Idl 58141
Idl 58141
CAMEROUN
RAPPORT FINAL
Septembre 2019
Table des matières
ii
Le contact direct avec les promotrices d’activité ............................................................. 19
Le recours aux instances gouvernementales .................................................................... 20
A propos de l’éthique de la recherche.............................................................................. 20
Saisie traitement et analyse des données ........................................................................ 21
Les sites .................................................................................................................................... 21
La région du Centre .............................................................................................................. 22
La région du Littoral .............................................................................................................. 23
La région de L’Ouest ............................................................................................................. 24
L’inclusion financière au Cameroun : un contexte contraignant, mais des acteurs résilients 24
Les produits utilisés par les entrepreneures ........................................................................ 26
Les services d’épargne et de crédit................................................................................... 26
Pour les très petites entreprises ................................................................................... 27
Pour les PE, les ME, et les GE ........................................................................................ 30
L’assurance........................................................................................................................ 33
Pour les ME et les GE..................................................................................................... 33
Pour les TPE et les PE .................................................................................................... 34
Les transactions financières .............................................................................................. 37
Les transferts d’argent via les agences ......................................................................... 37
Le mobile money ........................................................................................................... 40
Conclusion ................................................................................................................................ 46
Bibliographie ............................................................................................................................ 52
Annexes .................................................................................................................................... 57
iii
Sigles et abréviations
BM : Banque Mondiale
iv
PME : Petite et moyenne entreprise
v
Liste des tableaux
vi
Introduction
Les femmes, les jeunes, les ruraux, les pauvres, ou les personnes les moins instruites
évoluent souvent en marge des différentes sphères qui constituent la société. 1 Cependant,
loin de subir cette situation, ils/elles parviennent à se créer des espaces, et à agir de façon
différente, mais cohérente et rationnelle, face à un environnement qu’ils/elles finissent par
influencer par les choix et stratégies qu’ils/elles élaborent (Fall A.S., 2003).
Pour en venir au cas particulier des femmes d’Afrique subsaharienne, notamment sur le plan
économique, il apparaît que ces trois dernières décennies, elles ont su « transgresser les
cadres institués » qui ne favorisaient pas toujours leur développement, en créant des niches
innovantes à travers d’initiatives formelles ou pas (Schumpeter J.A., 1945 ; Fall A.S., 2007).
Bien que cette propension à évoluer en dehors du circuit économique « traditionnel » soit le
produit du passé colonial de la plupart des pays africains 2, et qu’elle concerne toutes les
couches de la société, les femmes sont les plus nombreuses à investir dans ce secteur
économique dit parallèle (Fall A.S., 2003).
1
Les domaines de la politique ou les instances de prise de décision, l’économie, les finances…sont des espaces
au sein desquels on observe parfois une participation passive ou faible de ces groupes sociaux.
2
Pour Fall, le contexte historique en Afrique, d’une économie essentiellement basée sur une économie tournée
vers « l’approvisionnement de la métropole coloniale », et dont les Etats africains ont hérité, a contribué à
renforcer le délaissement des secteurs plus à même de créer des richesses.
3
Qui depuis 1996 où il a atteint les 12,6%, n’a pas excédé 7% (Banque Mondiale).
1
D’où la nécessité de créer un cadre favorisant leur accès aux ressources financières pour le
développement de leurs activités.
Cadrage conceptuel
Entrepreneure
Une discussion à la lumière des points de vue de Schumpeter J.A., Weber M., et Granovetter
M. (1935 ; 1964 ; 1985) permet d’aboutir à une définition du concept d’entrepreneur. Il
s’agit d’un individu indépendant, qui fait le choix d’auto-entreprendre ; qui se positionne
comme leader, chef, puisqu’étant à l’origine de l’initiative de création d’une organisation à
travers laquelle il est capable de proposer de nouvelles combinaisons de ressources pour la
production de biens et/ou services en vue de la satisfaction des besoins dans son
environnement. Est considéré comme entrepreneure dans le cadre de cette étude toute
personne ayant créé une très petite, petite, moyenne ou grande entreprise, ayant des
employés ou pas, évoluant dans un secteur d’activité et une filière quelconque et capable de
générer un chiffre d’affaires lui permettant de maintenir ou de développer son entreprise.
Inclusion financière
L’inclusion financière est pour la Banque Mondiale, «la possibilité pour les individus et les
entreprises d’accéder à moindre coût à toute une gamme de produits et de services
financiers utiles et adaptés à leurs besoins (transactions, paiements, épargne, crédit et
assurance) proposés par des prestataires fiables et responsables, l’accès à un compte
d’opérations courantes constituant la première étape » (2014).
2
Services financiers
Cette notion renvoie à deux éléments : les prestations financières et les produits financiers:
Les prestations financières sont les actes proposés à la clientèle et exécutés sur son initiative
et/ou pour son compte par un intermédiaire financier. Tandis que les produits financiers
désignent des opérations et/ou des actifs financiers, dont sont l'objet des capitaux, et qui
sont réalisés à l'initiative et/ou pour le compte de la clientèle par un intermédiaire financier
(banque, compagnie d'assurance, société de bourse ou autres). Ce sont les dépôts, les
crédits, l'assurance vie, les plans d'épargne, les parts et actions (Bernou et Sadni Jallab,
2002). Dans cette étude, il sera question d’analyser l’accès des entrepreneur(e)s
camerounais aux dépôts, crédits, épargne, transactions financières.
Au Cameroun, moins de 20% des hommes et 10 % des femmes ont un compte auprès d'une
institution financière formelle (BM, 2014). L’institution financière formelle étant les banques
traditionnelles, les institutions de microfinance, et les compagnies d’assurance.
Les banques
De façon générale, le Cameroun se positionne dans la zone CEMAC comme leader. Sur le
plan financier, c’est le pays de la région qui compte le plus grands nombres d’établissements
bancaires et financiers agréés. Le produit net bancaire (PNB) se situait en 2008 à près de 163
milliards contre 60 milliards en 2002. En plus de la BEAC, les établissements de crédit
peuvent être regroupés en deux groupes : les banques de dépôt et les banques spécialisées.
3
Les banques de dépôt reçoivent des dépôts de fonds à vue et à terme, et effectuent les
opérations de crédit. Au Cameroun, les banques agréées COBAC sont majoritairement des
banques de dépôts. En 2014, le pays comptait 14 banques qui se partageaient un marché où
le taux de bancarisation est estimé entre 7 et 10% de la population active (BEAC, 2014).
Les banques spécialisées ont à charge, les crédits à moyen et long terme et les prises de
participations. Elles utilisent leurs propres ressources ou font appel aux dépôts à terme
d’une durée maximale de deux ans. En plus de quatre institutions qui fonctionnent
actuellement et interviennent dans le domaine des infrastructures routiers, l’emploi et
l’habitat (SNI, FEICOM, FNE, CFC), le Cameroun a assisté dans les années 1980, à la faillite de
plusieurs autres sociétés 4. L’Etat camerounais à travers le ministère des PME envisage
cependant de renouveler l’expérience avec l’appui technique de la banque américaine
Standard Chartered Bank of Cameroon et l’apport financier du PNUD 5 afin de créer une
société camerounaise de financement des PME (SCFPME), et une banque agricole. Un
établissement de cautionnement mutuel, le Fonds de garantie mutuel (FOGAMU) est en
cours de création. Sous l’impulsion du gouvernement inter-patronal du Cameroun (GICAM),
et avec la participation des principales banques de la place, il permettra de pallier la
difficulté de financement des PME.
4
Il s’agissait principalement du FONADER, spécialisé dans le financement de l’agriculture, du FOGAPE qui
finançait les PME, et la BCD chargée du financement des projets du développement. Comme nous le signifions
plus haut, ont été liquidés suite à des problèmes de gestion et de mal gouvernance.
5
Ministère des PME/PNUD, Séminaire international sur «Comment créer et gérer des banques vouées au
développement des PME en Afrique : cas de l’Asie? », 2006.
4
clients et les compagnies d’assurances par l’apport auxdites compagnies des affaires
négociées pour leur compte auprès des potentiels assurés. Ce sont les courtiers
d’assurances les agents généraux d’assurances, les mandataires salariés, les
mandataires non-salariés.
• Les professions connexes sont les experts techniques dont les tâches consistent à
évaluer sur demande de tiers, les sinistres survenus ou d’effectuer des études
relatives à la détermination de la valeur des réparations de ces sinistres. Cette
profession est sous la tutelle du Ministère en charge des Assurances qui veille au
respect des dispositions de la loi N° 90/037 des 10.08.1990 portant organisation de
cette profession, et a pouvoir d’injonction et de sanction (CPET, 2015).
La microfinance représente 15% des dépôts et 10% des crédits du système bancaire
camerounais. En 2008, elle comptait 460 EMF repartis en 206 EMF indépendants et 254 EMF
affiliés à un réseau. Elle se déploie à travers 998 agences, dont 525 sont installées en zone
urbaine et 473 en zone rurale. Les EMF des zones urbaines se retrouvent principalement à
Douala (169) et à Yaoundé (155 agences). Les régions du Nord-Ouest, Centre, Littoral, Ouest
et Sud-Ouest regroupent plus de 80% des guichets d’EMF au Cameroun.
