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MELANGES PEDAGOGIQUES 1990
DES DOCUMENTS AUTHENTIQUES,
POUR QUOI FAIRE?
Henri HOLEC
Abstract
‘The issue raised in this article is that of the usefulness of authentic
documents for language learners. This issue is here addressed successively in
terms of the funetions of authentic documents in the acquisition process and of
their use in the learning programme.
In the acquisition process, they serve as the language input on the basis
of which the learner builds up his linguistic knowledge, and as the language
tokens that the learner has to be confronted with in order to develop his
linguistic skills,
In the learning programme, they ave used as a corpus for the discovery of
the language and for the practice of oral and written comprehension skills.
Such functions and uses impose specific constraints on the choice of
authentic documents : they should be relevant to the acquisition objectives
aimed at-and appropriate to the types of use they are put to.
Eigoed prsenté au Calle “Siti pédagopiques et ousls pour Tenseignrent dos
vues’ organi parle CRDP de Dijon en overbre1960
65Les réflexions que jo vais soumettre se situent, pour Tessentiel, dans le
domaine de Tutilisation de ce type de supports denseignemenvapprentissage
que Ton nomme "documents authentiques", Il est nécessaire que japporte
auparavant quelques précisions quant a In perspective pédagogique dans
laquelle je vais me situer. Dans une troisitme partie, jaborderai les
orientations & retenir dans le choix des documents authentiques.
1. Berspective pédagoziaue,
1.1. Premidre précision,
Dans une discussion sur Tutilisation des documents authentiques, deux
points de vue peuvent étre adoptés: celui de lenscignant ou celui de
Vapprenant. Je me situerai, quant & moi, du cété de T'apprenant, et la question
que je me poserai sera celle de savoir & quoi peuvent ou doivent servir les,
documents authentiques pour V'apprenant. Coci a une trts grande
importance. En effet, alors que l'enseignant n'a besoin de tels documents que
pour enseigner, !'apprenant, lui, en a besoin:
+ dune part, pour son apprentissage, clest-i-dire pour les activités
conscientes, volontaires, observables dans lesquelles il sengage lorsqu'il a
décidé de se donner une compétence dans une langue étrangtre; certaines de
ces activités (nous verrons lesquelles plus loin) consistent a utiliser des
supports d'une manitre donnée (par exemple : écouter deux fois un lexte
enregistr6; repérer les mots au pluriel dans un texte);
+ dautre part, pour son acquisition de la compétence visée, cest-A-dire
pour Vinternalisation, ou Vaccession a la maitrise, des savoirs ot des savoir-
faire qui constituent cette compétence: cette internalisation, sur laquelle nous
allons revenir, requiert de l'apprenant d'entrer en contact avec la langue
étrangize (on’ne peut acquérir une langue sans Tobserver), et cest par
Tintermédiaire des supports que ce contact s'établit.
La question que je vais done aborder est double: pour 'apprenant, & quoi
suvent ou doivent servir les documents authentiques (fonctions dans
Vacquisition), et comment peut-il ou doit-il s'en servir (modes d'emploi dans
Yapprentissage impliqués par ces fonctions) ?
1.2, Deuxitme précision,
Pour déterminer les fonctions des documents authentiques dans
internalisation des savoirs et des savoir-faire dont il a été question, il est
nécessaire de se fonder sur une description du processus dont lopération mene
a catte internalisation. La description (on dit aussi le "modéle") sur laquelle je
me fonderai est Ia suivante,
66FA rearsevent Buse B
exposrrronE] bes =m wesionssarionE “sn” srockacs
Domes Efaerutcarzon z
snvorns_—_SAVOIR-FATRE
ERNGRGIERS — LANGRGTERS
Crest & ce modéle, validé par de nombreuses études empiriques, et retenu
dans l'approche dite “eognitiviste", que je me référerai dans mes propos sur
utilisation des documents authentiques, comme vous pourrez tout de suite le
constater.
1.3. Tmnisitme précision,
Par document authentique, jentendrai, provisoirement, tout document non
construit a des fins denscignement/apprentissage de langue (pour une
definition plus précise, Cf. D. Abe et al, "Didactique et authentique: du
document & la pédagoyie", in Mélanges Pédagoyiques 1979, CRAPEL,
Université de NANCY ID),
2, Des documents authentiques, pour quoi faire 2
Conformément & la perspective pédagogique dans laquelle j'analyserai
Vutilisation des documents authentiques du point de vue de T'acquisition
abord, puis de celui de V'apprentissage,
2. 1 Utilisation pour lacquisition,
2.1.1, L/acquisition des savoirs langagiers implique que l'apprenant soit mis
fen contact avec des discours en langue étrangére (Cf schéma, "exposition”)
Cest en effet en traitant, par construction et vérification dhypotheses, ce qu'il
aura saisi des comportements langagiers auxquels il est exposé que
Tapprenant fera progresser sa connaissance de la langue A acquérir (il s'agit
bien de connaissances de langue et non sur la langue),
Les documents authentiques, dans cette phase du processus dacquisition,
ont pour fonction de fournir Vexposition présentant la langue et son
fonctionnement. C'est en les analysant, de maniére implicite ou explicite,
que Vapprenant découvriva et mémorisera (ow commencera a mémoriser) le
loxique, la grammaire (y compris la grammaire de texte), le syst8me
phonologique (y compris Vintonation), le systame d’écriture, les rapports entre
ces deux systémes, les régles discursives qui déterminent qui a le droit de dire
quoi 4 qui, comment, of et quand.
