tu vois le délire! On a tous fini « bourrés ». Y avait la radio du coin, qui nous avait invités pour des interviews, on a pas pu placer 3 mots. Même Gainsbourg, qui a chaque question du journaliste, répondait invariablement « pourquoi pas? ». On a terminé par faire le tour de la foire, bras dessus, bras dessous avec Gainsbourg et les autres, avec arrêt devant les différents vendeurs de liqueurs diverses qui désiraient faire goûter leurs vins ou leurs champagnes à l’Artiste. Les attachées de presse qui nous accompagnaient n’en pouvaient plus: « regarde-moi cette bande de fous furieux, on arrive pas à les tenir, de vrais gamins!»


C’est dingue tu vois, parce que moi j’avais pas de plan de carrière. Ce qui m’importait, c’était d'avancer dans ma création et faire de la sçène.
En cette période, quand tu entrais dans ta maison de disques, tu allais chez le taulier direct, y avait pas de filtre, tu arrivais, tu disait bonjour à la secrétaire du bas, t’embrassais tout l’monde, et hop tu finissais dans le bureau du grand directeur de Sonopresse. C’était toujours comme ça, il y avait vraiment une ambiance.

 

 

MP: Alors pour « générations », tu as vendu combien de disques?

 

CJ: Je crois que je vendais toujours entre 10000 et 20000 albums, je n'ai jamais dépassé cette jauge.

 

 

MP: Tu avais eu des bonnes critiques dans les journaux?

 

CJ: j’ai toujours eu de bonnes critiques, j’ai jamais vraiment été cassé! J’ai eu de la chance d’ailleurs parce que tous les journalistes de l’époque, spécialistes de la chanson ou du rock, comme Bernard Mabille, Alain Morel, Patrice Delbourg pour ne citer que ceux-là, qui écrivaient des articles sur les chanteurs, m’ont toujours soutenu au contraire.

 

 

 

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MP: Alors, tu as eu du succès, mais pourquoi tu n’as pas percé?

 

CJ: Pourquoi, Je vais te dire pourquoi! Parce qu’en 78, au moment où j’ai signé mon contrat avec Sonopresse, ma première femme a voulu quitter Paris, elle m’a dit: « faut qu’on parte, moi j’en ai marre de Paris, donc on va aller s’acheter une maison à la campagne, dans le Gers, dans mon pays… » C’était son pays, elle avait sa famille là-bas. C'est là qu'ont commencé les problèmes, quand tu commences à t’éloigner un peu de Paris, tu n'es plus dans le coup. J’avais signé pour 5 ans, pour 5 albums, là fallait pas que je déconne, même sans plan de carrière, il fallait assurer. Je devais être présent sur tous les fronts, tout le temps créer, tout le temps être sur les routes, dans les radios, enfin répondre à des interviews un peu à droite à gauche.


D’un seul coup, j’ai eu la moitié de mon temps qui a été pris par cette ferme dans le Gers, l'autre moitié de mon temps à Paris. J’étais moitié paysan, moitié auteur compositeur interprète.


J'ai fait cette connerie, à ce moment là, je n'aurais jamais du bouger.
J’avais tout avec moi, j’avais les moyens, j’avais toute l’infrastructure derrière pour me soutenir, je pouvais avoir ce que je voulais.

 

 

MP: c’est les circonstances de la vie ça, c’est comme ça!

 

CJ: Oui c’est vrai, mais j’aurais du dire à ma femme, écoute, tu te barres si tu veux mais moi je reste, on verra plus tard pour que je devienne agriculteur! Je n’étais pas prêt. La grande consolation de cette histoire, qui est la plus belle aventure de la vie, c’est que le 1er janvier 1979, naissait mon premier fils Matthieu. Une émotion difficile à raconter. Le plus fort, dans cet événement exceptionnel, c’est que j’ai vu naître Matthieu et que quelques heures après, je devais partir pour Paris… J’étais l’invité, le soir même de Jean-Louis Foulquier, sur France Inter. Du coup, j’ai fêté la naissance de mon fils et la nouvelle année le même jour. Avec Foulquier et tous les amis présents, on a fait péter le champagne pour célébrer tout ça.


C’était le bonheur!

 

 

MP: Maintenant un truc qui n'a rien à voir, hier soir je suis tombé sur un reportage, c’était sur le tube de l’été, il parlait de Jo Dassin, c’était une journaliste qui était assez directe et pourtant c’était en 76, elle disait dans son reportage de l'époque que déjà il y avait les petits cadeaux pour ceux qui étaient à la radio, tu vois, les mecs, déjà à l’époque, on leur payait des voyages pour pouvoir passer ton disque dans les médias, ou dans les journaux, c’était déjà le « bakchich » derrière.

 

CJ: tu sais quand je suis rentré chez Sonopresse, la première chose que le patron m’a dit:
« bon Jacquin, on va te créer une petite histoire, une fausse liaison pour avoir des articles à donner sur toi! » Je lui ai répondu: « mais tu m’as bien regardé, tu as écouté mes chansons »? il n'a pas insisté.

 

 

MP: C'était pour la presse People, pour l'anecdote la liaison c'était avec qui?

 

CJ: Tu peux l'écrire parce que maintenant je m'en fous, c'était avec jeane Manson. D’ailleurs, je pense qu’elle n’était même pas au courant avant qu’il me propose ce deal.

 

 

MP: Ah quand même c'est assez surprenant !

 

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MP: Il me reste deux ou trois questions, parlons de ton second livre « Paris la fête », pourquoi avoir choisi ce thème des bateleurs et des saltimbanques en 1978?

 

CJ : Ayant déménagé, je me suis retrouvé dans le 3ème arrondissement, à côté de beaubourg? Et j’ai suivi toute la construction du centre Pompidou. Quand tout a été terminé, les bateleurs, les gens de la rue et beaucoup d’artistes sont arrivés de tous les coins de france. Y’avait une vie extraordinaire devant le centre, ça chantait, ça brisait des chaînes, ça crachait le feu, ça jonglait, ça haranguait les foules comme Mouna, l’imprécateur public, qui est devenu mon ami… Ca m'a donné l'idée d'écrire un livre. C'était le premier livre qui relatait l'histoire des bateleurs et des artistes de rue depuis la fin du XIX° siècle. Et là avec mon pote Michel Deschamps, qui était photographe professionnel, on s'est immergés pendant six mois dans la rue et dans monde étonnant des bateleurs et autres histrions. J'ai connu énormément de gens de la rue, « cracheur de feu » comme Joe Hélios, en photo sur la couverture de mon livre. Un gars qui, en dehors de cracher le feu, se battait avec des tigres, se faisait rouler sur le corps par une voiture, couché sur du verre ou qui se faisait dessiner une cible dans le dos et qui vendait 50F la fléchette pour qu’on lui envoie dans la cible! Un fou furieux tellement attachant. Etc… Et Alexandre Bouglione également! Un des petits fils Bouglione qui a quitté la fratrie parce-qu’il n’était plus du tout d’accord avec la nouvelle philosophie du cirque Bouglione. Je l’ai rencontré dans la rue, à St Germain-des-Prés, il exécutait un numéro de cirque international: l’équilibre sur une échelle de 5 mètres de haut… Depuis il a épousé une Romanès et créé avec elle « Le cirque Romanès », bien connu des parisiens.

 

 

 

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MP: Tu enregistres un album live à Bobino ! C’est un disque que l'on ne trouve plus!

 

CJ: Non, il a été distribué par Sonopresse, mais effectivement c'est un disque très rare.

 

 

MP: D'ailleurs, je te remercie de m'avoir envoyé le disque, à l'écoute c'est un album beaucoup plus rock, le live change tout!

 

CJ: On est en 79, j'avais des supers musiciens sur scène et ça sonnait vraiment bien.

 

 

MP: Justement, il y a le titre « L’homme » qui est sur ton album suivant « jeux de mains », qui m'a vraiment impressionné, ça décoiffe!

 

CJ: Ce titre je viens de le ré-enregistrer cette année dans une version plus moderne, électro, arrangé par mon deuxième fils Arthur, tu seras surpris, j'ai changé aussi le titre il s'appelle 2100 maintenant. Mais c'est vrai que j'étais super content du son de ce live.

 

 

MP: J'en reviens au titre « L’homme » qui m'a vraiment scotché également au niveau du texte, on peut dire que tu tires dans tous les coins, la politique, Giscard, la religion, le capitalisme tout y passe! (rires)

 

CJ: Oui c'était mon état d'esprit et je ne mâchais pas mes mots, je n'avais peur de rien (rires)

 

 

MP: On va maintenant terminer cet interview (rires)… Dans ta bio, tu mets que tu as fais le « Printemps de bourges » en 1979 tu étais avec qui à l'affiche, comment ça se passait à l'époque ?

 

CJ: J’ai participé au deuxième « Printemps de bourges », avec Ganafoul en deuxième partie, sous un chapiteau de 4/5000 places. À l’époque, je connaissais vaguement Albert Collins (le fondateur et directeur du Printemps de Bourges). On avait passé une soirée ensemble, et c’est tout naturellement qu’il m’a invité à cet exceptionnel festival. Un concert dans une ambiance de feu, je découvrais le plaisir des grandes scènes avec du gros matos de son et d’éclairage…


Mais j’ai toujours privilégié les petits lieux, plus près du public, quand on est dans l’intime et qu’on raconte des histoires contemporaines, qu’on fait un constat de la société,on a besoin de sentir la chaleur proche des gens, et leur attention aux textes que tu balances.

 

 

MP : Ben voilà on est arrivé au bout, je te dis au mois prochain Claude pour la suite de tes aventures.

 

CJ : Allez, à la prochaine Patrick, avec plaisir et constance, je répondrai à tes questions et à ta curiosité…

 

 

 

 

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Chronique de " Générations "

 

 

 

 

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Changement de braquet pour Claude Jacquin, nouvelle maison de disque, nouvelle équipe.

 

le 33 tours est enregistré au studio Ferber, une référence dans le milieu musical (Christophe).

 

La pochette de l'album est signée par Jean Baptiste Mondino (meilleure pochette de l’année dans Show magazine) le disque est réalisé par Thierry Vincent, arrangé par Denys Lable et Jean-Louis Bucchi.

Au niveau Musicos, gros changement également claude est accompagné de la crème de la crème des musiciens de studio Français : Joe Hammer (batterie), Clément Bailly (batterie), GuyDelacroix (basse), Sauveur Mallia (basse), Denys Lable (guitares), Patrice Tison (guitares), Paul Breslin (guitares, harmonica), Richard Lable (piano wurlitzer, saxophone),
Jean-Louis Bucchi (piano Fender, celesta, orgue, synthétiseurs, marimba).

 

 

Les éléments du décor étant plantés, allons jeter les deux oreilles sur ce vinyle qui s'annonce allèchant , voici mes titres préférés de l'album ;

Le "LP" débute avec "Boîte à coton " un blues rock jazzy de derrière les fagots, parsemé de solos de guitares californiennes, entouré par de solides musiciens Claude est en pleine forme vocalement et ça se sent, le titre se termine par un piano intimiste, limpide.

 

En ce qui concerne le texte Claude nous donne son diagnostic sur une période difficile de la vie : l'adolescence juste avant le basculement dans le monde des adultes, quitter le cocon familial est toujours un déchirement, suivez les bons conseils du docteur Jacquin votre vie n'en sera que meilleure.

 

Second titre "dors mon enfant dors", plus calme avec des guitares très aériennes, des mots toujours critiques sur la société moderne, un morceau de détente musical mais malgré tout pas d'apaisement à entrevoir car le texte n'est pas vraiment optimiste pour les générations futures.


"les p'tites du coin", un rock qui sent l'urgence, ça dépote dans tous les sens du terme, musicalement et dans les mots. Il est pressé le Claude, Il a la bougeotte..

 

Fin de la face A arrive" Générations " le titre phare de l'album qui débute comme une chanson de "Charlebois" (phrasé), un délire rock ponctué d'un chorus stonien (satisfaction) accompagné de quelques solos de guitares supplémentaires, des références à Deep purple, Chuck Berry.

Toujours aussi prolixe claude nous balance un pamphlet anti-capitalisme et anti show-biz (il fallait le faire) qui fait mouche, un morceau incroyable qui est quand même passé régulièrement sur les ondes.

 

" Une impasse" , chanson cinématographique, un rock bien enlevé et maîtrisé , toujours les obsessions de l'artiste, l'enfance, la misère, la banlieue, des mots d'écorché vif.


L'album se termine par un morceau plus jazzy "paranoia", une plongée dans le cerveau torturé de Claude Jacquin qui ne vous laissera pas en sortir indemne, il est vraiment complexe le " Jacquinos " mais quelle virtuosité !

 

 

Au final un excellent disque, un must ou l'on prend enfin pleinement connaissance de l'habileté de l'auteur, un funambule, comme ses amis de la rue, qui jongle avec les mots. Claude nous fait prendre conscience des dérives d'une société humaine qui n'a jamais su se réformer.


Il avait enfin trouvé avec le rock la passerelle médiatique pour exposer ses idées, le show-biz n'en a pas voulu, sans doute trop brut, trop direct, cet album en avance sur son temps est resté confidentiel pour le grand public. Dommage car avec un tel talent il pouvait vraiment aller très très loin.......

 

 

Titre en écoute : Générations

 


Je ne vais pas développer sur l' album Live 79 à Bobino, un disque réservé aux abonnés car je veux vous laisser le plaisir de la découverte je peux seulement vous dire que c'est également un superbe album Live.

 

 

10_cd_front_bobino

 

 

Prochain épisode de la série le mois prochain.

 

 

Biographie, Photos, Souvenirs : Claude Jacquin

Remasterisation disques Makhno

Art, Interview, Chronique : Mister PAT

 


Francerock70
Décembre 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CLAUDE JACQUIN - (les années PERIDES - 1974 à 1977)

Publié le 18/11/2022 à 05:02 par francerock70 Tags : claude jacquin
CLAUDE JACQUIN - (les années PERIDES - 1974 à 1977)

 

 

 

Comme promis voici le troisième volet des "bavardages" avec Claude Jacquin.