Ces points de vente sont généralement ouverts par les EMF de 1ère catégorie (718 agences),
en particulier par ceux évoluant en réseau qui recensent 389 agences dont 230 pour le
réseau CAMCCUL ; sa part du marché dans la distribution du crédit est de 29%, contribue à
hauteur de 802 millions à la constitution des provisions.
Les ressources collectées par les EMF auprès des épargnants sont principalement des dépôts
à vue (80%), ce qui rend difficile leur mobilisation pour refinancer le fond de crédit. Le taux
d’inclusion financière mesuré par Global Findex au Cameroun était de 15% en 2011, et les
statistiques présentées dans la SNFI font état d’un taux de bancarisation inférieur à 10% de
la population totale. Environ 1,5 millions d’individus ont recours aux services d’un
établissement de microfinance, pour une demande globale évaluée entre 6 et 12 millions
d’individus.
5
Les tontines
Les groupes de sociabilité pour avoir accès au financement sont la plupart du temps, les
organisations sur lesquelles les entrepreneur.e.s et même les particuliers s’appuient pour
avoir accès aux services financiers. Ils sont constitués sur la variable ethnique (association de
villages ou de groupement), ou par affinités (club d’amis, voisins…) et sont une pratique
courante au Cameroun.
Avec le taux d’urbanisation qui ne cesse de croître, et les difficultés qu’il entraîne, le
mouvement associatif dans les espaces urbains continuent de s’intensifier. On a assisté dans
les années 1960, à une transposition, de la pratique tontinière des campagnes vers les villes.
Les femmes évoluant dans le secteur informel s’organisaient alors en association, en
mettant ensemble (cotisation) des biens de consommation tels que le savon ou de l’huile de
cuisson, ou de l’argent dont un membre bénéficiait selon un classement bien défini. Parmi
les entreprises tontinières, la méthode la plus populaire pour allouer la cagnotte est
l’enchère (70,7 %), suivie du tirage (24,1 %).
Les tontines sont une pratique très rependue au Cameroun, car au moins 47 % de la
population fait partie d’une association tontinière (Nzemen, 1988). Le nombre de
participants à ces associations varie entre 10 et 150 membres. Les fonds des tontines
rassemblés par les ménages, représentent près de 190 milliards de CFA. Paradoxalement,
ces fonds transitent dans les circuits du système financier formel, qui ne disposent pas
toujours de mécanismes pour donner l’accès aux crédits à ces personnes.
De plus, bien que l’accès aux tontines ait un effet positif sur la croissance et à la survie des
entreprises du secteur informel dont les promotrices n’ont pas accès à des sources
6
bancaires, ils apparaissent insuffisants pour répondre aux besoins d’entreprises formelles
qui souhaiteraient investir (Tello Rozas S., Gauthier B., 2012).
L’observation du paysage financier camerounais se présente comme une arène dans laquelle
des acteurs mués par des intérêts parfois divergents interagissent. Leurs actions se déploient
néanmoins dans un cadre juridique et institutionnel qui, même si à certains égards, il est
plus ou moins clairement défini, régule les comportements.
Après la crise économique des années 80 qui a considérablement affecté le secteur bancaire
dans la zone CEMAC, un ensemble de mesures de restructuration a été mis en œuvre afin
d’assainir le système bancaire et financier de la zone à travers notamment le traitement des
7
banques en difficultés, l’application de mesures spécifiques et l’adoption des mesures de
politique économique générale. Ces réformes se sont poursuivies dans le sillage de la
dévaluation du franc CFA intervenue en 1994.
Une observation rapide de cet environnement amène à se poser des questions sur le mode
de fonctionnement des femmes entrepreneurs qui sont amenées à mener leurs activités
économiques dans ce contexte.
• Quels sont les besoins et l’offre de services financiers disponibles pour les femmes
ainsi que les contraintes d’accès à l’utilisation de ces services ?
• Quels sont les leviers sur lesquels les femmes s’appuient généralement pour pouvoir
accéder à l’inclusion financière et les avantages et inconvénients qui s’y greffent ?
• Les femmes entrepreneures occupent-elles principalement des secteurs
économiques d’exploration de niches à occuper ou sont-elles davantage dans le
marché dans son sens large ?
• Quelle est la valeur ajoutée de l’entrepreneuriat féminin ?
8
• Cet entrepreneuriat articule-t-il économie domestique, économie sociale et
économie de marché ?
• Dans chacun des secteurs ou type d’économie, comment se situe l’inclusion
financière des femmes ?
• Comment le rapport de genre est-il vécu dans l’entreprenariat féminin ?
• Quels sont les itinéraires types des femmes entrepreneures et dans chaque type
comment se réalise l’insertion financière ? Quelles en sont les contraintes,
opportunités, risques et défis ?
Ces questions ont été explorées dans une démarche de recherche qui privilégie les
représentations des personnes, grâce à l’utilisation d’outils mettant en exergue leurs
trajectoires, et leurs vécus.
Méthodologie de la recherche
Lors des ateliers préparatoires du 10 au 14 juillet 2017 à Douala (Cameroun), d’un point de
vue méthodologique, et dans un souci d’accroître l’efficacité de la collecte de données, il a
été retenu la formule du passage en équipe de deux chercheur.e.s dans chacun des sites.
9
La méthode de recherche : l’approche qualitative
En effet, centrée sur le sens, les opinions, les représentations, les expériences vécues et les
points de vue des acteurs sociaux, cette méthode a permis de mettre en exergue, les
différentes significations et interprétations que les entrepreneur.e.s accordent au contexte
social et économique camerounais d’accès aux services financiers. A partir des données
descriptives (paroles écrites ou dites, comportement des personnes), elle a ainsi donné
d’analyser l’environnement socio-économique camerounais sur la question de l’inclusion
financière.
Le choix de la méthode qualitative pour la collecte et l’analyse des données de cette étude a
orienté le procédé de la constitution de l’échantillon, avec un souci d’assurer l’adéquation
entre celui-ci et l’objet de la recherche. La démarche a été de proposer une population sur
l’observation des très petites, petites, moyennes, et grandes entreprises créées, et dirigées
par des femmes sur la base du lieu de l’implantation de l’entreprise, et du secteur d’activité
de l’entreprise.
Echantillonnage
10
élevage, pêche, foresterie et transformations agricole) ; le secteur secondaire (usine de
production agroalimentaire, BTP 6) ; le secteur tertiaire (entreprise de mode et couture,
éducation, santé, conseil en marketing, communication, commerce). Ce qui a permis de
constituer des échantillons par homogénéisation (par filière). Pour des raisons de
comparabilité, un échantillon par contraste constitué d’hommes à 30% a été inséré dans
cette population. Cette démarche a ainsi débouché sur une population totale de 318
entrepreneur.e.s.
C’est une tâche difficile que d’envisager d’élaborer une nomenclature permettant de
classifier les entreprises en contexte camerounais. Plusieurs éléments en effet entrent en
jeux. Il faut à la fois tenir compte de la forme de l’entreprise, de son statut juridique, de son
secteur d’activité et de sa taille. Par ailleurs, la constitution du tissu économique
camerounais impose de fait les notions de « secteur formel » désignant les entreprises
enregistrées auprès des administrations fiscales et de juridiques, et de « secteur informel »
englobant l’ensemble d’entreprises évoluant dans l’illégalité 8 du fait qu’elles « échappent »,
selon l’expression employée par ces administrations, à leur contrôle.
6
Bâtiments, travaux publics.
7
Ayant accompagné pendant plus de deux ans les femmes entrepreneures (de la micro à la grande entreprise),
une base de données avec des contacts était disponible. Il était cependant question, vu le temps mis entre la
fin de l’accompagnement et le début des enquêtes, soit trois à six ans, de la mettre à jour à travers la technique
« de l’effet boule de neige ». Les entrepreneures encore joignables par les numéros de téléphone de la base de
données, assuraient la mise en contact avec d’autres entrepreneures, ou celle de la base de données ne
possédant plus le même numéro de téléphone.
8
Ce sujet est à nouveau abordé dans le prochain chapitre portant sur les enjeux économiques au Cameroun.
11
Si les critères des choix principaux se font sur la base de deux formes d’entreprises classées
en deux grands groupes : les entreprises privées et les entreprises publiques, la notion de
statut juridique est variée. A ce niveau, il existe les sociétés civiles et les sociétés
commerciales. Les entreprises auxquelles s’intéresse l’étude se situent dans le second sous-
groupe dans lequel on retrouve l’entreprise individuelle ou société de personnes (pas de
capital à constituer) comprenant les sociétés en nom collectif encore appelées
établissements, et la société en commandite simple ; ainsi que la société de capitaux
(constitution obligatoire du capital avec des parts) pouvant être une Société anonyme (SA)
ou une société à responsabilité limitée (SARL) 9, de sociétés en participation, de GIE, de
coopératives et de mutuelles (Acte Uniforme de l’OHADA).