a7Cette fonction d'exposition est une premiére justification de Tutilisation
de documents authentiques plutst que construits: leur authenticité accroit la
probabilité quils offriront bien a lapprenant les moyens d'acquérir les savoirs
dont il aura besoin pour fonctionner langagiérement en situation “réclle”.
2.1.2. Quant a Yutilisation des documents authentiques pour l'acquisition
des savoir-faire, cest-i-dire lacquisition de la capacité de mettre en oeuvre
les savoirs acquis, elle est de nature différente, et, comme nous allons le voir,
différente selon le savoir-faire visé.
Les savoir-faire en question sont ceux que l'on regroupe généralement sous
les termes daptitudes langagitres’, ou “habiletés langagitres” ("linguistic
skills", en anglais). Les quatre catégories de savoir-faire qui font généralement
Yobjet d'une acquisition sont la compréhension orale et écrite et Yexpression
orale et écrite. Ce sont celles que je retiendrai ici
2.1.2.0, Le savoir-faire de compxthension consiste, pour dire vite, a mettre
cen oeuvre ses connaissances dans des stratégies d'écoute ou de lecture, Ecouter
ou lire, c'est reconstruire la signification d'un texte en fonction des "bonnes
raisons’ que Yon a de T'écouter ou de le lire (on n'écoutelit pas pour
Scouterilire), en fonction du texte que Ton écoute ou que Von lit (on ne lit pas
une autobiographie comme on lit un roman, un article de journal comme un
article scientifique..., et en mobilisant ‘ses connaissances (toutes ses
connaissances, mais en particulier ses savoirs langagiers).
Liacquisition d'un tel savoir-faire, comme V'acquisition de tout savoir-faire
ailleurs, ne peut étre réalisée de manibre “théorique': c'est en écoutantlisant
que Yon acquiert la capacité découterflire. C'est done en étant confronté, et
non plus exposé, a des textes (des discours, pour étre plus exact) que Ton se
donne pour objectif de “comprendre", que lon met en place, petit & petit, sa
capacité d'écouterfire, Les documents authentiques trouvent ici leur place en
tant que supports précentant ce que l'on écoute ou lit.
Ceci est uno douxidme justification de T'utilisation de documents
authentiques: si les discours auxquels !apprenant est confronté ne sont pas
sinon identiques tout au moins analogues & ceux auxquels il sera confronté
dans les situations od il aura & utiliser ses savoir-faire acquis, il courra le
risque dtre incapable de faire face de maniére satisfaisante (I'écoute, meme
intensive, de textes pseudo-oraux, par exemple, ne prépare guere &
comprendre la radio ou un interlocuteur en chair et en os). Comme cola a déja
&té dit & propos des savoirs, on ne peut acquérir que ce que les supports
pormettent d'acquérir.
2.1.2.b. En ce qui concerne expression (parler, écrire), le savoir-faire est
celui de produire des discours en langue étrangbre, cest-a-dire de mettre en
‘oeuvre ses savoirs pour dire ou écrire des textes réalisant des intentions (on ne
parle/éerit pas pour parler/écrire), et appropriés aux interlocuteurs auxquels
ils sadressent ainsi qu’aux situations dans lesquelles ils sont dits/écrits,
68Pour Tacquisition de ce savoir-faire-la, i n'est besoin ni de documents
authentiques, ni de documents fabriqués: il ne siagit pas, en effet, dacquérir la
capacité de reproduire des discours, ou des textes de discours, mais de celle
den eréer sur la base de ses savairs,
Cotte création (qui est toujours une eréation fie et nunc) a pour domaines
tous les niveaux du texte, y compris le niveau "physique" de
Yarticulation/'écriture des “mots” qui le composent, Les savoirs qui concernent
ce niveau sont, comme pour les autres niveaux, des “rogles" de reconstruction
(Cf. les travaux des neurologues spécialistes de la mémoire dont on trouve une
présentation sommaire dans le numéro 524 doctobre 1990 de la revue Sciences
‘et Avenin). Les savoir-faire correspondants sont les conduites automatisées de
mise en ceuvre de ees savoirs, et Ieur acquisition est donc T'acquisition de la
eapacité de construire des signifiants (des formes) "spontanément’, sans
rrecours eonscient aux savoirs.