Toujours aussi disert notre ami Claude revient en ma compagnie sur son premier album et sur la suite de sa carrière.


Un nouvel entretien captivant d'un homme enthousiaste au parcours artistique fascinant.

 

 

1_cjacquin3_METRO

 


Claude Jacquin n'a pas changé d'un iota c'est un passionné éperdu de liberté, toujours prêt à se mobiliser pour la planète.


Un discours sans arrière pensée politique que l'on aimerait entendre plus souvent car bien sûr il y a urgence.

 

 


La chronique de son disque chez "Pérides" a été écrite par notre talentueux "Aural Oddities" qui à ses heures exerce aussi ses talents chez :

 

EXITMUSIK

 

 


Bonne lecture à tous........

 

 


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Biographie suite :

 


Le 27 juin 1973, Claude Jacquin est invité par Eve Griliquez pour participer à l’émission detélévision « Libre parcours », enregistrée au Théâtre Paul-Eluard, avec Ben Zimet, JacquesBertin, Colette Magny…

Le lendemain, il reçoit un coup de téléphone d’un producteur, Nicolas
Péridès, qui lui demande s’il veut bien venir dans ses bureaux pour lui interpréter en live seschansons… 15 jours après, il signe un contrat pour un 33 tours (disques Péridès), qui sortira en1974.


En 1976, il participe au « Pop Club de José Arthur » et retrouve Jean-Louis Foulquier quil’invite à « Studio de nuit »… C’est le début des passages en radio (France Inter et son titre« Cul terreux » entre dans la pré-liste de RTL)…

 

Suit un spectacle au TEP dans l’émission deradio sur France culture « Libre-parcours variété », produite par Eve Griliquez. Concert aufestival du marais (festival international du son), avec maurice Cullaz, christian Escoudé,
Henri Gougaud, Serge Kerval, Francisco Montaner, Mouloudji (qu’il revoit 4 ans après sonarrivée à Paris), Moustaki, Marc Ogeret, Jean Vasca…

 

 

3_1974-Festival_International_du_son

 

 

 

 


Cette même année, il se diversifie : il écrit la musique d'une chanson « Pablo
Pablo » (Pablo Néruda et Pablo Picasso), texte de Jean Anderson, qui sera dans le dernierdisque de Marc OGERET « IMAGINE », produit par les disques VOGUE.

 

Il crée des tableauxen pointillisme, avec une trentaine de toiles réalisées avec des milliers de points. Il écrit sonpremier roman autobiographique « Les caramels à 1F » édité par les éditions de L’Athanor,avec une superbe critique de Christian Decamps (ANGE) dans le magazine BEST.

 

Ce romansera l'occasion d'un concert au théâtre Mouffetard « Sur les chantiers du monde », entouré deses 4 musiciens - Richard Prézelin (guitares), jean-louis Marsat (claviers), Alain Robineau(batterie), Yves Collin (basse). C’est le début du groupe, qui changera de nom au gré des concerts: « Jacquin et son Beaufrère », « Jacquin et Délirium Trègros », « Jacquin et sa Joyeuse équipe »,entre autres.

 

Il écrit un conte pour enfants « Malaladam et Minirêve », qui sera maquetté avec
ses musiciens, suivi par une mini-tournée en France......

 

 

 


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Interview (3ème)


Mister PAT :

Bonjour Claude content de t'avoir au téléphone pour notre entretien mensuel !

 

Claude jacquin :

Salut Pat oui c'est un vrai plaisir de bavarder ensemble.

 

 


MP : Donc Claude, nous sommes en 1973, tu es contacté par Nicolas Pérides des disques PERIDES pour une audition, comment ça s’est passé?

 

CJ : c’est suite à l’émission de télé « libre parcours », on était passé sur France 3 (la « 3ème chaîne à l’époque), j’étais accompagné par Richard Prézelin à la guitare, à la contrebasse par Patrice Caratini, il y avait également Teddy Lasry, enfin que des bons! Suite à ce passage à la télé, le lendemain matin, je reçois un coup de fil de Nicolas Péridès, qui me dit « je vous ai vu à la télévision, ce que vous faites m’intéresse, enfin ce que j’ai entendu, est-ce que vous ne voulez pas venir à la maison pour me chanter vos chansons en direct, en live ? »

 

À l’époque, ça se passait comme ça, il n'y avait pas d’internet, donc pas de mail, l’intérêt pour lui, c’était de me voir et surtout m’entendre en direct. On a pris rendez-vous et je me suis pointé chez lui, le lendemain ou deux jours après, avec ma p’tite guitare et mes p’tites chansons… Il m’a reçu dans son appartement. Sa femme qui s’occupait des éditions était une grande attachée de presse, elle s’appelait Je crois, Monique Knuchel, elle bossait avec lui.

 

Je suis rentré dans l’appartement, rue de Turbigot. Il me dit bonjour, m’offre un café, et on discute de tout et de rien, et il me dit « allez-y, je ferme les yeux et je vous écoute ».

 

 

 

MP : Ah, il a fermé les yeux carrément!

 

CJ : Oui, assez impressionnant! Je lui ai chanté une dizaine de chansons. À la fin de mon petit tour de chant, il ouvre les yeux, moi j’avais quand même un petit peu le trac, c’était très bizarre de faire une audition devant un producteur. J’y suis allé, avec ma naïveté et au bout des 10 chansons, il m’a dit, « oui ça m’intéresse, j’aimerais bien qu'on travaille ensemble. On signe un contrat d’édition et de production avec « PERIDES » ma maison de disques. si ça vous tente? »

Au départ, on était parti pour un 45 tours, finalement ça s’est terminé par un album. On a travaillé avec l’arrangeur Jean Claude Dequéant parce qu'il avait arrangé le titre d’Yves Simon: « Au pays des merveilles de Juliet », une production Péridès, une vraie référence.

 

 

 

MP : Ca, je ne le savais pas.

 

CJ : Il avait aussi signé un chanteur allemand qui était assez connu, Frederik Mey.

 

 

MP : Mais Yves Simon, c’était avant qu’il soit chez RCA, j’avais acheté les disques d’Yves Simon à l'époque, j’adorais ce gars !

 

CJ : Ce qu'il faisait c'était vraiment bien et en plus c’était un super mec. Donc j’ai travaillé avec cet arrangeur et mon guitariste Richard Prézelin.

 

 

 

MP : Parle moi de Richard Prézelin, il a eu une grande importance dans ta carrière, qu’est ce que tu peux m’en dire?

 

CJ : Richard Prézelin, est le premier musicien que j’ai rencontré à Paris avec lequel je me suis dis, ce serait pas mal si on pouvait faire un petit bout de chemin à deux.

Tu vois, quand t’as un musicien qui débarque dans ta création, il te fait évoluer, surtout qu’il jouait déjà très très bien, c’était déjà un hyper-doué de la guitare, donc on est devenu potes, même si le cachet était divisé par deux, parce qu’à l’époque on devait toucher 30 francs, donc on avait 15 francs chacun, et 2 bières. Ca a commencé comme ça avec Prézelin et petit à petit on a beaucoup évolué. J’ai beaucoup d’enregistrements de maquettes avec lui, on a fait énormément de choses, on a travaillé ensemble pendant des années, on a fait pratiquement tout ensemble, sauf après bobino.

 

 


6_cj3Avec_Richard_Prezelin

 

 

 


MP : Justement sur ce disque il apparait, c’est lui qui est en photo sur la pochette!

 

CJ : Oui, c’est lui qui est en photo, assis à mes côtés.

 

 

MP : Ca pouvait-être en fin de compte Claude Jaquin et Richard Prézelin?

 

CJ : Pas tout à fait ça parce que c’est moi qui composait toutes les chansons, lui il ne composait pas, il n’a jamais composé de chansons en réalité.

 

 

 

MP : oui, c’est logique! la pochette du disque est vraiment belle, le dessin est de Barbara Pougatchoff.

 

CJ : je ne l'ai pas connue plus que ça, c’est une illustratrice, Nicolas Pérides travaillait avec elle, il avait eu l’idée de travailler avec elle en écoutant mes chansons, en disant tient c’est bien, c’est proche de la nature. Moi j’étais très content de cette pochette, même le dos avec Prézelin derrière, est très chouette.

 

 

 

MP : c'est vrai que des fois tu peux avoir des pochettes complètement pourries, ça arrive et pour moi le visuel c'est primordial, c'est l'outil déclencheur de l'achat du disque quand tu ne connais pas l'artiste.

 

CJ : Oui, justement il faut faire attention, ne pas faire n’importe quoi avec n’importe qui, c’est surtout ça.

 

 

 

MP : Ca c’est passé comment l’enregistrement de l’album, c’était dans quel studio?

 

CJ : C’était un petit studio installé chez l’arrangeur Jean claude Dequéant. J’ai enregistré d'abord les chansons, seul à la guitare, après, chaque musicien a fait sa partie et Dequéant a fait de l’additionnel autour, il a fait ça en live.

 

 

 

MP : Le son est très bon à l'écoute.

 

CJ : C’est pas mal le son, après c’est de la masterisation, c’est de la copie de copie, c’est presque le son originel mais c’est pas tout à fait le même son que sur le disque, mais c’est déjà bien, ça suffit pour faire écouter, on ne voit pas la différence.

 

 

 

MP : il faut vraiment avoir l’oreille.

 

CJ : Oui, il faut avoir fait beaucoup de studios pour entendre la différence, de plus ce qui intéresse les gens c’est surtout le contenu, ce que ça dégage, les sentiments qu’ils ressentent, c’est le frisson d’une chanson.

 

 

 

MP : Alors pour ce disque, il y a eu promotion dans les journaux et dans les médias?

 

CJ : J’ai eu une bonne promo, pas mal pour l’époque, pour un débutant. Monique Knuchel, la femme de Pérides l'attachée de presse, a très bien travaillé sur le disque, je me suis retrouvé sur RTL, sur France Inter, ça passait pas mal en radio.

 

 

 

MP : Foulquier il a du te passer dans ses émissions…

 

CJ : Oui, comme on se connaissait. Après, le disque a eu son petit succès, ça n'a pas trop mal marché, surtout la chanson « la mère michel », c’est surtout celle-là qui a été diffusée et des « ronds dans l’eau ».

 

 

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MP : Je reprend les articles de presse que tu m’as envoyés, il y en a un qui est très intéressant, c’est celui de la revue « présence et regard » en 74 où tu as une interview très longue et dans cette interview tu n’es pas très tendre avec les chanteurs à minettes. Je cite: « il n’est pas nécessaire d’avoir quelque-chose à dire, les exemples de chanteurs qui basent leur succès sur le vent sont nombreux ». Voilà comment tu parles des chanteurs de variétés!

 

CJ : Oui à l’époque c’était un peu comme ça, c’est à dire que nous, qui naviguions dans le milieu un peu rive gauche, chanteurs engagés, il ne fallait surtout pas nous parler des trucs qui marchaient très fort, écrits pour faire des « tubes », nous on ne supportait pas.

 

 

 

MP : oui, il y avait deux univers, parce que cette semaine tu vois, j’ai eu Nicole Rieu, j’ai fait une interview de Nicole Rieu au sujet d’un disque et on parlait de çà. Elle disait: il y avait la variété, ceux qui passaient chez Guy Lux et la variété un peu plus intello qui passait chez Jacques Chancel.

 

CJ : C’était un peu exagéré, mais c’était un peu çà! Sauf que nous on passait quand même un peu partout,

 

 

 

MP : Mais elle, c’est vrai qu’elle aurait pu passer chez Chancel aussi, parce qu’elle avait des disques très beaux, très intéressants,

 

CJ : Bien sûr, après c’est parodique, moi je faisais un tour de chant de deux heures, avec une première partie d’une heure où je racontais une histoire et dans cette histoire y avait des parodies de chanteurs.

 

 

 

MP : justement tu étais très franc dans cette interview, est-ce que tu penses que cela t’as porté préjudice après?

 

CJ : Non, je ne pense pas, ça ne porte jamais préjudice quand tu dis ce que tu penses, que tu es sincère dans ton engagement.

 

 

 

MP : Parce que dans cette interview tu dis un truc qui est quand même costaud, tu dis : « je ne chante pas pour cette intelligentia qui a le cerveau qui fume et qui a le cul pincé » Tu parles de qui là? Cà m’intéresse !

 

CJ : À l’époque tous les intellectuels de gauche qui finalement n’étaient pas vraiment concernés, s’engageaient dans les textes mais on ne les voyait pas sur le terrain. Nous on était tout le temps sur le terrain, on avait un engagement physique et intellectuel tu vois, ce n’était pas qu’une dialectique.

 

 

 

MP : Tu veux pas me donner des noms?

 

CJ ; Non ce n'est pas possible, tu sais on agissait par bandes à l'époque, la notre c'était « La Scala » ,
on se retrouvait le soir entre musiciens, chanteurs, auteurs compositeurs, écrivains…

 

 

 

MP : Alors par rapport à la question, est-ce que 50 ans après tu penses toujours la même chose?

 

CJ : Maintenant, je ne pense plus la même chose, parce que de toute façon la diffusion de la musique et la façon de la faire connaître, de la jouer, de la communiquer n’est plus du tout la même.

 

 

 

MP : C’est sûr que ça a beaucoup évolué.

 

CJ : Ca a énormément évolué avec les réseaux sociaux, ça a complètement transformé le milieu de la musique, donc on est plus dans le même monde, nous à l’époque quand tu arrivais dans ta maison de disque, t’étais chez toi, tu pouvais monter voir le directeur directement, sans intermédiaire. Il y avait vraiment une implication au plus haut niveau dans les maisons de disques à partir du moment où tu étais signé, t’étais chez toi et y avait de bonnes discussions autour du contenu des chansons, on te faisait confiance. On ne remettait pas du tout en cause ce que l'on faisait ni ce que l'on disait. Tu vois, y a jamais eu « ha bah dis donc ces texte là, fait gaffe, jamais ça passera en radio ». Y a jamais eu ce genre de pression, jamais, moi, j’ai jamais eu ce genres de réflexions en tout les cas. Par contre, quand tu étais dans la variété et que tu tombais entre les mains d’un manager ou d’un mec qu’était là pour faire que du fric, là c’était pas le même tabac. Tu vois des gens comme Sheila, elle a été complètement bouffée par son manager et son producteur de l'époque. C’est la différence déjà entre les deux monde tu vois!