• Les TPE qui emploient au plus cinq personnes et dont le chiffre d’affaires annuel hors
taxe n’excède pas 15 millions de FCFA.
9
Dans le système OHADA, les SA et les SARL peuvent désormais n’avoir qu’une seule personne à leur tête. Dans
ce cas, la société est dite unipersonnelle.
10
Le secteur primaire regroupe les activités du sol et du sous-sol qui sont l’agriculture, l’élevage, la pêche, la
chasse, l’exploitation forestière et l’exploitation minière. Le secteur secondaire quant à lui concerne les
entreprises transformant les matières premières issues du secteur primaire, en produits manufacturés (semi-
finis, ou fini), les BTP. Enfin, le secteur tertiaire rassemble toutes les entreprises de commerce (produits dans
les secteurs primaire et secondaires), le transport, et les entreprises de services (conseil, restauration,
artisanat, mode et couture, etc.).
11
Exclues de fait les sociétés de personnes.
12
• Les GE qui ont plus de 100 employés, avec un chiffre d’affaires de plus d’un milliard
de FCFA.
Par ailleurs comment classer une entreprise capable de faire un chiffre annuel de plus de
25 000 000 FCFA avec dix employés, mais qui possède une carte de contribuable (donc est
repéré au niveau de l’administration fiscale), qui est cependant considérée comme
« informelle », parce que n’ayant pas le statut juridique qui convient ?
Ces cas surtout fréquents dans le secteur tertiaire notamment dans le conseil et le
commerce, pose la problématique de l’adaptation des cadres juridiques et institutionnels
aux réalités des contextes dans lesquels ils sont appliqués.
Cette préoccupation a été constante tout au long de l’échantillonnage, puisque ignorer cette
catégorie d’entrepreneur(e)s signifiait mettre de côté pour d’analyses pertinentes, une forte
proportion de personnes qui contribuent à l’évolution de l’environnement économique au
Cameroun. C’est pourquoi, elle a finalement été prise en compte dans l’échantillon. Ainsi,
dans cette étude, est considéré comme TPE, toute entreprise formelle remplissant la
nomenclature de classification en cours, et toute entreprise dite informelle ayant un
chiffre d’affaires annuel d’au plus 15 000 000 FCFA, et plus ou moins cinq employés. Il
convient également de noter que même dans cette catégorie, une classification en trois
sous-groupe a été effectuée par tranche de chiffre d’affaires (au plus 5 millions, entre 5 et
10 millions, entre 10 et 15 millions).
13
de l’entrepreneur etc.. La grille suivante a été utilisée pour évaluer l’intégration ou non
d’un(e) entrepreneur(e) dans l’échantillon.
• Apiculture
• BTP
• Transformation
agricole
• Restauration
• Tourisme
• Prestation de
service
• Production audio-
visuelle
• Education
• Santé
• Mode et couture
Sources : protocole de recherche de cette étude ajusté en fonction des données de terrain.
14
Les critères sociodémographiques tel que l’âge, la situation matrimoniale, le nombre
d’enfants, etc., ont été pris en compte, mais utilisés a posteriori lors du traitement des
données.
15
Outils et techniques de collecte de données
Revue documentaire
L’observation
La présence des chercheur.e.s dans les locaux de plusieurs entreprises leur a permis à partir
de l’observation directe, de recueillir les informations sur l’activité menée, et les relations
avec le personnel.
16
L’entretien
Le Focus Group Discussion (FGD) est une technique d’étude qualitative visant à rassembler
dans un groupe, des personnes ou participants selon des critères spécifiques d’homogénéité
afin de collecter des informations sur une thématique. Il a été utilisé pour la collecte de
données, les différents participants devant, raconter leur parcours personnel permettant
d’aboutir à la singularité des expériences, pouvant donner des éléments de comparaison
pour une analyse dense et variée.
Sa particularité étant qu’il permettait de susciter, à partir des expériences des un(e)s, celles
des autres autour d’une dynamique interactive pour la mise en évidence des différentes
formes de participation des femmes au tissu économique réel en milieu urbain, rural et
périurbain.
Des récits de vie collectés ont permis d’analyser les trajectoires des entrepreneur(e)s afin de
mettre en évidence trois catégories ou dimensions de données : les données de base axées
17
sur l’identification sociodémographique (niveau d’étude, situation matrimoniale, expérience
professionnel, etc.) ; les données de trajectoire ( le parcours entrepreneurial) et les données
ajustées à l’inclusion financière (mécanismes de financement de l’activité, canaux d’épargne
et de crédit, répartition du revenu, gestion des opportunité d’affaire, types de services
financiers utilisés, etc.).
Ce qui a permis, à l’aide d’items, d’orienter les récits, tout en laissant la possibilité aux
interviewé(e)s d’évoquer les moindres détails concernant leur activité et sur la manière dont
les entrepreneurs perçoivent l’inclusion financière en termes d’offre de services et d’accès
aux financements.
Démarche de la recherche
Enquête préliminaire
Une phase de pré-terrain pour consolider les accords de principes obtenus pour la tenue des
FGD et récit de vie a été nécessaire. Elle a aussi donné de prendre connaissance des
18
contraintes auxquelles la phase de collecte aurait pu être soumise, pour être proactif dans la
négociation et la planification des rencontres avec les entrepreneur.e.s. Quelques entretiens
ont cependant pu être menés à cette phase.
L’enquête
Les enquêtes se sont déroulées entre juillet et novembre 2017 simultanément dans les
régions du Centre, du Littoral, et de l’Ouest.
Pour les PE, ME, GE, il a été considéré de fait qu’il s’agissait d’une expérience singulière, non
pas que celles des TPE soient moins intéressantes, mais par le fait que c’était en soi un défi
de rassembler les entrepreneur.e.s de ces tailles dans des groupes à la même heure, et au
même lieu.
Les facilitateurs
Des personnes relais étant en contact avec des ont été mises à contribution pour faciliter
l’accès aux entrepreneur.e.s.
L’équipe de recherche a procédé au prospect notamment pour les propriétaires des TPE et
PE. Bien que délicates (notes d’autorisation par une autorité, confusion sur le statut des
chercheurs, prise de rendez-vous, car non disponibilité des femmes/hommes au moment où
19
ils sont abordés…), cette approche a permis d’obtenir une quantité non négligeable
d’enquêté(e)s.
Source : Enquête septembre 2017, Douala, Littoral, Focus group entrepreneures de PE, filière
transformation agricole.
20
Saisie traitement et analyse des données
A la suite de la collecte de données, une équipe a été mise sur pied pour procéder à la
transcription des données recueillis. Les données ont ensuite été traitées dans un premier
temps par la méthode d’analyse des contenus, à la lumière d’une grille d’analyse élaborée
en fonction de la grille de collecte des données, puis par l’analyse assistée par ordinateur.
L’analyse assistée par ordinateur est un procédé semblable au procédé manuel, mais
effectué grâce à un ordinateur. Il existe plusieurs logiciels d’analyse qualitative, mais celui
utilisé dans le cadre de cette étude est Nvivo 12. Cette phase s’est effectuée en trois étapes
clés :
Les sites
21
La région du Centre
Cette région du centre du Cameroun abrite la capitale Yaoundé, une ville cosmopolite qui en
2005 12, présentait 1 817 524 habitants dont 49% de femmes et 51% d’hommes. Entre 1976
et 2005, sa population a été multipliée par plus de 5. Elle est ainsi passée de 313 700
habitants 13 en 1976, 649 000 en 1987 et 1 817 524 habitants 14 en 2005.
12
La plupart des données démographiques utilisées dans le cadre de cette étude proviennent principalement
du rapport du troisième Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2005 du Bureau Central de
Recensement et d’Etude de la Population du Cameroun (BUCREP), institution en charge du recensement de la
population au Cameroun, ainsi que des annuaires Statistiques du Cameroun, éditions 2012 et 2015 produits par
l’INS. Un quatrième prévu en 2014, étant toujours en cours de mise en œuvre, les autres données sur la
population, notamment les plus récentes ici présentées, sont issues des estimations de L’INS et de la Banque
mondiale.
13
Bureau Central du recensement du Cameroun, Recensement général de la population et de l’habitat. Volume
2 : Analyse, Yaoundé, Avril 1976
14
BUCREP, Troisième Recensement général de la population et de l’habitat. Résultats principaux, Yaoundé,
2010.
15
Institut National de la Statistique, Recensement général des Entreprises. Principaux résultats, Yaoundé, 2010
16
Idem
17
Institut National de la Statistique, Deuxième enquête sur l’emploi et le secteur informel, Rapport de synthèse,
Yaoundé, 2011.
22
précis sur ce point, Yaoundé abritait en 2010, 27,4% des UPI du secteur industriel, 33,8% des
UPI du secteur commercial et 38,8% du secteur des services 18.