Ceci explique que les exercices de répétition ou de copie, couramment
utilisés dans l'apprentissage, puissent dtre utiles dans une premitre étape de
Vacquisition dun savoirfaire dexpression, mais soient inopérants dans
acquisition d'un savoir dexpression (imitation ne permet pas d'acquérir un
savoir; le perroquet niacquiert que des savoir-faive, formels de surcroit)
Pour laequisition (et non V'apprentissage) d'un savoir-faire (et non d'un
savoir) de production (et non de compréhension), par conséquent, ni
exposition, ni la confrontation, a des documents authentiques ne sont
nécessaires,
En résumé, l'utilisation des documents authentiques pour acquisition se
présente ainsi
acguisrrrox DocuMENDS AUEHEWTTQUES
Leonrrowrarzon
TRAITEMENT Efaesnzcarion ex
EXcovpasaznss &
ExPOSTTIONE|” ES “> NeNoRrsatron fA 4
B Keeuxcarron A
DONNEES Ey in exenesston |
+ *
savorns SAVOTR-EATRE
LANGAGTERS TANGAGTERS
2.2, Utilisation pour 'apprentissage,
1 sfegit maintenant de s'intervoger non plus sur la fonction des documents
authentiques mais sur leurs modes d'emploi: comment 'apprenant peut-il ou
doit:il se servir des documents authentiques ?
69D'une manitre générale, Uapprentissage étant fonctionnellement un
instrument acquisition (on n'apprond pas pour apprendre mais pour
‘acquérin), les modes d'emploi des supports proposés par les activités devront
‘tre conformes aux roles que ces supports sont censés jouer dans le processus
acquisition
2.2.1, Apprentissage des savoirs,
En ce qui concerne l'approntissage des savoirs, les activités seront des
activités de découverte qui permettront a Tepprenant d’établir ses
connaissances de la langue et de son fonctionnement & partir des documents
authentiques auxquels il est exposé:
= découverte de formes: repérer dans un texte Ia morphologic de tel temps,
par exemple, ot le signifiant phonique de tel mot;
«= découverte de sens: trouver le sens d'un mot par le contexte dans lequel il
apparait, par exemple, et le vérifier dans d'autres contextes, ou dégager la
différence de sens, en anglais, entre la forme simple et la forme continue en
observant leurs occurrences dans plusieurs textes;
= découverte de fonetionnements: quel personage de tel ou tel texte utilise
jonjour" et "salut", ow "voiture" et "bagnole” en s'adressant A qui ; de quoi
parle-til lorsqu'il parle pour ne rien dive ("small talk"); comment formule-teil
une demande de service lorsquill s'adresse A un supérieur ou & un inférieur;
te..
Tl stagit bien d'activités qui pormettent V'apprenant de découvrir
quelque chose, La pratique, encore courante dans l'enseignement, qui consiste
a faire faire Téconomie de cette découverte en apportant directement Iz
réponse n'a que ts peu dieffet sur Tacquisition (bien quelle augmente les
connaissances sur la langue).
2.22. Apprentissage des savoir-faire,
Les activités ayant pour objectif lacquisition des savoir-faire constituent
‘une grande partie des apprentissages généralement proposés dans les
‘matériaux pédagogiques en usage, C'est le secteur qui a traditionnellement
regu le plus dlattention de la part des méthodologues. Bien que leur attention
se soit majoritairement portée sur les savoir-faire d'expression, au détriment.
des savoir-faire de compréhension, alors que ee qui nous concerne, ce sont les
activités de compréhension (I'apprentissage des savoir-faire de production, pas
pplus que leur acquisition, n'exige l'utilisation de documents authentiques), je
‘me contenterai de formuler les deux régles générales & respecter lors de
Télaboration d'un tel apprentissage
Ragle nl : les consignes dune activité, qui précisent ce quill faut faire avee
tun support, définissent, avec le support, le comportement langagier que va
70adopter !apprenant en réalisant l'activité. Il convient done de toujours vérifior
que ce comportement est bien celui que l'on souhaite acquérir,
Par exemple, un exercice de compréhension orale qui se présente sous la
forme: "Ecoutez le texte enregistré et répondez aux questions qui vous seront
posées’, fera acquérir, si tout se passe bien, la capacité découter un texte pour
répondre a des questions imprévues pouvant porter aussi bien sur son contenu
que sur sa forme, sur Yensemble du texte que sur tel point de détail, ete... Y a-
il, en dehors de la situation de classe, des situations de compréhension orale
qui exigent Ia mise en oeuvre d'une telle capacité ?