 

 

 

MP : C’était formaté pour passer à la radio dans les hit parade!



CJ : Quand tu faisais de la variété, de l'ultra variété, qui était très populaire et qui se vendait bien, les artistes étaient souvent sincères, mais on « fabriquait » ! D’ailleurs Pérides a fabriqué, il a gagné de l’argent comme ça en écrivant des tubes. Nous finalement ne vendions pas des masses de disques, on profitait du succès des autres, c’est comme ça que ça marchait, donc on ne va pas cracher dans la soupe, il fallait quand même des gens qui vendent des millions de disques, pour que nous, derrière, on puisse faire nos disques aussi, faut quand même remettre ça en lumière, c’est très important. C’est un peu comme dans le cinéma, t’as les « blockbusters », même en France, et puis tu as le cinéma d’auteur, c’est grâce aux autres qu’ils arrivent à faire des films. De toute façon c’est un cercle vicieux on ne peut pas s’en sortir autrement, ou alors faut mépriser tout ce qui est maisons de disques, tout ce qui est vendeurs et se démerder tout seul. Il y en a qui le font dans un certain circuit, en ce moment, y a des chanteurs qui font leurs disques, gèrent leurs tournées, organisent tout et ça fonctionne très bien parce qu’il y a des lieux concernés pour chanter maintenant en France un peu partout, pour des gens qui aiment la chanson.

 

 

 

MP : Alors j’en reviens encore une fois à cette passionnante interview. Tu encenses la pop music, en disant que certains groupes marqueront l’histoire du 20ème siècle, c’était prémonitoire, car les grands groupes et artistes de rock et de la pop font effectivement partie du patrimoine mondial.

 

CJ : Oui c’est mondial, c’est pas de la p’tite chansonnette, on est dans de la grande composition au niveau des groupes connus. En plus ils chantent en anglais les gars, et donc ils ont déjà un avantage sur nous, ça part partout, dans le monde entier, ça se diffuse beaucoup plus rapidement. C’était la découverte aussi, à ce moment là il y avait pleins de disques qui sortaient, on a eu une génération incroyable, on a eu de la chance.

 

 

 

MP : En ce qui concerne les artistes et les groupes français, pour toi de qui se souviendra-t-on dans les générations futures?

 

CJ : Les gens qui resteront? Tous les grands, les trois B, Brassens, Brel, Becaud, puis Léo Ferré… Il y a quand même des chansons qui ont marqué leur époque. Tu as Jean Ferrat aussi bien sûr, et mon préféré: Nougaro.

 

 

 

MP : En fin de compte, tu me parles de chanteurs à texte et pour le rock?

 

CJ : Jacques HIgelin restera dans les annales, mais combien de temps, tu sais, on est voué à disparaitre. Dans 100 ans, dans 200 ans, on ne sait pas, moi je te parle de gens que j’aime bien. Il y a Aznavour, des gens comme ça, il y a aussi des chanteurs comme Nino Ferrer, j’espère aussi qu’il restera dans les mémoires.J’ai eu la chance de le voir enregistrer 2 de ses plus gros tubes « Z’avez pas vu Mirza » et « Gaston y a l’téléphon qui son ». J’avais 18 ans et je commençais seulement à gratter la guitare. C’était dans une boîte de Dijon « l’Opium », pourquoi là, je ne sais pas, mais il m’avait impressionné.

 

 

 

MP : Oui, c’est un mec génial aussi.

 

CJ : Je ne peux pas tous les citer, après il y a tous ceux qui ont fait des tubes, ça fait 30 ans qu’on les entend, ça, c’est encore autre chose, les Claude François, les Montagné et compagnie, mais bon, c’est pas ma tasse de thé, mais je ne leur reproche pas d’avoir fait ce qu’ils font, ils aiment certainement leurs « créations », mais je n'écoute pas.

 

 

 

MP : En 76, tu participes au Pop club avec José Arthur, alors comment il était José Arthur, comment ça s’est passé?

 

CJ : C’était un mec adorable, franchement, j’ai du faire 2 ou 3 fois le Pop club. Un monsieur très vif d’esprit, proche des artistes, très gentil. On parlait avec lui avant l’émission, il écoutait les disques et après on rediscutais avec lui. C’est de bons souvenirs!

 

 

 

MP : Et les mauvaises émissions c’étaient lesquelles alors? Les mauvais souvenirs?

 

CJ : je n'ai jamais fait de mauvaises émissions, j’ai fait « Bouvard », j’ai même fait « Midi première » avec Danielle Gilbert ! Danielle Gilbert, imagine, je me suis retrouvé au milieu de toute la production, Danielle Gilbert et compagnie, mais il n'y avait pas de problèmes, elle était très avenante, simple. C’était une fille qui te mettait en valeur, elle n'était pas là pour te casser. Nous les chanteurs engagés, on se posait des questions, est-ce qu’on fait toutes les émissions? Est-ce qu’on accepte tout? Moi, je me suis dit, mais ce serait complètement con de refuser un public, au contraire c’est là qu’il faut aller, c’est là où c’est populaire qu’il faut taper.

 

 

 

MP : Surtout que comme tu avais pas mal de choses à dire, c’était l'occasion de les faire entendre à tout le monde.

 

CJ : Exactement, j’me suis dit, tout ce qu’on me propose, je fais pas de distinctions. Mais si ça avait été un truc de dingue, genre extrême droite, un truc comme ça j’aurais jamais accepté. À l’époque, il y avait quand même le FN !

 

 

 

MP : C’est vrai mais à l’époque ils étaient tout petits quand même!

 

CJ : Moi, j’ai vu le démarrage de ce parti, on était une trentaine de chanteurs et autres artistes engagés sous les fenêtres du FN. Quand ils ont commencé, ils étaient 12.

 

 

 

MP : Et ben dis donc, ils étaient pas nombreux.

 

CJ : Ils étaient installés dans un immeuble place du Chatelet, je m’en souviens encore, tu vois, c’est des trucs qui marquent, qui me touchent parce que quand je vois l’évolution du FN, c’est complètement fou furieux quoi,
inimaginable, dément, impensable, et pourtant c’est devant nous, à nos portes!

 

 

 

MP : Oui, c’est compliqué, mais on se demande pourquoi? Moi j’ai fait une croix sur la politique depuis longtemps, parce que tu crois à des choses et puis au bout d’un moment tu t’aperçois que tu t'es fait arnaquer, que rien ne change !

 

CJ : Voilà, c’est exactement ça comme je dis: « tout change mais rien ne bouge! » On en restera toujours à peu près au même stade, donc il faut avancer chacun de son côté, du moins pour moi c’est comme ça que ça marche. Je me souviens avoir chanté contre la déforestation de l’Amazonie au tout début, c’est incroyable mais on en est encore là, et on arrête pas de détruire la planète.

 

 

 

MP : c’est bien heureusement qu’il y avait des gens comme toi.

 

CJ : On était engagé, on avait la foi! J’ai découvert tout ce côté engagement quand j’ai débarqué à Paris… À Dijon, je ne connaissais pas tout ça, je me suis complètement transformé à l’approche des autres, c’est ça qui m’a fait évoluer dans la vie, c’est pour ça que j’ai quitté le label Péridès, parce que lui il voulait que j’évolue dans le même style, et moi je désirais évoluer plus dans une approche rock and roll.

 

 

 

MP : Alors ma prochaine question: tu as une approche déjà plus Pop chez Pérides non?

 

CJ : Si on veut, c'est quand même de la chanson assez traditionnelle.

 

 

 

MP : Oui, traditionnelle, mais on sent que ça s'électrifie un peu.

 

CJ : Tu vois, à la limite l’album futura je le trouve plus évolué que celui là.

 

 

 

MP : On a pas la même vision, peut-être…

 

CJ : C’est plus surréaliste avec futura, plus original!

 

 

 

MP : Sur l'album futura, les paroles, ça part loin, des moments on se dit, mais il a fumé ou quoi !

 

CJ : Ah mais j’avais peur de rien, Et je ne fumais pas, « pas encore », ça me traversait la tête et hop j’en faisais une chanson. Avec Péridès, c’était une chanson un peu plus traditionnelle.

 

 

 

MP : Tu sentais qu’il fallait faire évoluer ton style?

 

CJ : C’est à dire que ça s’est fait naturellement avec Richard Prézelin, tous les deux au fur et à mesure on avançait, on avait envie de faire un truc un peu plus rock, donc on avait envie d’avoir des musiciens et on a commencé à évoluer.

 

 

 

MP : Il y a un titre qui passait souvent en radio , j’ai lu dans les articles, sur france inter et RTL, c’est « le cul terreux », c’est le début de la reconnaissance pour toi, non?

 

CJ : Oui, ça passait dans plusieurs radios, il y avait aussi « la mère michel ».

 

 

 

MP : Tu devais quand même être content de t’entendre à la radio.

 

CJ : Oui, bien sûr, moi je trouve ça gratifiant de s’entendre, mais à l’époque je ne m’en occupais pas, tous les jours étaient consacrés à l’écriture, après il y avait les musiques. les seuls trucs qu’on me disait, « bon Jacquin faut aller là, pour une interview, tu veux y aller, bon oui ok », mais ça s’arrêtait là.

 

Moi, Je n'ai jamais construit un plan de carrière, ni réfléchi à ça.

 

 

 

MP : Et par rapport à ça, tes textes sont assez forts; tu n’as jamais fait de concession par rapport à tes textes? On t’a jamais dit faut enlever…

 

CJ : Non jamais, de l’auto censure j’en ai fait, tu en fais forcément, mais c’est pas lié aux médias ni aux gens qui t’entourent, ni a ce que tu as à dire, c’est de l’auto-censure personnelle quoi! C’était pas très engagé avec Pérides, l’album est soft.

 

 

 

MP : L'enregistrement du disque a duré combien de temps?

 

CJ : On a travaillé pendant 15 jours, ce n'était pas un studio traditionnel, comme c’était chez l’arrangeur, il avait son matériel, on avait du temps.

 

 

 

MP : Pour toi c’était super, tu avais monté une marche (rires)!

 

CJ : C’est çà! C’était plus une pente, si tu veux, que des marches, tu montais doucement, c’était moins raide, les choses évoluaient naturellement, sans cassures. Si, la cassure c’est peut-être Pérides, parce que là j’ai commencé à bosser avec des musiciens et j’ai senti un nouveau souffle arriver. Je me suis senti pousser des ailes avec une vision différente. Là du coup, j’ai cassé avec Pérides, parce que lui il était pas d’accord, on est quand même restés bons amis.

 

 

 

MP : Tu as également écrit la musique pour Marc Ogeret de « pablo pablo », qui met en parallèle les vies de Pablo Néruda et de Pablo Picasso?


CJ : Ouais exactement.



 

 

MP : Comment ça s’est fait?

 

CJ : Il me semble que la première fois que je j’ai connu Ogeret, c’est quand on a fait une tournée en Algérie, avec beaucoup d’artistes français, notamment rive gauche, on était une dizaine, c’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. Après on s’est revus à Paris, dans son appartement avec sa femme, on est devenu copain et puis un jour il m’a dit, j’aimerais bien que tu m’écrives une chanson: « tient je te présente un mec qui s’appelle Jean Anderson, un écrivain, toi tu ferais la musique, ça serait sympa ». Après c’est resté un bon pote, tellement gentil, la crème des mecs hein, ha oui très très cool, mais très engagé. J’étais content de faire ce morceau d’ailleurs, je crois que son album « Imagine » a pas mal marché chez vogue.

 

 

 

MP : Après tu écris ton premier roman en 76, « les caramels à un franc ».

 

CJ : Pour l'écriture du livre « les caramels à un franc », je me suis enfermé pendant un mois, un mois pour retrouver tous mes souvenirs. J’avais envie de raconter la zone dijonnaise de l’époque, comment se passait notre enfance après la guerre…

 

 

 

MP : J’ai lu ton livre, c’est quand même du costaud, des fois c’est très cruel.

 

CJ : On était cruels, la vie des bandes, toujours avec le plus âgé qui commandait la bande et nous derrière on suivait, on apprenait des choses, on apprenait le langage de la rue qui était relativement cru et violent.

 

 


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MP : C’est ce qui ressort du livre quand tu le lis, c'est la violence des gamins.

 

CJ : On en avait pas conscience, ça nous paraissait naturel, on avait nos codes, nos codes de vie.

 

 



MP : Tu étais souvent dehors au final, t’étais pas souvent chez toi.

 

CJ : C’est à dire que dès j’arrivais de l’école, je jetais mon cartable dans l’entrée de l’appart’ et j’étais déjà parti.

 

 

 

MP : Mais t’avais pas des devoirs à faire?

 

CJ : Ma mère, elle n’avait pas le temps d’me dire Claude… que j’étais déjà dehors. On passait nos vies dans le terrain vague qui s’appelait « le Castel ». On avait que ça, il n'y avait pas de télé, il n'y avait rien qui nous passionne vraiment.

 

 

 

MP : Je pense (c’est mon avis personnel) que ça a du influencer tes chansons quand même derrière? Ton regard sur le monde…

 

CJ : Bien sûr oui, j’ai une dizaine de textes qui relatent tout ça. finalement, ces lieux de mon enfance ont disparu, à la place il y a un collège, tout a été détruit. C’était tellement beau cet endroit, il y avait tellement d’espace, on avait peut-être une cinquantaine d’hectares avec une rivière, une vieille usine dans le fond qui faisait de la ferraille, tout ça, avec un chiffonnier en bas de chez moi, qui récupérait tous les petits revendeurs de ferraille, de tissus et d’autres choses jetées dans les poubelles.

 

 

 

MP : Disons que c’était l’aventure pour un gamin, c’était surtout ça.