La région du Littoral
La ville de Douala est la capitale économique du pays. Située dans la région du Littoral, elle
compte une population estimée en 2005 à 1 931 977 habitants, soit 49,66% de femmes et
50,34% d’hommes 19. La ville a connu une croissance démographique exponentielle. En 1976,
elle comptait une population de 458 400 habitants 20. En 1987, cette population s’évaluait à
810 000 habitants 21 pour se situer en 2005 à plus de 1 900 000 habitants 22.
Historiquement, cette région côtière a été un centre majeur économique. Cela s’est
perpétué et renforcé au fil des décennies entre les périodes coloniale et postcoloniale. Les
enchevêtrements (en termes de discontinuités mais davantage de continuités) entre ces
deux époques ayant été suffisamment relayés par la littérature. Cette dynamique
économique s’est traduite par un potentiel d’attraction qui a fait de la région du Littoral, le
réceptacle des mouvements migratoires de nombreuses régions comme le montrent les
données issues des rapports des premiers recensements de la population et de l’habitat de
1976 et 1987.
La proportion d’entreprises dirigées par les femmes se situe autour de 25%. La région
semble également être un terreau fertile pour l’essor du secteur qualifié d’ « informel ».
18
Idem
19
BUCREP, Recensement général de la population et de l’habitat. Résultats principaux, op. cit.
20
Bureau Central du recensement du Cameroun, Recensement général de la population et de l’habitat. Volume
2 : Analyse, Yaoundé, Avril 1976
21
Direction Nationale du Deuxième Recensement Général de la population et de l’Habitat, Deuxième
Recensement général de la population et de l’habitat. Volume 2 : Résultats Bruts, Yaoundé, 1993
22
BUCREP, Troisième Recensement général de la population et de l’habitat. Résultats principaux, op.cit.
23
Institut National de la Statistique, Recensement général des Entreprises. Principaux résultats, op. cit., p.2
24
Idem, p. 4
23
Douala, symbolise dans l’imagerie populaire nationale, la ville où « tout le monde peut s’en
sortir ». Cette issue étant très souvent représentée par l’orientation vers des emplois
précaires issus du secteur informel. La ville enregistre près du tiers des UPI du pays (25,5%I)
orientées vers le secteur industriel, 33,6% vers le secteur commercial et 40,6% dans les
services 25.
La région de L’Ouest
La région de l’Ouest a pour chef-lieu, la ville de Bafoussam. Cette région est l’une des plus
peuplées du Cameroun. Avec une population de 1 720 047 habitants, les densités y
atteignent 124 habitants au kilomètre carré.
La dynamique démographique de cette région est associée certes, à des mobilités intra-
régionales, mais aussi à un taux d’accroissement naturel important. La région a constitué
historiquement un centre de production agricole et un centre d’écoulement de la production
agricole très importante (mais secondaire au vue de l’attraction commerciale exercée par les
régions du Centre et du Littoral). Les données du recensement général des entreprises
conduit par l’INS relèvent que la région de l’Ouest concentre 8,9% du total national des
entreprises répartis entre Bafoussam (3/5e), Dschang (1/5e) et les autres localités (1/5e) 26. La
région, de par sa dynamique, est aussi marquée par le déploiement du secteur dit informel
fortement investi par les femmes.
Le paysage financier au Cameroun offre ces trente dernières années, à côté des tontines, et
institutions financières traditionnelles, un foisonnement d’organisations facilitant l’accès à
des services financiers tels que le crédit ou l’épargne, mais aussi à des services visant à
protéger les biens et les personnes comme l’assurance.
25
Institut National de la Statistique, Deuxième enquête sur l’emploi et le secteur informel, Rapport de synthèse,
op. cit.
26
Institut National de la Statistique, Recensement général des Entreprises. Principaux résultats, op. cit., p.2
24
En 2014, moins de 20% des hommes et 10 % des femmes au Cameroun avaient un compte
auprès d'une institution financière formelle (Banque Mondiale). Ce chiffre en perpétuelle
croissance serait cependant revu à la hausse si l’on considère la question de l’inclusion
financière à travers la prise en compte des sources de financement ; qu’elles soient
formelles, semi-formelles ou informelles.
L’étude sur l’inclusion financière des femmes effectuées au Cameroun d’août à novembre
2017, montre effectivement que la question financière est déterminante pour le
développement d’une activité économique. Seulement, comme il apparaitra à partir de
données de terrains, la question de l’inclusion financière au Cameroun est moins linéaire
que le laisserait penser le point de vue de la Banque Mondiale. S’il est vrai qu’à certains
égards, notamment si l’on tient compte de la taille des entreprises 27, cette conception
semble se vérifier, il apparaît qu’à d’autres égards, pour les autres tailles d’entreprises (TPE à
ME) qui constituent la majorité du tissu économique camerounais elle s’organise autrement.
Ceci conforte ainsi, dans l’idée que l’entrepreneuriat n’est pas un tout, et qu’il doit de ce fait,
être appréhendé non pas d’un point de vue holistique et/ou idéologique, mais à travers les
logiques d’acteurs qui permettent de reconstituer leur mode d’action en fonction de leur
culture et de leur environnement.
Ce propos s’articule autour de la question de l’utilisation des services financiers par les
entrepreneur.e.s au Cameroun, avec une approche genrée qui permette de dégager des
éléments comparatifs chez les femmes et les hommes. Si des obstacles et des difficultés sont
mis en lumière, les capacités de résilience des différent.e.s entrepreneur.e.s sont aussi
relevées pour permettre une élaboration de stratégies d’accès aux services financiers
adéquates à l’environnement étudié. Pour atteindre cet objectif, des éléments tels que la
taille de l’entreprise, la zone (rural, urbain, périurbain), le secteur d’activité, ou
l’appartenance religieuse sont aussi pris en compte afin de pouvoir avoir une traçabilité de
l’ensemble des interventions financières et assurancielles observées.
27
Une répartition des entreprises touchées par l’étude par taille, présente un type d’organisation dont le chiffre
d’affaires annuel n’excède pas 1 000 000 FCFA que l’on ne saurait intégrer dans la catégorie des TPE, sans
relever cette différence notable avec le chiffre d’affaires de référence (15 000 000 FCFA) pour le classement.
25
Les produits utilisés par les entrepreneures
Si les entrepreneures utilisent toutes, au moins un service financier chacune, il est à noter
que les sources informelles et semi-formelles occupent une place de choix dans les
pratiques. Deux facteurs l’expliquent. Les entrepreneures évoquent, d’une part, une
proximité et, d’autre part, une simplification, voire une absence de procédures chez celles-ci.
Pour elles, cette simplification ou la quasi-absence de procédures font en sorte que la
circulation des ressources financières soit assurée dans une célérité certaine.
Cependant, parmi les entrepreneures qui le pensent, il faut dire que très peu affirment avoir
déjà eu une expérience des institutions formelles qui s’est avérée difficile. Pour l’essentiel,
quand elles ne s’appuient pas sur les informations reçues d’autres personnes, elles préjugent
de la lourdeur des procédures et conditions d’accès aux services financiers formels. Par
exemple, à l’évocation du recours à la banque formelle pour l’épargne et le crédit par les
transformatrices d’arachide à Yaoundé, une vive réponse est enregistrée :
A la question de savoir si elles ont vécu l’expérience par elles-mêmes, une réponse similaire
est donnée :
« C’est ce qu’on dit… et puis même, est-ce que les gens-là peuvent nous recevoir ?
Nous sommes qui ? »
Seulement, cette représentation n’est pas uniforme et diffère d’une entrepreneure à l’autre,
selon la taille de l’entreprise et le sexe.
28
Pour dire 500 FCFA.
26
Pour les très petites entreprises
Les femmes
Chez les entrepreneures aux activités de petite taille (formelles ou informelles 29), les
femmes ont une pratique et des représentations qui vont dans l’optique de la survie des
familles, les revenus issus de l’activité étant destinés à couvrir les charges du ménage
notamment la nutrition et les besoins de première nécessité.
Cette tension financière justifie, d’une part, la non-utilisation des services financiers formels
et, d’autre part, le fait que le capital de ce type d’entreprise évolue très peu, avec à tous les
stades du cycle de vie de l’entreprise, un risque élevé de faillite. Pourtant, ces entreprises
ont une productivité rapide et consistante, car ces entrepreneures affirment obtenir le
double de ce qu’elles investissent. Par exemple, une vendeuse de beignet qui investit 3 000
FCFA génère un chiffre d’affaire journalier de 6 000 FCFA.
Ce constat montre ainsi que, contrairement à ce qui est souvent véhiculé comme idée, les
femmes ont conscience des différentes sphères (économie domestique, économie sociale et
économie de marché) dont la prise en compte et la gestion parcimonieuse déterminent le
sort de leur activité.
« Je crois que tout a été déjà dit. Quand tu gagnes l’argent tu ne dois pas
dépenser plus que ton capital 30, parce que quand tu dépenses déjà ton capital, tu
vas rentrer à la maison, la galère commence. Donc si tu sors l’argent du
commerce pour résoudre les problèmes, soit pour la maladie de l’enfant, soit
pour l’école, en fin de mois tu compenses avec la cotisation journalière, parce que
29
Les TPE informelles sont celles qui ne sont véritablement pas recensées par l’administration fiscales. Elles
sont informelles non parce que leurs activités sont prohibées, mais bien parce qu’elles ne sont pas déclarées.
30
Coût d’investissement.
27
moi je ne blague pas avec la cotisation journalière. » (Ernestine, vendeuse de
poisson et fruits de mer, Douala).
Cependant, le chiffre d’affaires bas, les bénéfices peu consistants, etc., rendent ardue la
possibilité pour elles de s’inscrire dans une logique de développement de leur entreprise,
et les contraint à asseoir des stratégies de « maintien ». Les revendeuses de poissons et de
fruit de mer à Youpwe, Douala, aiment dire qu’elles sont « obligées de faire le maintien » en
« jonglant » pour que l’activité « ne tombe pas ». Rosine 31, l’une d’elles, laisse paraître cette
réalité lorsqu’elle déclare :
Cela explique une tendance générale chez les femmes de cette taille d’entreprise à avoir
recours aux services financiers semi-informels et informels. Les épargnes journalières
(Aladji 32), les tontines et les caisses familiales de solidarité pour les crédits sont plus
sollicitées que tout autre circuit, comme l’exemple de Régine 33 le montre.
31
Rosine s’est installée à Youpwè il y a dix ans. Son père lui a donné un capital de départ pour le fumage de
poisson. Elle a pu se constituer un capital de 300 000 FCFA qu’elle ne parvient plus à fructifier en raison des
besoins de ses enfants dont elle a la charge, son époux n’ayant pas d’emploi. Avec un chiffre d’affaires annuel
de près de 3 600 000 Fcfa, elle arrive cependant à maintenir son entreprise afin de pouvoir supporter les
charges de la famille.
32
Cette forme d’épargne journalière s’est peu à peu développée dans les espaces marchands au Cameroun. Les
revendeuses désignaient une « perceptrice » chargée de collecter de l’argent à un moment de la journée. Les
28
« Je dis que hein, tu vas aller dans les banques demander de l’argent, ils vont te
demander les garanties, les titres fonciers, les ceci cela. Alors que dans nos réunions de
quartier, on cotise l’argent on te donne, on te dit va te battre avec, à la fin du mois ou
après deux mois tu reviens nous le remettre ce qui n’est pas le cas dans les banques,
voilà pourquoi vous voyez que nous sommes tous… nous sommes dans les tontines et
dans les réunions. Nous n’avons pas la capacité d’affronter les coopératives, il y en a
certes des coopératives, des banques mais nous ne savons pas comment faire parce
que nous n’avons pas de grosses garanties. »
Ce propos montre donc que les acteurs, malgré les contraintes imposées par un cadre
institutionnel rigide, parviennent à se mettre dans des schémas leur permettant de se
déployer autrement, tout en assurant le maintien ou le développement de leur entreprise.
épargnes ainsi constituées étaient reversées à leurs propriétaires lors de la « cassation ». L’aladji est
aujourd’hui récupéré par les EMFs qui en ont fait un service.
33
Régine achète du poisson aux pêcheurs, le fume pour le vendre aux revendeuses des différents espaces
marchands de la ville de Douala. Son activité génère jusqu’à 6 000 000 de chiffre d’affaires l’an.
29
Les hommes
Les hommes connaissent une autre réalité. La dimension structurante de cette dynamique
de recherche d’une ascension sociale réside dans le fait que ces derniers, au-delà de la
satisfaction ponctuelle des besoins primaires des leurs, parviennent à se projeter dans une
perspective de développement, afin de garantir la survie de l’entreprise. En effet, étant
responsables de charges pour la plupart du temps fixes (scolarité, loyer), ils sont moins
impliqués dans les dépenses quotidiennes du ménage qui ont généralement, du moins pour
ce type d’entreprise, un impact sur la trésorerie de l’organisation. Maurice, propriétaire d’un
petit commerce à Douala le signifie bien lorsqu’il déclare que :
« Le bénéfice sert à payer le loyer, payer la lumière […] s’il y a un petit surplus […],
on réinvesti…C’est comme ça qu’on tourne à tout moment ».
De ce propos, il apparaît que les hommes, plus que les femmes, ont des possibilités de
développer leurs entreprises, car ils parviennent à éviter l’imbrication des différentes
sphères économiques. Il faut toutefois noter qu’il s’agit moins d’une spécificité masculine
que d’un fait de contingence, déterminé par les rôles qu’occupent les hommes ou les
femmes au sein de la société à un moment donné.
Chez les entrepreneur.e.s aux activités plus importantes, les tendances laissent voir qu’au
fur et à mesure que les tailles des entreprises augmentent, il y a comme une
homogénéisation des pratiques. Les entrepreneurs, qu’ils soient femmes ou hommes, ont
davantage tendance à tous organiser leur comptabilité, à adopter les services financiers
formels, à séparer leurs relations et besoins privés de ceux de leurs entreprises.
C’est d’ailleurs, ce qu’il faut comprendre lorsque Paul 34 affirme qu’avec l’augmentation des
revenus de son activité, il a commencé à les garder dans un compte bancaire, pour ne pas
34
Paul est propriétaire d’une PE de BTP. Installé à Yaoundé depuis 2000, il a commencé par une activité de
commerce général et de prestation de services, avant de se lancer quelques années plus tard, dans l’exécution
des marchés publics.
30
avoir la tentation d’y toucher. Car cet argent, pour lui, ne lui « appartient pas » mais plutôt à
l’entreprise.
Cela dit, ces entrepreneur.e.s tendent à sécuriser auprès des sources formelles de services
financiers le patrimoine de l’entreprise. C’est donc chez elles/eux que les banques formelles,
les institutions de microfinance, les fournisseurs d'assurance et les autres fournisseurs de
services financiers agréés sont présents. Elles/ils sont le plus porté(e)s vers des relations
formelles et encadrées, à même de rendre « facile » leur management.
« Moi je n’ai que régi à la grâce d’abord. Je ne peux pas ne pas parler de ça. Il y’a
beaucoup de grâce parce que je ne peux pas dire… je n’ai pas de crédit par
exemple bancaire. La banque ne finance pas mon activité au niveau de… Jamais
donc, il n’y a pas de crédit bancaire jusqu’aujourd’hui. Mais j’ai eu, euh… j’ai
voulu un crédit bancaire pour importer. Et des conditions… il fallait le titre foncier,
il fallait ci, fallait ça… finalement, on m’a conseillé de laisser tomber parce que ce
n’est pas toujours quelque chose qui donne» 36. Jean chef d’une PE, Distributeur
produits pharmaceutique, Douala.
Comme pour attirer l’attention sur le fait qu’il s’agit moins d’une capacité que de principe, il
ajoute :
35
Géraldine a bâti son entreprise à force de pugnacité et de beaucoup de volonté. Seule femme à ses débuts
dans la distribution des hydrocarbures, elle s’est ensuite déployée dans les BTP, la distribution de gros engins et
l’agroalimentaire. Elle présente le groupe qu’elle dirige comme une organisation entièrement camerounaise,
qui répond aux normes de HQSE internationales.
36
Jean est distributeur de produits pharmaceutique à Douala. Son entreprise, une PE, réalise un chiffre
d’affaires annuel d’environ 100 000 000 FCFA.
31
« Ensuite, je ne fais pas d’associations donc les réunions, et tout ça, tontines et
tout ça je n’en fais vraiment pas pour dire que je compte sur un capital sur ce
domaine. Donc, il n’y a que mes transactions qui se font au niveau de la banque.
Il y a également les partenaires qui apportent leurs produits. Je peux vendre et à
la fin du mois, je paie. Maintenant, il y a certains produits qui sont là qui sont des
partenaires, chaque fin du mois on fait le point, je leur reverse de l’argent et je
prends le bénéfice et je peux vous dire qu’il n’y a pas de crédit donc ces
partenaires on est quitte. Donc aujourd’hui, s’il arrivait que je dois changer de
profession, je ne vais pas dire que j’ai des dettes à rembourser c’est pour cela que
j’ai parlé d’apports par la grâce. Ensuite, tout le monde dira qu’il faut prendre le
crédit bancaire. J’ai même voulu il y a eu la volonté à un moment c’était
tellement difficile qu’on se disait pourquoi ne pas prendre un crédit bancaire.
C’est personnel si je ne suis pas dans les associations. On faisait des choses de ce
genre et actuellement il y a le ministère… c’est à caractère chrétien. »
Le cas impressionnant de Jean montre comment la discipline et l’autocontrainte (liés pour lui
à son appartenance religieuse) relèvent des logiques des acteurs et participent de leur
développement.
Pour un groupe de femmes actives dans la confection de draps et nappes de table, la dette
contractée pour lancer et développer leurs entreprises était sans intérêt.