 

CJ : Ah c’était l’aventure totale, mais toujours accompagnés de nos lances pierres et nos idées de conquêtes…

 

 

 

MP : Des fois tu rentrais chez toi, t’étais amoché quand même!

 

CJ : Ouais, ouais, ça arrivait parfois, mais on ne nous plaignait pas hein! Ma mère elle était pas là en disant le pauvre petit il s’est abimé! « Mets un peu de mercurochrome, demain il n'y aura plus rien ».

 

 

 

MP : Ma prochaine question c’est quoi pour toi la différence entre les année 50 et les années 2020? (rires).

 

CJ : C’est un monde complètement différent. Rien à voir, en plus moi j’allais en vacances chez mes grands parents, ça c’est un deuxième bouquin que j'ai fini d'écrire sur mes vacances à la campagne…

 

 

 

MP : Et tu comptes le sortir ce bouquin?

 

CJ : J’aimerais bien, mais je ne sais pas encore, j’ai même pas encore essayé de le faire publier, il faudrait que je trouve un éditeur.

 

 

 

MP : Ton premier « les caramels à un franc », tu as fait une réédition quoi, tu l’avais sorti et puis tu l’as ressorti?

 

CJ : Oui, ça a été une deuxième édition, mais pas avec le même éditeur. J’ai rajouté des événements assez importants, voilà c’est pour çà, j’ai rétabli certaines vérités, il y a des choses qu’il fallait que je dise absolument.

 

 

 

MP : Alors pour en revenir à ce livre, Christian Décamps du groupe « Ange » a fait une belle critique sur ton bouquin, tu devais être content?

 

C J : Je l’avais croisé chez mon éditeur « l’ Athanor », donc on était devenu pote en discutant, on a bu un coup, c’est à ce moment là que je lui ai donné le bouquin. Il m’a dit si tu veux, je fais une petite critique dans « BEST » le magazine de rock. je le lis et je dis que j’en pense, ça s’est fait comme ça. C’est une belle critique, je pense que ça lui a plu, il connaissait un peu le milieu, on est de la même génération, ça devait se passer un peu pareil pour lui, là où il habitait.

 

 


5_1976-Best_1976_critique_de_mon_1er_bouquin_par_Christian_Decamps_Ange_Decamps_Ange

 

 


MP : On est en 77 La vieille grille c’était quoi? c’était un cabaret aussi?

 

CJ : C’était plus qu’un cabaret, c’était un petit théâtre chansons, où tout le monde passait là parce que tu pouvais rester une semaine, 15 jours à la vieille grille. Là, j'ai une anecdote à te raconter, il y avait un mec au look «  hard rocker » qui était là tous les soirs dans la salle. Et tous les soirs je me demandais qui c’est ce mec qui vient me voir, il vient nous voir, ok, ça doit lui plaire, et puis un soir, alors qu’on était en train de ranger le matos, on s’est mis à discuter et on apprend qu’il est effectivement « hell's angels » et qu’il est videur dans les boites de nuit. On devient pote et finalement on finit par faire des sorties ensemble, je pars avec lui dans sa bagnole… Il n’avait pas de permis, pas d’assurance, c’était une grosse bagnole américaine, ho ! j’me dis putain là on est mal barré. Un autre soir, en arrivant à « la vieille grille », le patron me dit « putain Jacquin, on t’a piqué ta guitare, ton ampli, je me dis « merde, c’est pas vrai, comment on va faire ? ».


Le patron n’a aucune explication… Comment ça s’est passé ? J’en parle à mon pote « hell's angels », en me disant il a peut-être des plans, des machins, des trucs. Effectivement il me dit, ouais,ouais, t’occupes pas, j’ai un plan, on va aller en banlieue, tu vas voir, tu vas pas être déçu. On se pointe, le même jour, en pleine zone de Paris, je ne sais plus où c’était, dans le nord de Paris, en plein milieu d’une zone avec des caravanes autour. Il y avait un grand hangar, et quand tu rentres dans le hangar, c’est la caverne d’alibaba, il y a toutes les guitares que tu veux, tous les amplis, y avait de tout. Alors le mec il me fait « bonjour », hyper sympa, là, il me fait, « 300 francs et tu choisis une guitare, un ampli, tu prends ce que tu veux! » Mais les 300 francs dans ma poche, figures-toi que je les avais pas; dans ma poche, j’avais 200 francs, et un billet de 100 francs que mon pote m’avait donné, en me disant tiens il y a un faux billet, si tu veux le garder, tiens je te le donne.


J’avais 300 francs, mais avec un faux billet de 100 au milieu, j’étais emmerdé, déjà le mec il me fait le matis pas cher, en plus, je lui refile un faux billet, donc ça va être compliqué, enfin bon, finalement j’avais pas trop le choix, je prend un petit ampli, je prend une guitare électrique, je lui refile les 300 francs, et après on lui dit au revoir et on s’casse avec mon pote. On met ça dans la bagnole, il me regarde, et il me dit « mais tu ne lui as pas refilé le faux bifton de 100 francs que je t’avais donné? Ben si, je lui dis, j’avais que 200 francs sur moi! «  Mais t’es con ! Tu sais que c’est ce mec là qui diffuses les faux billets sur la région parisienne ! » Tu vois le délire ! Donc le gars je l’ai payé avec un faux billet de 100 que lui même diffusait partout et il ne s’en est pas aperçu, j’ai eu de la chance hein !

 

 

 

MP : Merci claude ça c’est une anecdote extraordinaire. Le voleur s'est fait arnaqué.

 

CJ : C’est exactement ça, je l’ai retrouvé un jour et là j’ai eu la trouille de ma vie, en me disant, ho là là, est-ce qu’il se rappelle de moi? Est ce qu’il se souvient que je lui ai refilé un faux billet, non, il a été cool, il ne m’a rien dit ! Il n'avait rien vu !

 

 

 


7_1978-VIEILLE_GRILLE

 


MP : tu as écrit ensuite un conte pour enfant « malaladam et minirêve ».

 

CJ : Oui, c’est le jeu de mots avec « mal aux dents et puis adam ».

 

 

MP : Alors pourquoi avoir choisi l’univers des enfants?

 

CJ : Ca faisait longtemps que j’avais envie d’écrire un conte pour les enfants, c’est parti un jour comme ça, j’ai dû bosser pendant un mois pour écrire ce conte. Après, je l’ai chanté aux musiciens… On a dit « allez on fait une maquette, on va voir ce que ça donne ». On l’a enregistré sur mon revox, chez mon pianiste à St Malo qui avait une baraque sur la plage du sillon

 

 

 

MP : Et pourquoi le disque n’est jamais sorti?

 

CJ : je n'ai pas cherché à le vendre, c’est comme ça?

 

 

 

MP : Et la tournée ça s’est passé comment?

 

CJ : C’était super sympa, parce qu’après le spectacle, on faisait venir les gamins, chacun sur un instrument, et donc on essayait avec eux de faire un petit morceau, en de temps. C’était compliqué, on mettait un gamin à la batterie, on donnait une guitare à un gamin, à un autre une basse, et après on leur apprenait 3 notes, 4 notes, et on essayait de composer ensemble un début de morceau.

 

 

 

MP : Voilà Claude, c'était ma dernière question pour cette période, je te dis au mois prochain.

 

CJ : Oui la prochaine fois on attaque la période rock !

 

 

 

 


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Chronique disque PERIDES :

 

 

8_jACQUIN_PERIDES_FRONT

 

 

 

 


L'histoire de Claude Jacquin est en quelque sorte celle d'un musicien qui a traversé plusieurs décennies, dans un quasi-anonymat.

Et pourtant... Que dire de son phrasé inimitable, de ses accroches verbales ?

1973, Claude Jacquin signe un contrat avec les Productions Perides. Le premier album est dans la boîte. D'ailleurs, penchons nous sur ce disque.

De facture folk, proche de la chanson, le jeu de guitare allié aux textes évoquent par moments un certain bernard Lavilliers. Les percussions qui se greffent sur les parties de guitares de la Mère Michel, qui ouvre le 33 tours, ainsi que la voix de Claude sont les marqueurs d'un univers personnel.


Sur "Entre les bras des filles" la guitare électrique s'invite. Des "ronds dans l'eau" avec ses choeurs, ses parties pop, approfondit les multiples facettes musicales d'un disque où la chanson réaliste cotoie aussi les ballades acoustiques.


Preuve est que de ces premiers ingrédients, ce premier long format révèle les talents d'un artiste au potentiel énorme et à la carrure imposante.


Un premier essai plus que prometteur daté d'une période idéaliste, mais revendiquant une liberté d'expression, ce dont la Folk Française a revendiqué au travers de textes, dont la primauté ici est clairement assumée.

 

 

par Aural Oddities.

 

 

 


titre en écoute : Entre les bras des filles

 

 

 

 

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Chronique " Malaladam et minirêve ".

 

 

 

9_jacquin_back_malaladam

 

 


Quand je vous dis que Claude Jacquin est un personnage surprenant, je suis bien loin du compte. Il enregistre en 1976 ce conte pour enfants avec ses musiciens à St malo sur un revox. Une tournée suivra. L'album complètement inédit n'a jamais été édité.

 

Et pourtant ce disque mérite bien une écoute de votre part. Cette histoire imaginée par Claude étant un mélange étonnant de poésie et de fantastique.

 

Musicalement on navigue dans des styles complètement différents, un assemblage hétéroclite de musique progressive, pop folk acoustique et traditionnel.

 

Et pourtant cela fonctionne parfaitement. Un mini album a écouter d'une traite pour pleinement apprécier l'ouvrage.

 

Claude tu déteste être comparé aux autres, justement avec ce disque, on peut dire que tu avais trouver un style inimitable que l'on ne trouve nulle part ailleurs.

 

" Malaladam et minirêve " une histoire pour minots qui vous fera découvrir toutes les facettes d'un artiste aux multiples talents.

 

Un moment rare à partager en famille avec vos enfants ou vos petits-enfants......

 


L'album reste réservé aux abonnés de Francerock70.

 

 

Biographie, articles de presse, photos et mini album inédit (Claude Jacquin)

Chronique disque Pérides (Aural Oddities)

interview, chronique, Artwork disque Malaladam et minirêve (Mister PAT)

 


Suite des bavardages le mois prochain......................................

 


par Mister PAT

Francerock70
Novembre2022

 

 


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CLAUDE JACQUIN - ( Paris Rive Gauche -1971 à 1973)

Publié le 15/10/2022 à 19:18 par francerock70 Tags : claude jacquin
CLAUDE JACQUIN - ( Paris Rive Gauche -1971 à 1973)

 

 

 

Claude Jacquin

 

Paris Rive Gauche (1971 - 1973)

 

 

 


Voici le deuxième volet concernant la carrière de notre ami Claude Jacquin nous allons de nouveau déambuler avec lui dans le milieu artistique des années 70.

Une belle ballade remplie de souvenirs, d'anecdotes et de nostalgie.

Et pour couronner le tout Claude et Francerock70 ont le plaisir de vous offrir un album de Claude Jacquin complètement inédit. Des bandes restées dans un carton d'un disque jamais publié.

Il s'agit de " Sur les chantiers du monde " un 33 tours enregistré en 1973 pour le label Futura (collection la machine infernale) qui n'a jamais vu le jour.

 

 


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Biographie (suite)

 

 

En 1971 Claude Jacquin décide de plier bagage, pour, « monter à Paris », avec pour seul contact le célèbre artiste " Mouloudji ".

 

Après deux trois mois d’errances et d’incertitudes, il découvre par hasard dans un kiosque à journaux de la rue des Pyrénées," l’officiel des spectacles ", la bible des ACI (auteurs-compositeurs-interprètes) !

 

Dans cet hebdo, figurent les adresses de tous les théâtres et de tous les cabarets parisiens. N’ayant aucune connaissance du milieu de la chanson à Paris, il choisit au hasard « le Triana », un restaurant-cabaret situé dans le huitième arrondissement, où il débarque un soir pour une première audition.

 

La chance est au rendez-vous.

 

Dans la salle, se trouvent Jean-Louis Foulquier, animateur à France Inter « Studio de nuit », grand spécialiste de la chanson française, et Eve Griliquez, productrice à France Culture d’une émission « Libre-parcours variété », enregistrée en live au TEP (théâtre de l’est parisien), consacrée à la chanson française.

 

Au mois de juillet, il rencontre Marie-José Casanova (ACI) qui lui propose de faire la première partie, avec elle, d’un spectacle en plein air de Richard Anthony, une des grosses stars populaires de l’époque avec la chanson« J’entends siffler le train ».

 

C’est le 14 juillet à Montboucher dans la Drôme, avec 5 à 6000 spectateurs. C’est sa deuxième grande scène, et en solo. Une claque !

 

En 1972, suivant les conseils de Foulquier, il commence à chanter dans les cabarets de la « Mouffe »: le Pétrin, le Della tore, le Bateau ivre, la Vieille grille, le théâtre Mouffetard, le bar du marais, la Cave à Moustache, et puis à St Germain, chez Georges, l’écluse…

 

 

 

 

1_cjac2_Pere_lachaise_1972

 

 

 

C’est à « La Scala »,lieu de rencontres incontournable de la Mouffe, qu’il rencontre de nombreux artistes, ACI (auteurs compositeurs interprètes) et autres musiciens venus à Paris pour tenter leur chance, dont Richard Prézelin, jeune guitariste de 17 ans, qui commence à l'accompagner.

 

C'est le débutd'une collaboration qui durera plus de 10 ans. Il part avec la troupe « La Naissance ». pour une tournée en province. Puis le « Chat écarlate » en Belgique avec Joe Schmeltzer, puis Maurice Fanon…

C’est parti pour les concerts dans toute la France, MJC, lycées agricoles, festivals…

 

Cette même année, il rencontre le peintre surréaliste Jean-Jacques Coëpel avec lequel il crée le « SURVISIOMAGISME « . Coëpel s’inspire de ses textes pour peindre des tableaux surréalistes de grandes tailles. Jacquin les intègre dans son spectacle « Chansons pour un regard ». Un montage de photos de gros plan de ces tableaux et de photos réalistes de la ville qui sont projetées, en fond, comme un décor.

 

En 1973, il enregistre son premier album, chez « Futura », pour une collection «La machine infernale» qu’il dirige avec Yves Touati et Jean-François Morange. C’est Teddy Lasry, (du groupe Magma), qui co-arrange ses chansons. Ce disque restera sur bande revox et ne sera jamais édité …

 

 

 


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Interview (Deuxième)

 

 

 

Mister PAT : Rebonjour Claude. Aujourd’hui nous démarrons la deuxième interview concernant ta carrière et avant toute chose je voulais revenir avec toi sur ta façon de chanter, car tu as une voix qui est naturelle, tu as un timbre très clair, tu as donc pris des cours de chant ?

 

 

Claude Jacquin : Content de se retrouver Pat ! Alors oui quand je suis arrivé à Paris, au bout de 5 6 mois j’ai pris 3 cours de chant, avec une très grande bonne femme, si tu veux, il y avait son nom partout, je crois que c'est Foulquier qui me l’a présentée, et en trois cours de chant, j’ai appris les bases.

 

 

 

MP : D’accord.

 

CJ : Ça a tout changé en réalité, parce que tu apprends à respirer, parce que tu apprends à faire passer tes notes au-dessus, enfin c’est tout une technique hein ! Mais seulement avec 3 séances, tu as la voix qui ne fatigue plus, tu chantes pendant une heure, une heure trente, voilà, c’est les seuls cours que j’ai pris, mais avec une grande bonne femme, connue dans le milieu.

 

 

MP : C’est pour ça que j'ai été un petit peu surpris, parce que des tes débuts dans la chanson ta voix est bien assurée, tu t'étais entraîné sans doute pas mal, même en tant qu’amateur.

 


CJ : Oui, oui, je m’étais beaucoup entraîné. Mais au départ, je n’avais qu’un filet de voix, je n’avais pas de technique.

J’ai appris au fur et à mesure, sur le tas, mais à force de chanter, ta voix commence à sortir, au départ c’est tout petit, ça tombait de ma bouche. Je ne comprenais pas pourquoi je n'arrivais pas à envoyer les notes, mais la voix c’est venu petit à petit, tout ça en travaillant, quand tu chantes tous les jours, au bout d’un moment ça arrive.

Ah, bien c’est sûr il n'y a pas de secret, c’est pareil pour tout, c’est toujours en travaillant que tu y arrives…

c’est pour tout l’monde pareil, ou alors tu es ultra doué mais alors c’est autre chose! C'était pas mon cas forcément au départ.

 

 

 

MP : Oui Claude, mais ça prouve qu’on peut y arriver!

 

 

CJ : Oui, on peut y arriver, parce que quand on commence on sait pas qu’on peut être chanteur et c’est en essayant, petit à petit qu’on prend confiance.

Finalement, la voix c’est tout une texture, c’est une personnalité la voix, on se reconnaît, on reconnaît ta voix ou pas ou t’as une facture ou t’as une signature vocale ou tu l’as pas quoi !

Apparemment, les gens me reconnaissaient donc c’est bien ce que je voulais.

 

 

 


MP : J’ai repris un peu ce que tu avais marqué sur ta bio , mais par contre je vais te poser des questions, si tu veux, pour savoir des choses qui ne sont pas sur ta bio bien sûr !

Les articles vont être comme ça, je vais reprendre ta bio, je vais raconter ta carrière, ensuite l'interview fil rouge et ensuite y aura la chronique des disques, ce sera comme ça je ne veux pas que dans les questions on reprenne la bio quoi !

 

CJ : Ouais, t’as raison, c’est mieux!

 

 

 

MP : Alors en 71, tu décides de monter à Paris, c’était une décision mûrie ou c’était sur un coup de tête?

 

 

CJ : Écoute on peut parler un peu des deux on va dire.

Ça a été quand même un coup de tête, parce que quand tu décides à trois mois de la fin de l’année 70, tu décides, tu te dis bon il faut que je me barre à Paris, parce que terminé, moi je peux plus faire ça, mon métier (coiffeur) j’en pouvais plus déjà de toute façon, enfin je sentais que j’étais pas fait pour ça.


Il fallait que j'essaie avec mes petites chansons, ma petite musette de chansons un peu naïves et tout l’bidule, je me suis dit, il faut quand même que j’aille voir ce qui se passe et tenter ma chance et tenter d’arriver à faire des choses dans ce métier.

C’est comme ça que j’ai décidé hein, en disant, allez c’est presque un coup de tête, en disant on se barre, allez hop, le 1er janvier 71 on part !

 

 

 

MP : Oui mais là, tu es parti avec ta femme !

 

CJ : Oui avec ma première femme et… ma 2 CV, mon chat…

 

 

 

MP : Et toutes tes affaires, ça a été quand même une décision dure a prendre, elle était partante ou pas ?

 

CJ : Ouais, ouais , complètement, sans problème, sans restriction! Ça a été court et ça s’est bien passé.

 

 

 

MP : Justement, tu peux me raconter un peu ton arrivée, tu es arrivé un 1er janvier ?

 

CJ : Je suis arrivé un 1er janvier à Paris sous la neige, dans ma 2 CV, et la chance qu’on avait, c’est que ma femme avait des cousins à elle qui habitaient rue des Pyrénées qui avaient un petit "home cave" un petit sous-sol si tu veux, on avait la route au niveau des yeux.

 

 

 

MP : Ah oui, je vois !

 

CJ : C’était un demi sous-sol quoi, mais qui faisait 9 m2 avec un lit et voilà.

 

 

 

MP : Et tu es resté combien de temps là-dedans?

 

CJ : 1 an, jusqu’à ce qu’on trouve un autre deuxième 9 m2, mais complètement ailleurs, vers République, où là, y avait un téléphone, là ça nous intéressait beaucoup parce qu’il me fallait absolument un téléphone,

 

 

 

MP : Ben oui, parce que c’était indispensable pour avoir des contacts, à l’époque y avait pas de portable !

 

CJ : Voilà, y’avait pas de portable, on était obligé d’aller chez les cousins, si je voulais pas avoir un coup de fil, fallait donner un autre numéro de téléphone, après c’était au 4ème, c’était le bordel, enfin bon, pas simple !

Ce qu’on a cherché avant tout c’était un p’tit truc, j’dois te dire que c’était pas terrible, ce 9 m2, avec les toilettes sur le palier.

C’est toujours comme ça les premiers…

C’était la belle vie quand même !

 

 

 

MP : Tu arrivais quand même à composer ?

 

CJ : A composer? Ah oui oui , sans problème, j’ai pas arrêté. C’est une période où j’étais très prolifique, mais le problème c’est que j’ai tourné en rond très vite, c’est que arrivé à Paris, je ne connaissais personne à part Mouloudji, seul contact que j’avais.

 

 

 

MP : Ah ça tombe bien, parce que c'était ma question suivante : à ton arrivée à Paris, tu avais un contact à Paris c’était Mouloudji, alors avec qui avais-tu eu ce contact?

 

CJ : J’avais eu son adresse par un chanteur du côté de Dijon, qui le connaissait bien, avec qui il avait des bons contacts, qui m’a dit, va le voir, on sait jamais, peut-être qu’il peut t’aider ou pas, on verra bien. Donc j’y suis allé assez vite, je suis arrivé à Paris, un mois après j’suis allé chez lui.

 

 

 

MP : Tu l’as vu plusieurs fois ?

 

CJ : Non non, je l’ai vu une fois dans ma vie.

 

 

 

MP : Une fois ! Et alors c’est là que son conseil …

 

 

CJ : Non, ça a été un peu brutal, parce que moi je ne m’attendais pas à ça, je m’attendais à ce qu'il me fasse rentrer tranquille, qu’on discute un peu, qu’on boive un coup, moi, j’étais le provincial, je m’imaginais que ce serait plus simple.

Mais en réalité, je suis rentré chez lui, là comme ça, à l’époque il habitait du côté de la " Sacem ", alors je lui dis, voilà je suis Claude Jacquin, je viens de la part d’untel, est-ce que vous pouvez me donner quelques détails pour faire de la chanson?

Voilà je débarque, j’connais rien, j’suis complètement naïf dans le milieu de la chanson !


Alors il me dit, je vais pas te donner 36 conseils, le seul conseil que je peux te donner, suis ta ligne, et reste toi-même.

Bon!

Au revoir Monsieur Jacquin et puis voilà (rires) !

 

 

 

MP : Ça a été quand même bref (rires) !

 

 

CJ : Ça m’a pas apporté grand-chose, parce que de toute façon rester moi-même, à l’époque je ne pensais pas à autre chose que cela.

J’étais dedans, sans trop penser à autre chose, c’est vraiment dur tu vois.

Je suis ressorti de chez lui et j’ai continué à écrire mes p’tites chansons, mais mon problème c’est que je ne savais pas où aller chanter, ni quoi faire, ni comment.

 

 

 

MP : Au début tu ne t'es pas découragé, et c’est là que tu découvres "l’officiel des spectacles "!

 

 

CJ : Effectivement, dans un kiosque un jour, je regarde ce truc et je vois "l’officiel des spectacles", alors j’ai mis l’nez dedans et voilà la bible, la bible est là ! Il y a tout, il y a tout dedans, maintenant comment choisir ?

 

 

 

MP : Oui c’était énorme!

 

 

CJ : Ce que j’ai fait, j’ai tourné les pages au hasard.

C’est un truc de dingue, mais je regarde là où y avait tous les noms, j’ai tourné les pages, paf, j’ai mis mon doigt, et je suis arrivé au niveau à peu près ou il y avait marqué " le Triana ".

"Le Triana " pour moi, ça voulait absolument rien dire, mais c’était cabaret, chansons restos et j’ai appelé.

J’ai appelé très vite, et je suis tombé sur le taulier Jean Hoffman qui était un mec très sympa, qui m’a dit "Ouais ouais, venez, on fait passer des auditions en direct, même sur scène ".

Ah bon, quelle surprise, et bien je me suis pointé le soir même, dans une petite boite à bonbons avec partout du velours rose, c'était un truc de dingue, franchement je ne m’attendais pas à ça !

 

 

 

 

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MP : Cette histoire prouve que dans la vie tu es assez chanceux quand même?

 

 

CJ : C’est toujours de la chance, là y a une partie de chance, après y a une partie de talent, de travail, ce que tu veux mais, mais avant tout il faut avoir des rencontres.

 

 

 

MP : Oui, parce que si tu n’as pas le coup de chance, tu ne peux rien faire !

 

 

CJ : Bien sûr, c’est ça qui permet d’avancer assez vite surtout, parce que finalement là dans ce cabaret, il m’a fait chanter, parce que j’étais en audition au milieu des autres.

Sur le moment je savais pas, moi, j’étais tellement naïf, mes chansons, c’était tellement des chansons fleurs bleues à l’époque.

C’est là que le patron est venu me voir un soir, il me dit, tiens y a un mec qui veut te voir dans la salle.


Et là je suis tombé sur Jean- Louis Foulquier, dans la salle y avait aussi Eve Griliquez qui était aussi productrice sur France culture, tu vois, ça c’est de la chance, parce que lui il chantait là Foulquier figures toi.

 

 

 

MP : Oui, il chantait, c’est vrai qu’il était chanteur,

 

 

CJ : Il était un peu chanteur oui, avec “ma femme, ma pipe, mon chien” je me souviens encore de cette chanson, il avait des chansons très naïves lui aussi.

 

 

 

MP : L’intérêt, c’est qu’il avait une émission de radio !

 

 

CJ : Voilà, l’intérêt c’est qu’il était sur France inter, Eve Griliquez était sur France culture.

Foulquier d’abord m’a dit, mais qu’est-ce que tu fous là , qu’est-ce que tu fous dans ce truc (Le Triana), c’est pas du tout ton style ! C’est pas du tout l’endroit où tu devrais être, tu devrais être à “la Mouffe”.


Ah bon “la Mouffe” ? La Mouffe”, oui, rue Mouffetard là où il y a des cabarets.

 

 

 


MP : Ah, alors comment ça s’est passé aussi avec Eve Griliquez.

 

 

CJ : Avec Eve, c’est pareil, je lui ai parlé le soir même, exactement la même chose. On a parlé un petit peu du métier, comment ça se passait, pourquoi j’étais là, d’où je venais.

Enfin ils ont commencé à me poser des questions sur mon passé, mais ils se sont rendu compte, que moi, j’étais complètement neuf, que je ne connaissais rien du tout dans le métier et donc ils m’ont aidé, parce que Eve Griliquez elle m’a pris dans sa première émission de télé, et Foulquier il a commencé à me faire venir très vite sur sa radio, ça à été un coup de chance.

 

 

 

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MP : Donc ça a été un coup de cœur, te concernant ?

 

 

CJ : Certainement oui, parce que je devais dénoter un peu au milieu des autres, parce que là-dedans y avait le frère de France Gall, qui chantait,  tout un tas de gens qui ont pas vraiment réussi, qui n'ont pas fait grand chose, pourquoi eux plus que les autres, je n'en sais rien.

C’était vraiment un endroit tellement atypique !

 

Les grands-parents du patron, ils étaient propriétaires d’un grand théâtre, juste à côté. Mais il y avait tout une faune, là-dedans qui débarquait, pour moi, c’était très intéressant, je découvrais !

 

 

 

MP : C’était Paris, c’était l’univers parisien !

 

 

CJ : Exactement, c’était l’univers parisien qui me sautait aux yeux, là comme ça d’un coup, et ça m’ouvrait la tête.

En même temps, ça me permettait d’écrire autre chose, d’un coup, y a des choses qui venaient, ça a été une période très intéressante et la chance y était pour beaucoup.

 

 

 

MP : Justement, qu’est-ce que tu peux me dire sur la rue “Mouffetard”? Tu as quoi comme souvenirs, c’étaient des bons souvenirs?