« Nous avons pris un emprunt auprès d’une caisse de notre association. C’était
sans intérêt, nous sommes musulmanes, les intérêts sont interdits ». Aïssatou dit
à ce propos :
« Il n’y avait pas d'intérêt pour le remboursement dans la réunion puisque chez
nous les musulmans, c'est pas bien un prêt suivi de l’intérêt. Mais on impose une
somme à verser la semaine pour rembourser la dette, comme par exemple
2000 ».
Le facteur religieux a donc constitué pour elles, une facilité leur permettant de se réaliser
« sans stress » comme elles le disent, et avec beaucoup de sérénité. Seulement, l’exemple
de Jean permet d’identifier un autre type de service qualifié dans le chapitre huit, de « crédit
32
fournisseur ». Plusieurs entrepreneur(e)s, quels que soient la taille et le sexe y ont recours
pour mener leurs activités. Il se fonde sur la relation de confiance existant entre
l’entrepreneur(e) et son fournisseur, mais relève des liens positifs souvent forts, mais aussi
faibles les unissant. Ce qui confirme le postulat selon lequel un acteur social opérant dans la
sphère économique ne peut se réaliser seul comme le pense Jean, mais que sa réussite n’est
possible que grâce à des relations aussi bien marchandes que non marchandes.
L’assurance
Si les ME et GE se tournent vers les institutions formelles pour l’assurance, les autres types
d’entreprises ont recours aux associations. Seulement, il est important de préciser que bien
que ce service soit connu et même pratiqué, son objet est différent selon le statut de celui
qui y a recours.
Elles expriment avec fierté cette initiative, qu’elles justifient par de la philanthropie ou du
professionnalisme. Les services d’assurance utlisés sont la prévoyance sociale et l’assurance
maladie pour le personnel, l’assurance des locaux et des véhicules contre des dommages.
Les propos de ces entrepreneures le témoignent.
« Ce sont des personnes qui ont été avec moi pendant 15 ans, 20 ans et c’est
parce qu’elles sont traités comme des employés, avec respect que tous sont
inscris à la CNPS. Tous ont le salaire qui est au minimum le double de ce qui se
pratique autour. Donc ils sont en sécurité, et ils prennent plaisir dans leur
travail ».
33
Solange le PDG de la ME de Conseils en marketing déclare que :
« Dès le premier jour, mon premier acte a été de prendre une assurance-maladie
même si nous étions trois… Tous mes collaborateurs sont inscrits à la CNPS, ils
sont payés tous les mois, ils ont une assurance maladie, ils ont droit à un congé
annuel payé».
Selon Jean, chef de PE, assurer son personnel, c’est faire preuve d’humanisme et de
citoyenneté. Mais cette assurance commence selon lui par la garantie pour le personnel d’un
emploi stable pouvant permettre aux employés de prendre en charge leurs besoins et ceux
de leur famille.
Pour revenir à la question d’assurance en tant que service financier, il faut dire que les
entrepreneures ont la plupart du temps recours à l’assurance fournie principalement par les
tontines. Si elle n’est pas directement destinée à l’entreprise, elle permet à l’entrepreneure
de se prendre en charge, ainsi que les membres de sa famille. De cette manière, elles ont
34
plus de marge de manœuvre pour, d’une part, apporter les capitaux financiers nécessaires à
la croissance de l’entreprise et, d’autre part, par la baisse de la pression financière due aux
charges sociales, mener sereinement leurs activités. Un fonds de secours obligatoire est ainsi
exigé aux membres lors de l’adhésion à l’association. Il est renouvelé tous les ans et permet
de subvenir aux besoins ponctuels ou urgents du membre. Ce « secours » couvre la plupart
des risques tels que la maladie, le fonds scolaire, les événements heureux (naissance,
mariage etc.) ou malheureux (décès, accident), etc., pour l’adhérent ou ses ayants droits.
« Je conserve une partie de mon argent 37 dans une caisse personnelle. Avec cet
argent, je m’occupe des dépenses quotidiennes de mes enfants pour l’école
comme les frais de transport, et la ration. L’autre me sert à épargner pour la
caisse de l’association où je prends de l’emprunt pour mon capital. Je dois
épargner 500 par jour pour la caisse de cette association. J’épargne aussi pour la
rentrée académique de mes enfants ».
Ce qu’il faut par ailleurs relever, c’est que le caractère obligatoire de cette forme
d’assurance à l’adhésion au groupe, cumulé aux principes d’engagement, de confiance et de
réciprocité qui lient les membres (Cf. chapitre sept) en fait un service privilégié par les
entrepreneures de TPE, et même celle de PE, ME et GE à titre personnel. De plus, la
disponibilité (existence du produit), son accessibilité (coût, proximité) et l’instantanéité dans
l’offre du service (disponibilité du produit au moment souhaité, ou lorsque le besoin est
exprimé) sont autant d’éléments qui le rendent plus fiable que celui offert par les
compagnies d’assurance formelles. En effet, les délais d’accès au service, les démarches
37
Pour dire son bénéfice.
35
administratives dès l’adhésion à l’une de ces compagnies constituent des barrières qui,
parmi tant d’autres, rebutent cette catégorie d’entrepreneures, et même celles de tailles
d’entreprise plus grandes.
Les propos de Catherine, propriétaire d’une « provenderie » 38, une PE qui lui rapporte
chaque année environ 100 000 000 FCFA de chiffre d’affaires, renforcent ce constat.
J’ai une grosse machine, si elle était assuré ce serait très bien, parce qu’il y a des
jours où j’arrive il y a un problème Sonel 39, le moteur saute. Mais les compagnies
d’assurance refusent d’intervenir. Au Cameroun elles fuient les secteurs où elles
vont dépenser. Elles préfèrent un truc de maladie, décès parce que tu vas vieillir à
85 ans avant de les voir, alors que tu as besoin de ton argent de ton vivant.
J’avais pris un truc maladie et scolarité pour les enfants après j’ai dit ‘‘ non, ça va,
merci ! ’’. Je peux économiser leurs argents de rentrée autrement. Elles foncent
tous dans l’assurance scolaire, parce qu’on sait que le parent ne viendra toucher
cet argent qu’à la rentrée scolaire, entretemps elles font autre chose ! Et chaque
mois il faut payer.
38
Production d’aliments pour le bétail.
39
Ancienne dénomination d’ONEO, la société nationale de distribution de l’électricité au Cameroun.
36
Je préfère augmenter mon capital dans ma réunion de famille là (Rires) et à la
rentrée, je prends cet argent pour acheter le maïs pour mon affaire et les cahiers
des enfants (Rires). Quand je dis ça à la maison tout le monde rit. Je dis ‘‘ chéri
(son époux), depuis 22 ans est ce que tu t’es couché à l’hôpital sérieux et dire que
ça coute un million pour que l’assurance intervienne ? (Rires) Non ! Mais tu payes
chaque jour. Béta 40 on supporte ce que la société donne là ’’. Et en plus, elles
n’interviennent pas directement, surtout pour les particuliers. Tu débourses
d’abord, après il faut remplir encore les bouts de papiers et marcher après elles !
Non ! Béta je mets ça à la réunion parce que quand ça ne va pas, elle rembourse.
Dans ma réunion il y a un taux de remboursement, quand tu as fait plus de deux
nuitées, même si c’est 10.000 ! Et puis les réunions sont proches. Quand un
membre est couché, les autres viennent physiquement et évaluent et voient qu’il
est vraiment dans le besoin. Ils disent : ‘‘débloquons son argent rapidement parce
que lorsqu’on est arrivé il y avait des examens à faire, et il n’a pas d’argent ’’. On
appelle le trésorier, le lendemain, on vient déposer au chevet du lit et tu
commences à te soigner. L’assurance du blanc-là tu vas encore attendre six mois !
(Rires) ». Catherine, Békoko, Littoral, octobre 2017.
Cette déclaration, aussi longue soit elle, parvient à illustrer de façon concrète et précise la
logique qui détermine les modes d’action des acteurs dans le processus de déploiement de
leurs entreprises respectives. La règle étant de se tourner vers l’option la plus simple et donc
la plus accessible.
Ce sont toutes les opérations de transfert ou de dépôt et de retrait mobiles qui permettent
aux entrepreneures d’effectuer les opérations d’achat et de vente dans le cadre de leurs
activités économiques.
40
Expression du jargon dérivé de l’anglais, du superlatif « better », « meilleur » en français. Béta traduit
littéralement signifie « le mieux c’est… »
37
Ce service financier consiste à envoyer de l’argent à travers un établissement financier. Il est
semblable au service de mandat postal, à la différence qu’il s’effectue à l’aide d’internet. De
ce point de vue, il est plus rapide qu’un mandat traditionnel. Il s’est rapidement développé
au Cameroun dans les années 2000 avec l’arrivée d’internet. Des agences ont vu le jour, et
se sont très vite étendues à travers le pays y compris en zone rurale, contribuant à alléger les
circuits d’opérations financières pour les particuliers comme pour les entrepreneur(e)s.
Les entrepreneures de TPE, plus que les autres types d’entrepreneures utilisent le service de
transfert d’argent à travers les agences. Les transactions entre clients ou fournisseurs se
faisant parfois après les opérations de vente ou d’achat, il leur permet d’envoyer ou de
recevoir de l’argent de leurs partenaires d’affaires. De plus, selon elles, le transfert par une
agence participe de la traçabilité des transactions, puisque des bordereaux sont remis après
chaque opération, donnant ainsi la possibilité de les archiver. Les propos de l’une d’elles le
confirment :
« Les transactions d’argent se passent par Express Union, Express Exchange, etc..
Que ce soit pour ceux qui viennent avec les noix que pour ceux à qui je donne de
l’huile. Il y a aussi les clients à qui je donne l’huile, j’attends qu’ils vendent avant
de me payer quand ils sont bloqués. Et quand moi aussi je suis bloquée, j’ai les
clients qui me donnent l’argent, qui me disent bon, j’ai besoin d’huile, tu peux me
livrer dans une semaine dans deux jours, le temps que je ménage les autres. »
Delphine, TPE transformation de noix de palme, Souza.
« Les autres choses de maintenant là, je ne suis pas dedans, je sais que j’ai mon
vieux Express Union, si je veux envoyer quelque chose […], les autres là nooo ! Tu
sais qu’on fait quoi avec ton argent ? ». Marguerite, mareyeuse à Youpwé,
Douala.
38
Il faut toutefois relever que ce transfert traditionnel de crédit est un service auquel les
entrepreneures de TPE ont de moins en moins recours. Plus que pour leurs activités, elles
l’utilisent parfois à titre personnel pour recevoir les aides financières de la famille.
« C’est un peu compliqué. On utilise express union, mais il faut remplir le nom, la
ville et le pays ou tu veux envoyer l’argent, avoir la Cni 41. J’utilise express union
pour le paiement de mon argent avec les clients qui sont éloignés, et le cash c’est
pour ceux qui sont à Yaoundé. » Salimata, confectionneuse de draps au quartier
Briqueterie, Yaoundé.
Pour les PE
S’agissant des entrepreneures de PE, la plupart trouvent que le service est lent,
« encombrant », avec « beaucoup de paperasse ». De plus, il exige de se déplacer.
41
Carte nationale d’identité.
42
Ville à moins d’une centaine de kilomètre de Douala.
39
Du témoignage de Catherine ressort aussi le fait que les procédures soient tatillonnes. Cette
expérience vécue par plusieurs autres entrepreneures semble indiquer que le transfert à
travers les agences crée parfois pour ces dernières, plus de désagrément qu’il ne contribue à
résoudre le problème de disponibilité des fonds en temps voulu.
Ces réalités sont observables chez les hommes aussi bien pour les TPE que pour le PE, les ME
et les GE.
Le mobile money
Le mobile money est un type de transaction financière que les entrepreneures utilisent pour
effectuer les opérations d’achat ou de vente. S’il est généralement utilisé par les TPE pour
les transactions avec les clients et les fournisseurs, il est très souvent ignoré par les PE, les
ME et les GE qui préfèrent les transactions formelles, mais l’utilisent à titre personnel.
40
Pour les TPE
Les TPE plus que les autres types d’entreprise utilisent ce service pour trois principales
raisons.
« Moi j’épargne dans les réunions, mais depuis que le truc de mobile money est
venu je mets l’argent là-bas je garde l’argent là-bas mais parfois dans les
réunions tu ne peux pas prendre ça vite, dans le mobile money tu peux prendre ça
vite ». Cheffe d’une TPE agricole.
Il permet par ailleurs de réaliser des transactions avec les tiers (clients, fournisseurs) sans se
déplacer.
Enfin, il constitue pour elles/eux, une alternative au compte bancaire traditionnel pour
l’épargne.
« Non, on ne garde pas l’argent à la banque. Nous avons des comptes orange
money ou MTN, ou les deux. Ça aide. C’est un peu comme une caisse qui permet
d’épargner pour faire des achats importants comme le matériel. ». Léa, éleveuse
de porcins et de volaille au projet du Noun à l’Ouest Cameroun.
Pour les autres, c’est un service nouveau, qui nécessite un temps d’observation. C’est le cas
de Francine, vendeuse de poisson fumé à Douala, qui dit préférer les services de transferts
d’argents usuels au mobile money, et attend de voir comment celui-ci évolue.
« Je n’utilise pas encore… en fait, ce n’est pas comme si c’était mauvais hein ! Je
veux savoir, chacun choisit sa part ! Moi par exemple, je n’ai pas un compte
41
Orange Money ou MTN; je n’en ai pas ! Vous comprenez un peu ? C n’est pas que
tout le monde… on voit, on est entrain tellement de parler de ça il faut faire un
compte, etc.... Mon ami m’a dit dernièrement que comme tu es à Douala, fais le
compte pour que ça soit plus facile… je lui ai dit que vraiment, tout ça c’est avec
le temps ; et pour moi, ça ne va… je continue comme avant… Orange Money…
tout ça, je vous assure que ça me fatigue… ».
S’il avoue utiliser ce service sur un plan privé, Jean, le distributeur de produits
pharmaceutiques de Douala, déclare par contre ne pas l’utiliser pour son entreprise.
« Je ne fais pas d’opération mobile money. J’utilise les cartes bancaires. Bon
parfois… mais là, c’est personnellement. Dans le cadre de l’entreprise rarement
parce qu’il faut qu’il y ait une traçabilité ».
« Par contre maintenant avec Orange/MTN, c’est bon, c’est léger, c’est pas très
encombrant, on n’a pas de paperasses […] avec ça, on envoie je le retire et
j’appelle, ‘‘ je dis ok, j’ai eu mon argent hein, c’est bon ’’. J’arrive à la station, je
43
Il y a certes des messages de confirmation ou non envoyés par l’opérateur, mais des cas de fausses
manipulations, ou de mauvaise foi de certains usagers amènent encore à entrer dans des démarches
administratives que ce type de service avait pour but d’épargner à ses utilisateurs. Ce qui pose la question de
responsabilité en cas de litige (client, agent mobile money, opérateur mobile).
42
donne mon numéro moi-même, on me donne mon argent et je m’en vais
(Rires) ».
Pour ce qui est des ME et GE, la plupart des entrepreneurs, femmes ou hommes n’ont pas
recours à ce type de transaction, même si elles/ils le trouvent pratique d’un point de vue
personnel, surtout pour les opérations d’envoi d’argent aux proches. Les raisons avancées
sont le plafond du montant que peut contenir ce « portefeuille » électronique (un chiffre
insignifiant au regard du volume de leurs transactions financières quotidiennes), ainsi que le
souci de la traçabilité des transactions pour de gros montants. Or pour elles/eux, la
traçabilité est non seulement un indicateur sur le niveau de professionnalisme de
l’entreprise, mais un élément important dans la gestion financière de celle-ci.
En plus de ces deux formes de transaction, une troisième a été identifiée. Elle consiste à
effectuer les opérations à travers des personnes. Salimata l’artisane de Yaoundé partage
cette pratique répandue au quartier Briqueterie, où se côtoient plusieurs nationalités
d’Afrique de l’Ouest et du grand Nord Cameroun.
« J’ai vendu une marchandise à une dame en France par whatsApp. Elle m’a payé
45 000 pour que je ‘‘couds’’ ça. […] J’ai envoyé le drap par le Niger et sa personne
a donné l’argent à mes gens là bas. Nous avons une façon de traiter, tu
comprends ? Si toi par exemple, tu as un commerce ici et que tu as un petit frère
au Niger, on paye à ton frère qui est au Niger ».
A la question de savoir si une agence de transfert d’argent a été utilisée, la réponse est
négative. A la demande de la description de la transaction, elle révèle que :
« En allant livrer les draps au Niger, la personne qui a livré avait le numéro de la
sœur de la cliente de France à qui l’argent avait été donné et c’est ainsi que
l’argent m’est parvenu quand elle est revenue au Cameroun. Mais souvent, je
demande de donner à la famille là bas ».
Ce mode de transaction informel plus ou moins rapide pourrait sembler risqué, mais un
approfondissement de la question ne relate pas de cas d’échec. Cette pratique trouvant son
43
fondement dans les principes d’engagement, de confiance, de solidarité et de réciprocité
favorisés par les liens positifs forts existant entre les membres de ces communautés.
Il apparaît en somme que, la majorité d’entrepreneurs, homme ou femme ont accès aux
services financiers (épargne, crédit, assurance, transactions financières), mais que le niveau
d’utilisation diffère selon la taille de l’entreprise, le secteur d’activité, le sexe de
l’entrepreneur(e)s, ou l’appartenance religieuse. Ce constat et la prise en compte du schéma
économique camerounais permettent d’émettre qu’il existe une diversité de mode d’action,
mais qu’au-delà de cette évidence, les acteurs économiques agissent en fonction des
opportunités et des facilités que leur offre leur environnement.