 

 

CJ : Oui, le quartier " Mouffetard " c’est le premier endroit où j’ai chanté sur Paris, à part " le Triana ", c’est là que j’ai rencontré mon premier guitariste Richard Prézelin avec qui j’ai bossé pendant des années. Là j’ai commencé à faire une audition au Della tore tenu par Djamel Allam, je ne sais pas si tu te souviens de ce chanteur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MP : Ça me dit quelque chose le nom, mais bon …

 

 

CJ : Il a fait le tour du monde, lui, à l’époque il était rue "Mouffetard ", il tenait ce truc avec un mec qui s’appelait Hedris Londo qu’était aussi un poète kabyle.

Donc j’ai chanté un soir vite fait chez eux, machin, ah ouais, c’est super c’que tu fais, allez, va en face, va au " pétrin", va faire une audition… J’ai commencé à faire les cabarets comme ça en faisant des auditions à droite à gauche. C étaient les endroits les plus prisés à l’époque avec l’écluse,le pétrin, il y avait le bar du marais, il y avait "Chez Georges"

 

 

 

MP : Du coup, ça t’a permis de commencer à te faire connaître ?

 

 

CJ : Oui, ça m’a permis de me faire un petit nom dans un petit milieu, c’est pas très grand “la Mouffe”, mais par contre, tout le monde, tout le monde se retrouvait à cet endroit !

Tous les chanteurs que tu as connu après, ils sont tous passés par là.

 

 

 

MP : Ah justement, pour parler de ça, il y avait pas mal de chanteurs, c’était la concurrence, est-ce que tu as été obligé de faire, c’est pas le terme, mais, des compromis par rapport à certains cabarets, des choses comme ça?

 

 

CJ : C’est-à-dire?

 

 

 

MP : Ben par exemple, que l'on te demande de chanter d’une autre façon ?

 

 

CJ : Ah non,non non !

 

 

 

MP : T’as suivi ta ligne quoi, tu as toujours suivi ta ligne !

 

 

CJ : Oui à l’époque j’étais complètement libre, aucun problème, non, aucune censure.

 

 

 

 

MP : C’est pas comme maintenant, quoi !

 

 

CJ : Maintenant ça n’a plus rien à voir ! À l’époque il y avait plein de chanteurs qui passaient, je les ai tous connus au début et après on allait se retrouver surtout à "la Scala", c’était le lieu de rencontre de tous les auteurs compositeurs, chanteurs, poètes, tous les saltimbanques du coin.

 

 

 

MP : "la Scala", c’était quoi?

 

 

CJ : "La Scala", c’est un gars, qui s’appelait la Scala, qui s’appelait Jacky Scala, donc on allait à" la Scala", il y avait sa femme et lui qui tenaient cet endroit, c’était un bar, un bar de poésie, de chansons, de tout ce que tu veux et donc tout le monde se retrouvait là le soir pour chanter ses dernières chansons, faire écouter un nouveau texte, il y avait un vrai échange.

 

 

 

MP : Et là, tu as rencontré des tas de gens bien sûr?

 

 


CJ : C’était un lieu… Comment dire… ?

Ben, comme il n’y en a plus, c’est ça qui est dommage !

 

 

 

MP : C'était des jeunes chanteurs?

 

 

CJ : Oui, c’est ça, c’étaient que des mecs qui débutaient, forcément hein!

Qui avaient déjà un p’tit nom, aussi, Higelin il avait déjà un nom, Lavilliers aussi, mais c’est des mecs qui ont commencé il y a longtemps, ils ont commencé bien avant moi, ils avaient déjà un nom, mais c’étaient pas encore des vedettes internationales.

 

 

 

MP : Ils avaient des disques à leurs actifs.

 

 

CJ : Ouais, ils avaient déjà des disques, mais ils dînaient là, à "la Scala" quand même, C'était un lieu extraordinaire !

 

 

 

MP : Justement en parlant de Bernard Lavilliers, comment tu l’as rencontré, à" la Scala" ? Vous avez sympathisé?

 

 

CJ : Ah oui,oui, on était très potes à l’époque, on se croisait tout le temps dans le coin, lui, il avait déjà signé avec Barclay.

On a bien sympathisé, je l’ai même accompagné aux percussions à St Étienne dans un de ses galas.

On partait en " 404 ", c'est sûr, on était bien potes, après ça a changé.Je l’ai retrouvé plus tard aux Francopholies.

 

 

 

6_cj2_Avec_Nanar

 

 

 

 

 

MP : Après il a évolué !

 

 

CJ : Oui, il a complètement évolué et puis il a fait sa carrière de son côté.

 

 

 

MP : On va en parler tout à l’heure, mais il avait un style un peu proche de toi ou l’inverse, je ne sais pas, mais vous étiez un peu dans le même style!

 

 

CJ : Oui, mais c’est la voix qui fait ça, quand tu écoutes les chansons finalement c’est pas du tout la même écriture, après c’est un autre truc, chacun son monde, je sais qu’on m’a souvent comparé à un mélange de Lavilliers, Jonasz, Higelin.

 

 

 

MP : Oui, je pense qu’on a dû te le dire ça! C’était quand même des compliments !

 

 

CJ : Ouais, bien sûr j’vais pas pleurer! (rires)

 

 

 

MP : Parce que c’était quand même des sacrés mecs !

 

 

CJ : Bien sûr , y’a rien à dire!

 

 

 


MP : Tu fais aussi des spectacles avec le peintre Jean-Jacques Coëpel ?

 

 

CJ : Alors c’est-à-dire, ça, dès la première année 71, j’suis allé à une exposition à l’ORTF à l’époque, la Maison de la Radio et il y avait toute une exposition de peintres, et là je suis tombé sur Jean-Jacques Coëpel.

Oh, là qu’est-ce que c’est que ce peintre, complètement surréaliste ! Un travail de dingue, un peu comme les maîtres anciens tu vois !

Et là, on a tout de suite sympathisé, on est devenu amis, on a commencé à bosser ensemble, lui il a fait des toiles à partir de mes poèmes.

 

 

5_cj2_ja1971-Avec_COEPEL_peintre

 

 

 

 

 

MP : Ça c’est intéressant, ce n’est vraiment pas banal…

 

 

CJ : Il s’est inspiré de mes phrases, de mes chansons, il y avait un truc qui l’inspirait et hop il faisait un tableau.

Du coup, j’ai réfléchi, et je m’suis dit, ce qui serait intéressant, c’est de monter un spectacle audiovisuel, pour la première fois, je ne pense pas qu’il y en ait eu beaucoup avant.

Je me suis dit, je vais m’inspirer de ses tableaux et de la vie, et avec un ami photographe, on a travaillé là-dessus, photographies de banlieues, photographies d’immeubles, photographies de toute la zone de Paris. On a pris des extraits de tableaux, des p’tits détails dans ses tableaux, on en a fait un montage des gros plans et on a fait un spectacle sur lui, on a appelé ça le SURVISIOMAGISME.

 

 

 

 


MP : C’est toi qui avais trouvé le terme?

 

 

CJ : Oui, tout à fait et on a appelé ça " Chansons pour un regard ".

 

 

 

 

 

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MP : La projection, c’était sur écran? Tu avais un écran derrière toi ?

 

 

CJ : Il y avait un grand écran avec les projections diapos dessus .


Moi, j’ai adoré faire une tournée avec ce spectacle et après je suis passé à autre chose .

 

 

 

 

MP : Si tu veux, on va en revenir aux disques donc ensuite, tu enregistres pour le label Futura ?

 

 


CJ : Pour le label Futura, il y avait Yves Touati, Jean-François Morange qui était chanteur à l’époque qui faisait des trucs un peu surréalistes aussi,et il y’avait moi, on était 3 à avoir monté ce label.

 

 

 

MP : Ah vous avez monté le label, vous vous êtes rencontrés comme ça?

 

 

CJ : Oui, on s’était rencontré à la " Mouffe ", toujours dans les mêmes lieux tu vois! Ça circulait beaucoup au niveau de la rue Mouffetard , donc on s’était rencontrés comme ça.

Après on a rencontré, les mecs de Magma, moi je les connaissais un p’tit peu surtout Teddy Lasry.

 

 

 


MP : Comment as-tu connu Teddy Lasry ?

 

 

CJ : En fait, par Yves Touati, qui connaissait Magma à l’époque, moi je les connaissais de nom, je les avais déjà vus sur scène et puis j’avais vraiment envie de travailler avec eux.

Teddy Lasry, je l'ai rencontré à "libre parcours", l'émission de variété d'Eve Griliquez.

 

 

 


MP : Tout ça c’est une histoire de rencontres ?

 

 

CJ : Oui, forcément, on avance comme ça.

Lui il a travaillé au niveau des arrangements, c’est particulier comme disque hein, c’était tout en acoustique.

 

 

 

MP : Au niveau musical, c’est assez loin des expérimentations de Teddy Lasry non ?

 

 

CJ : Oui, ça n’a rien à voir, on est dans de la chanson, mais travaillée avec un contrebassiste, un percussionniste, mon guitariste, et moi à la guitare.

 

 

 

MP : Ah ça tombe bien parce que, c’étaient qui les musiciens sur l’album là ?

 

 

CJ : Richard Prézelin-CJ (guitares), Paco (contre-bassiste sud américain),Teddy Lasry (flûte traversière/percussions) et un percussionniste américain dont je ne me rappelle plus du nom.

 

 

 

MP : Comment le disque a t'il été enregistré ?

 


CJ : Alors ça a été enregistré en live, à la Maison de la Radio, pas dans un studio de son classique, traditionnel, c’est comme si tu étais en spectacle à la Maison de la Radio.

Alors on avait le droit de recommencer, évidemment, parce qu’on n’a mis que deux jours pour faire tout ça, il fallait y aller, juste un peu de répète avant…

 

 

 

MP : Vous aviez un créneau, mais c’était restreint.

 

CJ : On avait un créneau ; et en deux jours on a fait ça, on dit 8h, çà veux dire un peu plus d' une heure par chanson.

 

 

 

MP : Qui est-ce qui enregistrait ?

 

CJ : Ah ben ça, c’est nous hein! Donc nous on a produit notre truc, notre son à nous.

 

 

MP : L'album n'a pas été édité ?

 

CJ : Non, il n'est jamais sorti, je suis le seul à l'avoir je crois, sans doute aussi Touati et Morange.

 

 



MP : C’est quand même incroyable, c’est dommage que ce genre de disque ne sorte pas !

 

CJ : Ouais mais bon, ça fait partie du parcours, il y a beaucoup d’échecs aussi hein! Il y a beaucoup de choses que tu ne verras jamais, mais ça fait partie du parcours et de la création,je suis passé à autre chose, ça m'a permis d’évoluer.

 

 

 


MP : Tu pensais sortir le disque au départ ?

 

 

CJ : Bien sûr, ah ben au départ tu crois toujours que tu vas faire le chef d’œuvre du siècle, heureusement, mais c’est rarement le cas.

 

 

 


MP : Alors la prochaine question je ne sais pas si elle va te plaire, mais…

Ta voix, et le fait de choisir le style latin, donne l’impression d’entendre les tous premiers disques de Lavilliers.

 

CJ : Ça été fait bien avant que je connaisse le style de Lavilliers.

 

 

 

MP : Donc ça n’a aucun rapport?

 

CJ : Aucun rapport, moi j'ai fait ce disque bien avant, j’allais pas faire un disque qui ressemblait à Lavilliers puisque je ne savais même pas ce qu'il faisait à l’époque, j’ai du le rencontrer juste après .

 

 

 


MP : Cette dernière question va clôturer ce second entretien, merci Claude pour nous avoir raconté tous ces souvenirs.

 


CJ : Malgré le fait que tout ça me semble très lointain, j'ai encore beaucoup de choses à te raconter.

 

 

 

 

MP : Aucun problème Claude, on va revenir sur chaque période de ta carrière. On va faire tout ça tranquillement et peinard !

 

CJ ; Oui c'est vrai Pat, ces conversations sont très enrichissantes et en plus on n’est pas pressé par le temps(rires) !

 

 

 

 


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Chronique du Disque " Sur les chantiers du monde " - les textes

 

 

 

 

 

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Au milieu de notre civilisation déshumanisée, en perpétuel mouvement, que trouve-t-on ? Un homme, un p’tit bonhomme, un poète qui vit, qui chante son amour :

« Sur le chantier du monde
Je t’aime
Entre les grues du monde
Je sème ma graine »


C’est le moment d’imaginer Claude Jacquin, jeune provincial débarquant à Paris en 2CV avec femme et guitare découvrant la vie infernale de la capitale.

L’amour a toujours inspiré les poètes et forcément ce sera le cas de notre coquin Arlequin de Jacquin :
« Je voudrais…...te décrocher la lune
Et te la mettre en cage
Défaire avec ma plume
Les plis de son corsage »
La décence qui caractérise notre blog ne me permet pas de transcrire davantage les propos de notre trouvère transi d’amour dans son 9 m² en sous sol, rue des Pyrénées.

 

 

Et maintenant :


« Maria danse aux yeux des garçons… » au son de la guitare et des bongos.
Que ce soit à Paris dans un 9 m² en sous sol ou sur une île lointaine, il n’y a pas que le fond de l’air qui soit brûlant :
« Maria danse…
Des jambes à chevaucher la lune
Que j’aimerais être la lune….. »

 

 

Est-on vraiment surpris d’entendre notre Jacquin, alors dans sa période rive gauche, injurier le temps qui passe « Merde aux années qui nous foutent des rides… », les exploiteurs et les guerres ? Non pas vraiment, il a bien raison (et nous avec).

 

Et lorsqu’il chante l’enfance « Allez petit danse », les mots lui viennent du cœur et des tripes, les mots se bousculent et jaillissent là où on ne les attend pas. A nous de les saisir avant qu’ils ne s’envolent.

 

Plus loin, Jacquin nous balance quelques vérités sur notre condition humaine avec un humour caustique


« Au pays où les chiens
Nous promènent en laisse »
Où l’homme fait le beau
Pour plaire à sa maîtresse »
on est amené à se demander si Jacquin-le-taquin ne cherche pas à réveiller le coquin qui sommeille en nous « …surtout les mâles »

 

 

Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit que, le jour de la saint Valentin 71, il y avait des roses dans le 9 m² en sous sol, évoqué un peu plus haut :


« Il y a des roses comme des Dames
Quand on les respire on s’enflamme
Viens dans mon jardin »

 

Cueillir les mots, les images qui jaillissent pour en faire une poésie drôle et satirique sans se prendre au sérieux amène notre troubadour contemplant les « boules de coton suspendues dans le ciel » à conclure par « un nuage lève la patte et me pisse à la face ».

 

Avec mélancolie, Jacquin, sur le dernier titre de son album, évoque les « terrains vagues » de son enfance « ...qu’on appelait campagne » désormais disparus
« ...de grands bâtons
Quelques tas de cailloux
Comme ligne d’horizon »

 


par CRAPOU

 

 

 

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Chronique du Disque " Sur les chantiers du monde " - la musique

 

 

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Musicalement, Claude avec cet album, reste dans la pure tradition rive gauche.

 

Niveau mélodie on est loin de ses textes parfois un peu perchés, le poète se lâchant avec les mots, reste musicalement en accord avec son époque, de l'acoustique, avec toujours une voix forte mise en avant, marque obligatoire du chanteur à textes.

 

Pour moi le meilleur titre de l’album est " Viens dans mon jardin " avec son rythme latino qui réchauffe l'atmosphère avec un solo de guitares assez proche d'un groupe comme " América " .

 

Vous trouverez sans doute avec ce titre une certaine affinité avec le style de Lavilliers mais ce n'est que pure coïncidence, car comme me l'a confirmé Claude il ne connaissait pas du tout Bernard Lavilliers à cette époque. En tout cas moi je trouve cette chanson particulièrement réussie.

 


Après écoute de l'album, mon sentiment est qu'il faut prendre ce disque comme un instantané sonore de l'univers des cabarets du début des années 70.

 


Un disque live d'un poète chanteur bouillonnant. Pas un brin de rock sur ce disque mais un son brut, un chanteur engagé clamant ses textes comme une urgence.

 

Pas toujours facile à cerner le Claude Jacquin des débuts mais c’est l'homme passionné qui s'exprime.

 

Heureusement pour nous à l'époque, il y avait ce style de chanteur qui voulait nous faire avancer, pas ceux des hit parade, pas ceux des ritournelles à deux balles. Mais des mecs avec des textes qui leur sortaient des tripes, des lanceurs d'alertes, des précurseurs……

 

Merci Monsieur Claude Jacquin ……………

 

 

 

par Mister Pat

 

 

 

 

Titre en écoute  " viens dans mon jardin "

 

 

 


Biographie, Photos, Articles de presse, Album "Sur les chantiers du monde" par Claude Jacquin

 

 

Interview : Mister Pat

 

 

Chronique : Crapou et Mister Pat

Francerock70
Octobre 2022

 

 


Suite des bavardages avec "Claude Jacquin" le mois prochain …………

 

 

 

CLAUDE JACQUIN (les débuts 1960 à 1970)

Publié le 16/09/2022 à 21:32 par francerock70 Tags : claude jacquin
CLAUDE JACQUIN (les débuts 1960 à 1970)


Claude Jacquin !


Un nom qui n'est sûrement pas complètement inconnu pour quelques-uns d'entre vous.


Claude Jacquin a connu un beau succès vers la fin des années 70 grâce à son album " générations" sorti en 1978 chez Sonopresse, il obtiendra ensuite le prix de la chanson française au Midem en 1980 en compagnie de Michel Jonasz pour son album studio suivant " jeux de mains ".

 

A mon avis c'est déjà une belle référence !

 


Nous avons "flashés" moi et mon compère Makhno sur ces deux vinyles, enthousiasmé par le talent de l'auteur compositeur interprète je ne pouvais faire autrement que d'essayer de contacter Claude Jacquin pour une interview.

 


Tombant sur un répondeur, le temps passant, je pensais malheureusement avoir définitivement échoué.

 


Mais un jour et beaucoup plus tard mon téléphone a sonné : " Bonjour c'est Claude Jacquin à l'appareil."

 


Pour moi une très grosse surprise !

 


Etonnant non !

 

Dès lors Claude Jacquin m'a très gentiment envoyé par mail sa biographie.


Je dois vous l'avouer elle est énorme.


Car Claude ne s'est pas seulement cantonné à un rôle de chanteur.


C'est un artiste complet, il a de nombreuses cordes à son arc.

 

Il est bien sûr chanteur, auteur-compositeur mais aussi écrivain, dessinateur, illustrateur, réalisateur de vidéos, compositeur de génériques TV, réalisateur de films d'animation etc.....

 


Claude est une personne très attachante aux textes toujours engagés, c'est pour ça que j'ai décidé de lui consacrer toute une série d'articles.

 


Il y en aura beaucoup car il a une discographie impressionnante le bougre !

 


Des galettes aux styles complètement différents, mais toujours passionnantes.

 


Je vais revenir avec lui sur son aventure musicale, sur ses disques et sa vie artistique.


Nous allons découvrir ensemble chaque disque depuis ses tout débuts dans les années 60.


En fil rouge, il y aura une interview "fleuve" qui illustrera les articles.

 

Comme Claude Jacquin est un grand bavard, comme moi, j'ai décidé de nommer ces articles "Bavardages". Des entretiens très enrichissants ou nous reviendrons sur une carrière longue de plus de 50 ans.


Avec cette série d'articles nous renouvelons l'expérience que nous avions déjà développé avec Pierre Chérèze, un éclairage complet sur la carrière d'un artiste.


Et une fois de plus je vous invite à rester en notre compagnie, car il va y avoir pas mal de belles surprises.


Comme il faut bien commencer par le début, voici le tout premier article consacré à un artiste de grand talent Monsieur "Claude Jacquin"

 

 


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Biographie :



Les débuts (1960 à 1970) :

 

 

Claude Jacquin est né le 28 février 1946 à Dijon, dans la zone du Castel - là où à vécu lejeune Gustave Eiffel .

Il y passe toute son enfance. Petit fils de paysans jurassiens, père de deux enfants, il grandit dans une famille d’ouvriers et rien ne le destine à mener une carrière artistique.

Il quitte le collège à 15 ans, travaille un an chez un carrossier automobile, pour suivre ensuite une formation de coiffeur.

C’est pendant les années 60 qu'il commence à s'intéresser à la musique en intégrant ungroupe de folksong.

 

Il part au Sahara pour effectuer son service militaire dans le service de santé desarmées, 16 mois pendant lesquels il exerce diverses fonctions : infirmier post-opératoire,projectionniste, titulaire délégué à la morgue, coiffeur et accessoirement musicien.



C'est en 1967, qu'il rejoint le groupe de folksong des « Roadmen » comme banjoïste. « LesRoadmen » font des reprises des chansons de Bob Dylan, Hugues Aufray, Graeme Allwright...).


Il compose sa toute première chanson « La route solitaire » avec laquelle le groupe participe en1968 à la finale du grand prix de la chanson française de Thoissey, organisé par l'O.R.T.F sous unchapiteau de 5000 places avec Johnny Halliday en vedette.

« Les Roadmen » terminent à ladeuxième place.

 

 

1._1968-Roadmen_article



 

En 1969, il interprète ses premières chansons dans différents lieux de la Région dijonnaiseet souvent en première partie de chanteurs comme Jean Vasca, Félix Leclerc, FranciscoMontaner, Marc Ogeret, Henry Dès…

 

 


C'est en 1970 qu'il enregistre, à compte d’auteur, son premier 45t (4 titres), accompagné par troismusiciens de la région.

 

C'est avec ce premier disque que nous allons commencer la découverte de son abondante discographie


En attendant voici la première interview d'un longue série de                       " bavardages " qui va se poursuivre au fil des mois.

 

 

 

 

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L'interview :

 

 

Mister pat : Bonjour Claude, en premier lieu je voulais te dire un grand merci d'avoir accepté cette longue série d'entretiens concernant ta très abondante carrière artistique.

 

Claude Jacquin : Bonjour Pat, Je pense qu' à un moment ou un autre, il faut revenir sur les années passées, il y a tellement à raconter et suite à ta proposition j'ai eu envie de le faire sur ton blog Francerock70.

 

 


MP : Il y a effectivement beaucoup à raconter te concernant, ta bio est énorme ! nous allons débuter cette collaboration, car pour moi c'est plus une série d'articles co-écrit par Claude Jacquin et Mister pat, par tes débuts, la 1ère période qui va des années 60 à l'année 1970.

 


CJ : Ok je suis prêt, on peut commencer car les vibrations avec toi sont vraiment bonnes!

 

 

 

MP : Oui moi aussi Claude j'aime beaucoup ce tête à tête complice !

voici donc la toute première question, Claude rien ne te destinait à être un artiste, tes parents étaient ouvriers !

 

CJ : oui exactement mon père travaillait à la "SNCF" et ma mère était coiffeuse en chambre (à la maison) alors tu vois !

J'ai vécu dans ce milieu ouvrier une vie vraiment heureuse et sans problème.

C"était l'après guerre, le baby boom

 

 

MP : Comment as tu attrapé le virus musical ?

 

CJ : J'ai commencé avec un de mes copains qui avait un groupe qui jouait du "shadows", j'allais les voir en répétition et ça commençait vraiment à m'intéresser.


Et un jour je suis parti en vacances avec des potes à Argeles-Gazost avec ma dauphine (pour l'anecdote qui est tombé en panne au milieu du chemin).

Et tous les soirs on allait voir un gars qui s'appelait "Paco" qui jouait de la guitare flamenco.

A partir de là on s'est dit la guitare c'est super chouette etc... donc on est parti en Espagne et chacun s'est ramené une petite guitare.

Du coup on a commencé à prendre des cours de guitare avec "Paco". C'était mes débuts avec la guitare. Ca m'a passionné mais je me suis dit le flamenco c'est vraiment très difficile. J'ai alors joué mes propres accords et c'est là que j'ai commencé à écrire des chansons.

 

J'ai commencé à écrire très jeune.

 

 

 


MP : Tu écrivais quoi au début des textes, des nouvelles ?

 

CJ : Non, non à 7 - 8 ans j'écrivais des premières poésies, même si j'étais zéro à l'école, j'étais passionné par l'écriture

 

 

 

MP : Donc ton premier instrument ce fut la guitare ?

 

CJ : Oui c'était le plus simple en réalité, comme beaucoup j'ai choisi la guitare car c'était l'instrument le plus simple à transporter, c'était pas le plus simple à jouer , ça fait mal aux doigts

 

 


MP : Tu as joué d'autres instruments ?

 

CJ : Avec les " Roadmen " j'ai joué du banjo c'était un peu pareil, beaucoup plus tard j'ai joué des claviers et j'ai pas mal composé avec les claviers.

 

 

MP : Pour en revenir aux années 60 c'était quoi tes chanteurs et tes groupes préférés ?

 

CJ : C'est très compliqué car il y en avait tellement, j'ai vécu l'époque ou tout est arrivé en réalité.

Les années 50 avec Chuck Berry , Elvis, Eddie Cochran, Bill Haley, Gene Vincent et dans un autre style Harry Belafonte

Ensuite il y a eu les Shadows, mais j'ai adoré Django Reinhardt, vraiment très intéressant. Et celui qui m'a marqué beaucoup à l'époque dans les années soixante c'était Arthur Smith avec " guitar boogie".

 


MP : Tu écoutais la radio à l'époque ?

 

CJ : Je n'avais que la radio et la chance que j'avais c'est que quand j'allais tous les ans en vacances pendant deux mois chez mes grands parents dans le jura, il y avait un parisien qui amenait plein de disques.

C'est aussi pour ça que ça m'a fait l'oreille, c'est pour ça que j'ai découvert plein de chanteurs, c'était grâce à lui

 

 

MP : En ce qui concerne les chanteurs français ?

 

CJ : Je ne les écoutais qu'à la radio, ma mère adorait Léo Ferré, donc j'ai pas mal écouté Léo Ferré, j'écoutais Bécaud, Aznavour, mais j'étais pas dingue des chansons françaises.

J"écoutais plutôt tout ce qui était rock, rockn'roll, plus tard tous les grands Beatles, Rolling Stones;

 

 

MP : Alors justement question ! Beatles ou Rolling Stones ?

CJ : Moi j'aime les deux !

 

 


MP : Ca c'est une réponse de Normand ! (rires)

 

CJ : C'est un normand jurassien bourguignon qui te répond, (rires) , moi les Beatles j'adore leurs mélodies, j'adore leur façon de chanter et les Stones leur dynamisme, leur puissance, pour moi les Stones c'est vital, c'est tripal. d'ailleurs je te donnerai une anecdote par rapport aux Rolling Stones que je te raconterai plus tard. (rires)

 

 


MP : un jour tu as acheté un tourne disques ?

 

CJ : Non Non Non moi je n'ai jamais eu de tourne disques au départ, je n'achetais pas de disques car c'étaient les potes qui avait tout.

 

 


MP Donc plus tard quel a été le premier vinyle que tu as acheté ?

 

CJ : Dans ma tête je pense que c'était le disque d'Arthur Smith " guitar boogie "et après les Shadows

 

 


MP : Tu as commencé à composer à quel âge ?

 

CJ : J'ai commencé à composer vraiment c'était avec les " Roadmen", ma première chanson c'était " la route solitaire ".

 

 

 

2._1968-Roadmen3

 

 

 

MP : De fil en aiguille, les Roadmen c'était ton premier groupe ?

 

CJ : Oui effectivement c'était mon tout premier groupe

 

 


MP : Une question un peu à part tu as fait ton service en Algérie, quels souvenirs gardes tu de cette période ?

 

CJ : Que des bons souvenirs, j'étais pas trop armée, mais à l'époque on n' avait pas le choix, j'étais fils d'ouvrier et je n'avais pas comme maintenant le recul avec les choses, d'ailleurs je vais te raconter une anecdote.