Le choix d’utilisation d’une source de service financier par les entrepreneures est donc
influencé par leur capacité à satisfaire leur besoin de maintien ou de développement de
l’entreprise.
Ainsi, il ressort que la plupart des entrepreneures subissent les services financiers des
sources formelles. Elles les côtoient comme des faits s’imposant à elles, sans qu’elles n’aient
sur elles une réelle influence. En fonction du niveau de leurs entreprises, du type d’activités
et de leur niveau d’information, elles ont ou pas un rapport fluide et voulu avec les services
financiers offerts par ces sources.
Chez les entrepreneures de TPE par exemple il faut noter une insatisfaction par rapport aux
services financiers offerts par les sources formelles. Ce qui les pousse à recourir aux services
de quasi-réseaux, notamment les associations. Denise relate à ce propos son expérience.
« On m’a dit que les coopératives, les banques, si vous vous mettez ensemble
vous pouvez. Mais pour combien ? Si vous vous mettez ensemble peut-être on va
vous donner 100 000 ou 200 000 ! Une comme moi je n’ai pas besoin de 100 000
[…] Moi j’ai un compte dans une banque ici à Douala. Oui… j’ai posé un problème
là-bas, je voulais 1 000 000, je dis ils viennent voir le site, tout ce que j’ai comme
investissement, ils ont dit que ça ne veut rien dire, il me faut une garantie, ; donc
c’est tout ça qui décourage ; parce que moi mon activité, il me faut au moins
1 000 000 en allant, je ne peux pas prendre 100 000, 200 000, je ne peux pas !
Et quand je pars dans les réunions là, quand je trouve, même si c’est un 1 000 000
à l’association, on me donne sans stress, parce qu’on connaît l’activité que je
44
mène. Ces 1 000 000 dans notre activité, c’est 20 tonnes de noix, oui ! Parce
qu’une tonne de noix chez nous c’est 50 000, 55 000. […] En saison, il nous faut
vraiment d’argent. Si tu as l’argent, tu vas bien travailler, parce qu’en saison, on
vous propose les noix de part et d’autre. En haute saison, il me faut au moins
5 000 000 pour bien travailler, pour que ce soit plus rentable et rapide, pour que
je travaille sans stress ; je sais seulement que je travaille et puis j’ai un montant à
reverser tel jour à tel endroit. »
En plus du recours aux associations, les entrepreneures sont nombreuses à bénéficier des
services financiers dans le cadre familial. Il faut noter que pour les entrepreneures de TPE ne
se servant que de paiement en espèce dans leurs activités, les liens familiaux sont
généralement les seuls qu’elles mobilisent pour avoir accès aux services financiers. Dans un
contexte d’accès limité aux services financiers offerts par les appareils (banques,
microfinances), les tontines, les associations et les sociétés de téléphonie mobile avec le
mobile money, par leur proximité avec les entrepreneur(e)s, sont un ensemble de
possibilités pour les entrepreneures de TPE et de PE.
45
Conclusion
• Elle décrit les pratiques déjà en cours chez les entrepreneur.e.s camerounais, avec
une précision à apporter sur la question de la fiabilité et de la responsabilité des
pourvoyeurs de services financiers,
• elle présente la question d’accès à un compte courant comme s’il s’agissait d’une
réalité lointaine et inaccessible pour ces entrepreneur.e.s.
Un schéma de l’inclusion financière suivant les différentes tailles, conçu à partir des données
de terrain présente les résultats suivants :
46
Graphique n° 2 : Schéma de l’Inclusion financière pour les PE au Cameroun
47
Graphique n° 4 : Schéma de l’Inclusion financière pour les GE au Cameroun
44
Effectif d’actifs non employés par les institutions publiques et privées qui constituent la majorité du tissu
économique camerounais (INS, 2018).
48
tissu économique camerounais) et dans un certaine mesure, les entreepreneures de
PE et ME, parviennent à penser et à mettre en place des arrangements financiers, en
usant des facilités et opportunités que leur offre leur environnement culturel
(groupes de sociabilité, religion, tissu économique spécifique qui laisse des espaces
dans lesquels elles peuvent innover etc.)
• Les services financiers (crédit, épargnes journalières, fonds de caisse secours maladie,
accouchement, mariage, décès, secours scolaire…) au Cameroun, sont
majoritairement offerts par les sources informelles (tontine, famille etc.) et
présentent des similitudes avec ceux offerts par les systèmes formels (banques, EMF,
compagnies d’assurance). Mais ils sont structurés selon les modes d’action, la
culture, la philosophie de l’environnement des acteurs économiques.
• Les logiques de ces actrices économiques s’articulent autour de leurs besoins de
maintien ou de développement de leurs entreprises et non par rapport à l’inclusion
financière.
• En observant les modalités de mise en œuvre de l’entrepreneuriat féminin, il ressort
que l’utilité sociale prime sur le profit individuel. En tant que tel, l’entrepreneuriat
féminin apparaît comme un modèle de développement et de lutte contre la
pauvreté.
Au vu de ces résultats :
49
développement économique par la seule voie de l'entrepreneuriat privé et des
actions d’États parfois affairistes.
• Il serait intéressant d’envisager des actions participant de la re-construction du tissu
économique et social des économies camerounaises, et partant, africaines pour
espérer une nouvelle manière de lutter contre la pauvreté, d’abord par des synergies
internes, et dans une optique de partage de bonnes pratiques en ce qui concerne les
modèles extérieurs, car comme le disait Ki Zerbo J., « on ne développe pas, on se
développe. ».
• La mise en place des modalités de coordination de l’action économique en valorisant
les pratiques endogènes dans une logique de participation collective est impérative.
Dans cette optique, les femmes tout comme les jeunes et les groupements paysans
constituent des ressources sur lesquelles peuvent s’appuyer les États pour mettre en
place un cadre de vie décent pour les populations dont ils ont la charge.
• Au regard de plupart des pays européens comme la France, qui fonctionnent comme
des États-providence des bonnes pratiques sont à intégrer. A côté de la logique
interventionniste dans l’économique qui soutient l’industrie et le secteur primaire, il
existe dans ces pays des politiques de protection sociale et de solidarité collective les
plus efficaces au monde. Cependant, depuis la moitié des années 1980, le FMI et la
Banque mondiale, pourtant dirigés par ces pays, ont exigé des États africains
l’abandon du modèle providentiel au nom d’une démocratie à géométrie variable
définie pour les uns et les autres de différentes manières. Or, comme le montrent les
exemples de ces pays, l’État ne peut et ne doit pas s’effacer en se déresponsabilisant
de la charge du bien-être de sa population. L’absence ou le peu d’intervention de
l’État permet certes la résilience des acteurs sociaux, mais elle les maintient dans une
situation de vulnérabilité notoire, la situation de chaos dont parlait Polanyi K. (1944).
La Graça Machel Trust en tant que institution de plaidoyer devrait inscrire dans ses
actions des stratégies pour amener les Etats des pays concernés par l’étude, à
envisager la possibilité de se positionner à nouveau comme des États-providence qui
prennent en charge leurs populations par la mise en place d’une couverture des
risques sociaux et la promotion d’une solidarité collective permettant aux
entrepreneur.e.s d’investir davantage pour la création des richesses. Dans ce
contexte, il sera aisé d’accompagner ces femmes entrepreneures, tout en agissant
50
sur leurs modes d’action, non pour les changer, mais en créant un cadre juridique et
institutionnel qui s’adapte à ces modes de fonctionnement économiques.
51
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normes et conduites, Paris, Maison des Sciences de l'Homme.
56
Annexes
57
Annexe n° 1 : Guide de focus group
Axe 1 : Sources de financement de l’activité
58
Axe 2 : Gestion de l’entreprise
• Prise de décision
dans la gestion
financière
(département
financier, membre de
la famille, le mari,…)
59
• Explorer les
expériences de
formations dans le
renforcement de
capacités (gestion
des affaires, gestion
des finances, conseils
en finances)
60
urgences, gestion
financière, etc.).
• Prise de décision
dans la gestion
financière
(département
financier, membre de
la famille, le mari,…)
• Explorer les
expériences de
formations dans le
renforcement de
capacités (gestion
des affaires, gestion
des finances, conseils
en finances)
61
Annexe n° 2 : Grille d’analyse focus group
À partir des itinéraires et des logiques d’acteurs (entrepreneur/es), la grille d’analyse
s’appuie sur les dimensions de l’inclusion financière que sont:
• L’accès
• L’usage et
• La qualité
62
• Épargnes (entreprise, propre)
• Autres projets
63
Annexe n° 3 : Guide d’entretien
Thématiques Questions
64
vous développiez cet aspect …
65
Annexe n° 4 : Grille d’analyse des entretiens
• Vécu de la création :
o Formation en entrepreneuriat?
o Recherche de financements?
recherchés / obtenus?
• Contacts professionnels
• Partenaires
• Fournisseurs / clients…
66