Je me suis retrouvé à Metz pour les classes, ils ont réuni tout le monde on était 500 dans une pièce, le capitaine dit alors " ceux qui veulent partir outre mer levez la main", moi je réfléchis 3 secondes, je lève la main, je me retourne on était sept sur 500 à avoir levé la main (rires) et là je me suis dit tu as fait une grosse connerie. (rires)

 

 

MP : il n'y avait pas beaucoup de volontaires (éclats de rires ) !

 

CJ  : Oui ,mais après je ne l'ai jamais regretté, je suis parti au sahara à colombechard, j'étais à l'hôpital militaire où j'avais plusieurs fonctions c'était vraiment bien, tu vois c'était le sahara après la guerre, puis je préférais ça que d'aller en Allemagne me retrouver dans un camp.

Et puis je n'avais jamais pris l'avion de ma vie, tu vois pour moi tout ça c'était de la découverte et c'était très riche, car je me suis retrouvé avec des médecins des infirmiers, ça m'a ouvert l'esprit.

Je n'avais jamais vraiment lu avant, je ne lisais que des Bob Morane ce qui me permettait de voyager.

 

 

MP : Tu reviens de l'armée en 1967 !


CJ : C'est ça et c'est là que je rentre dans les " Roadmen "

 

 


MP : Comment vous vous êtes rencontrés ?

 

CJ : Ils étaient déjà formés et je connaissais un des membres du groupe, et comme il savait que je commençais à écrire, il m'a dit oui ce serait peut être pas mal de t'avoir. On a essayé et ça a marché.

 

 

 

MP : Là vous participez à la finale de la chanson française vous arrivez deuxième avec ta toute première chanson " la route solitaire", quelles sensations avez vous eu ?


CJ : A l'époque on était tellement naïf, on avait peur de rien. On jouait déjà tous les samedis soirs dans une boite à Dijon, qui était une boîte de streap tease. tu vois le délire. (éclats de rires).

Le patron était super sympa, le " scotch club" à dijon c'était hyper connu. Mais on s'est éclaté, nos premières armes on les as faites sur la scène du " scotch club ".

 

 

MP : Vous aviez la vue sur le streap tease également, ce qui joignait je pense l'utile à l'agréable (rires) !

 

CJ : Oui on était ensemble sur scène ce qui était loin d'être désagréable, on a vraiment pris du plaisir ! (rires)


Pour le concours quand on est rentré sur la scène, c'était un chapiteau, il y avait 5000 ou 6000 personnes, quand on est rentré on s'est rendu compte de rien. On a balancé notre musique, on a pas stressé du tout.

 

 

 

3.1968-roadmen_sur_scene1er_groupe_Dijon

 

 

 

MP : C'était johnny hallyday la guest star, est ce qu'il vous a parlé ?


CJ : Non non ça se passait pas comme ça, car toi quand tu avais fini ton truc tu descendais dans la salle, tu te démerdais pour trouver une petite place et pour le spectacle johnny est arrivé au dernier moment et quand il a fini, il est reparti aussi sec.

 

 


MP : C'est un peu dommage

CJ : C'était l'époque de sa tournée chapiteau et il mettait tout en place donc il y avait une énorme pression

 

 


MP : Et son set , il était bon ?


CJ : Oui bien, je n'étais pas un fan absolu mais sur scène il dégageait une énergie incroyable, donc ça te met une bonne petite claque surtout quand tu débutes.

 

 


MP : Pourquoi les " Roadmen " se sont séparés ?

 

CJ : tout le monde s'est éparpillé, ils avaient leurs études sauf moi parce que je travaillais déjà.

Après j'ai eu envie de chanter seul mes propres compositions, j'ai joué dans les " MJC " et c'est la que j'ai fait beaucoup de premières parties de gens connus (Jean Vasca, Félix Leclerc etc...)

 


MP : Vous n'avez pas enregistré de disque ?

 

CJ : Non j'ai juste l'enregistrement de " la route solitaire ", mais le son est vraiment trop pourri,

 

 

MP : Dommage j'aurai bien voulu avoir une idée de la musique du groupe ?

 

CJ : Ben tu sais on jouait du folk, du Bob Dylan, du Hugues Aufray , les reprises de Graeme Allwright, tous ces chanteurs de l'époque.

 

 

MP : Oui c'est vrai, c'était ça que l'on écoutait en boucle à la " MJC " de mon village les jeudis après midi. Comme on glandait on avait pas grand chose à faire, donc on écoutait les disques.

En 69 tu as fait les premières parties de Jean Vasca, Félix Leclerc, Marc Ogeret, Henri Des etc...

 

 

 

5_CJACQUIN_Ogeret_Dijon

 

 

 

C'est lequel qui t'a le plus marqué ?

 

CJ : Jean Vasca c'était très original, je trouvais ça très innovant, bien entendu celui qui avait le plus de charisme c'était Félix Leclerc

 

 

 

6._CJACQUIN1Avec_Jean_Vasca

 

 

 

 

MP : C'était le plus connu !

 

CJ : Oui c'était celui qui avait le plus de carrière. il avait un " background énorme", ce que je me souviens c'est que ces artistes étaient vraiment gentils.

 

 

 

4.CJ_4Avec_Felix_Leclmerc



 


ils étaient près de moi, me disant vas y tranquille, te prends pas la tête, je chantais 4 - 5 chansons ça s'est toujours bien passé.

 

 

 

MP : Tu ne t'es jamais fait siffler ? (rires)


CJ : Non jamais pas de tomates non plus (rires) tu sais c'était toujours dans le même esprit, l'univers des " MJC ", donc le public était très sympa, toujours !

 

 

 

MP : Tu enregistres un premier 45 tours ( 4 titres) en auto production et pourtant je suis vraiment étonné par la qualité du son !

 

CJ : Oui ce qui est vraiment étonnant c'est que le disque a été enregistré dans une église et que c'était un curé ( l'abbé garnier) qui a fait la prise de son.

 

On avait un super son une " réverb " un peu naturelle. il enregistrait en stéréo sur " nagra" c'était même pas un revox. il enregistrait à l'ancienne. il faut dire aussi que l'on enregistrait dans le noir. Les quatre titres ont été enregistrés en une journée.

 

 

 

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MP : Ca c'est vraiment pas commun !

 

CJ : Oui , c'est vraiment incroyable, je cherchais quelqu'un, un studio, mais c'est un ami qui m'a fait connaître ce curé.

Il m'a dit " y a un mec très connu dans le milieu de l'enregistrement " il avait d'ailleurs eu le grand prix de l'académie Charles Cros.

le résultat est là Le son est super bon et c'est vraiment professionnel. c'est très bien enregistré.

 

 

 

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MP : Une question tes musiciens d'où venaient-ils ?

 

CJ : c'était des gars du coin, il y avait le guitariste qui était un musicien de bals, un copain des " Roadmen " jouait de l'auto harpe et le bassiste avec qui j'ai tourné également plus tard, par contre le batteur j'ai peu de souvenirs.

 

 

MP : pour ce premier disque on sent une nette influence des chanteurs à texte de l'époque.

 


CJ : Oui mais pour moi ce n'est pas une influence, ça vient naturellement. A force d'écouter un peu tout le monde, tu n' y penses même pas, tu te dis pas tiens je vais faire une chanson à la Leclerc ou à la Ferré, tu ne penses pas à tout ça, tu vas avec ton vécu et avec tes sentiments.

 

Mais forcément ça ressemble à des gens qui chantaient à l'époque.

 

 

 

MP : En fin de compte dans les années 60 il y avait deux tendances, la chanson française plutôt à texte,,, et une chanson plus rock qui faisait des reprises des artistes anglais et américains.

 

CJ : Oui c'est exactement ça avec les débuts de Johnny, Eddy Mitchell, Dick Rivers.

Dick Rivers un mec que j'ai connu aussi qui était vraiment un mec super,
c'est eux qui ont fait le rockn'roll en France.

 

 

MP : Toi tu as débuté par la chanson à texte !

CJ : Oui je suis tombé dedans tout petit et après j'y suis resté

 

 

 

MP : Quel est le chanteur dont tu te sentais le plus proche à tes débuts.

 


CJ : Difficile à dire, je pense à Charlebois au tout début qui commençait à être connu, mais en France je ne connaissais personne, j'ai souvent découvert les artistes en faisant leur première partie entre autre Jean Vasca qui m'avait vraiment impressionné, j'avais trouvé que ce qu'il faisait était vraiment original. Il y avait aussi Béranger que j'aimais beaucoup.

 

Tous ces chanteurs ont comme moi commencé par la chanson à texte et après ont évolué comme moi vers un style beaucoup plus rock, il y eu l'apport de musiciens et la musique s'est électrifiée.

 

 

 

MP : Pour ton premier disque les textes sont déjà engagés , c'est une constante que tu as gardé tout au long de ta carrière ! pour toi les mots sont importants !

 

CJ : Ah oui très importants, pour moi les textes ont autant d'importance que la musique, c'est 50 / 50.

 

Après il faut voir comment la musique peut véhiculer ces mots là, c'est là que cela devient compliqué. Moi j'avais des textes, c'était très large, très étoffé.

 

 

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MP : Tu parles souvent des travers de la société, personnellement je trouve tes textes très intéressants.

 

CJ : Oui j'ai toujours été engagé, j'ai fait entre autre des soirées pour la forêt amazonienne car l'écologie a toujours été pour moi un sujet de préoccupation. Mais j'ai aussi beaucoup parlé d'amour dans mes chansons.

 

 

MP : Claude on en arrive à ma toute dernière question,concernant cette période il y a un titre de ton disque qui parle d'un certain " César ", j'aimerai savoir qui était " César "?

 

CJ : C'était un personnage totalement imaginaire mais qui est inspiré de ce que je vivais à la campagne, j'ai écrit un premier roman qui était " les caramels à 1 franc " c'était la partie ville, mais j'ai écrit un second livre " les grattes culs " que je n'ai pas encore publié qui est sur mon ordi et c'est la partie campagne.

 

 

MP : j'ai lu le livre " les caramels à 1 franc " que tu m'as gentiment envoyé et je t'en remercie.

En ce qui me concerne je trouve que c'est un très bel ouvrage, mais je reviendrai avec toi sur ce livre car nous allons suivre l'ordre chronologique.

Je te l'avoue J'ai vraiment envie de lire la suite ! Pour le moment si tu le veux bien nous allons arrêter ce premier entretien.

Mais ne t'inquiète pas nous allons continuer nos " bavardages" car il me reste énormément de questions à te poser.

 

CJ : Merci Pat pour cette première interview très sympa, je suis à ta disposition pour la suite sans aucun problème, j'ai encore pas mal d'anecdotes à te raconter et aussi pas mal de titres et disques inédits à te faire découvrir..

 

 

MP : Cool ! voici une collaboration qui s'annonce très longue car au vu de ta bio on en a pour des mois, voir des années (Rires)


fin de la première partie

 

 

 

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Chronique du disque :

 

 

Voici le 1er 45 tours de Claude Jacquin et pour tout vous dire on est très loin de l'univers du rock.

 

C'est un très bon " EP" de chansons françaises à texte.

 

C'était dans l'air du temps à l'époque. (voir l'interview), mais Claude a ensuite fait évoluer son style tout au long de sa carrière, le rock viendra en temps voulu.

 


Alors décortiquons ensemble ce disque collector.

 


Commençons par la musique Claude m'a confié qu'il aimait beaucoup à ses débuts Arthur Smith et Django Reinhardt.

 

Cela se ressent bien évidemment à l'écoute du disque.

 


Quatre excellentes chansons qui " swinguent " quand le rythme s'emballe.

 

C'est le cas bien sûr avec le vieux danseur un tempo rapide et efficace qui se finit en sifflotant.

 

J'aime beaucoup aussi " nos vingt ans" et les guitares style jazz manouche qui font mouche.



La voix de Claude très claire et assurée remplit parfaitement son office (il m'a avoué hors interview qu'il avait pris quelques cours de chant).

 

En parlant d'office ça tombe bien, le son est superbe presque mystique. Rien d'étonnant puisque comme il me l'a confié dans l'interview le disque a été enregistré religieusement dans une église par l'abbé garnier grand magicien du son devant l'éternel.

 

Avec Claude Jacquin tout est étonnant et vous n'êtes pas au bout de vos surprises.

 

Les musicos sont à la hauteur sans doute fascinés par l'atmosphère du lieu, ils donnent le meilleur d'eux mêmes. Pourtant se sont des locaux; des musiciens du coin.

 

Il y a François Baudry à l'auto-harpe, Michel Leclerc à la basse, Bernard Mollet à la batterie et Hervé Troude à la guitare.

 

Bravo messieurs beau travail !

 

Coté textes, il assure sacrément le lascar !


" Le revers de la médaille " nous apprend que la vie n'est jamais un long fleuve tranquille, avec des paroles subtiles et pleines d'émotions.

 

Il nous surprend avec " le vieux danseur " et son rythme rapide. les mots défilent comme une supplique sans réponse. Claude nous rappelle que le temps passe trop vite.

 

"César" c'est le genre de gars que l'on a tous un jour rencontré au bistrot dans un bourg de campagne. Un personnage imaginaire mais qui nous paraît si réel.

 

Dernier titre" nos 20 ans ", les amours enthousiastes juvéniles, un texte aux effluves sensuelles qui raconte l'amour que l'on dévore tout simplement à 20 ans.

 

 

Il a ensuite abordé bien d'autres sujets pendant sa carrière, mais a seulement 23 ans en 1969 il fait preuve malgré sa jeunesse d'une grande maturité.


Finalement ce premier disque annonce déjà la couleur, de la poésie et du rythme. Comme il me l'a confié dans l'interview 50 % la musique, 50 % les textes.


Un bel équilibre, un bon 45 tours.

 


Certains trouveront sans doute la galette, dépassée voire surannée mais écoutez la plusieurs fois au calme, elle vous enchantera.

 

 

Rendez vous avec Claude le mois prochain pour la seconde partie des "bavardages" avec un disque totalement inédit, mais je ne vous en dis pas plus !

 

 


Titre en écoute " nos 20 ans "

 

 


Biographie, photos, articles de presse, disque : Claude Jacquin

 

Art, interview, chronique : Mister PAT

 

Francerock70
Septembre 2022