En revanche, un exercice qui se présenterait sous la forme: "Voici trois
questions auxquelles le locuteur du texte que vous sllez entendre apporte des
véponses : quelles sont ces réponses 7", permettrait, si tout ce passait bien,
acquérir la capacité de dégager d'un texte des informations que l'on cherchait
et que lon savait, pouvoir y trouver. N'y a-til pas, hors de la classe, plus de
situations de compréhension exigeant cette capacité-la que des situations du
ype précédent?
De méme, faire écouter le bulletin météorologique diffusé par la B.B.C. le
matin méme, avee pour consigne découte: "Si vous habitiez au pays de Galles,
auriez-vous pris votre parapluie pour sortir ce matin?", serait un exercice
justifié et par le choix du support et par la consigne d'utilisation de ce support.
Dune manidre générale, la mise en application pratique de cette premiére
régle générale (veiller & ce que ce qui est acquis soit conforme & ce que Yon
veut acquérir) est grandement facilitée lorsque l'ensemble "document/support,
+ consignes’ reproduit les conditions présentes dans des situations réelles de
compréhension.
Ceci constitue une troisiéme justification de Tutilisation de documents
authentiques pluldt que fabriqués: co sont, par excellence, des supports
reproduisant des conditions réetles de compréhension,
Une objection souvent faite A Tutilisation de documents authentiques
pour V'apprentissage des savoir-faire (elle sappliquerait vraisemblablement
‘aussi pour Tapprentissage des savoirs si on se préoccupait de cet aspect de
Vapprentissage) est que ce sont des supports inutilisables avec des débutants
et Ton préferera alors travailler sur des textes
rendus plus “faciles" en diminuant le débit du locuteur, en augmentant la
clarté de son élocution, etc.
‘Une telle objection me semble reposer sur un triple malentendu,
En premier lieu, elle repose sur l'idée que comprendre un texte cest d'abord
et avant tout en discriminer toutes les formes, lopération suivante consistant.
@ altribuer un sens a ces formes pergues. Suffisamment d'études do
Psycholinguistique réalisées depuis une vingtaine C’années montrent que ceci
lest pas le cas: comprendre, en langue étrangére, c'est faire des prévisions sur
nJe contenu du texte ot vérifier ces prévisions en puisant des indices dans le
texte ; les prévisions faites sont fondées sur ce que Ton sait du texte, de son
‘autour ou de ses locutours, de la situation dans laquelle il a été ou est produit,
ct sur ses connaissances générales aussi bien que de la langue du texte; 1a
prise dindices, si elle implique bien la perception du texte, n'en implique pas
pour autant la discrimination. De sorte que le méme texte peut étre difficile
pour eelui qui a peu ou pas de connaissances dans le domaine traité dans le
texte et facile pour celui qui est au contraire trés informé, par exemple. Le
problame pédagogique n'est done pas tant celui de la difficulté du document
authentique que celui de la difficulté des téches que définissent les consignes:
‘avec des débutants, il conviendra de commencer par des taches simples &
+éaliser sur des documents authentiques plus courts et plus accessibles,
En second lieu, cette objection implique que Ton considére la capacité de
comprendre des textes rendus faciles comme une étape possible dans
acquisition d'une capacité "normale". Le processus de compréhension étant ce
qui est, ot les documents (textes enrogisirés ou produits en face-a-face par des
interlocuteurs) étant ce quils sont, il faut & tout le moins mettre en doute le
bien-fondé de cette idée. Apprend-on vraiment a faire du vélo en roulant sur
‘un tricycle ou & nager en pratiquant les mouvements allongé sur la pelouse &
0té de la piscine ?
Une feis encore, mieux vaut établir une progression fondée sur la difficulté
des tches a réaliser avee les documents authentiques.
En troisiéme lieu, enfin, Vobjection nait aussi, me semble-til, de T'idée que
tout document introduit dans une activité doit étre exploité in tofo et ne peut
tre abandonné que lorsque toutes ses richesses ont été épuisées. C'est 1A un
principe pédagogique qui ne me semble pas justifié: quand nous nous servons
de Tannuaire téléphonique, lisons-nous tout Tannuaire ? Quand nous
feuilletons (le terme est clair) un journal de petites annonces pour trouver la
commode Louis XV en excellent état et & un prix dérisoire que nous convoitons,
lisons-nous systématiquement toutes les annonces ? Et Je journal “le Monde”
que nous achetons régulidrement, Yavons-nous jamais Iu'en entier ? Bt les
romans que nous lisons, en épuisons-nous toutes les richesses avant de le
reformer ?
En résumé, bien des réticences utiliser des documents authentiques pour
Vapprentissage des savoir-faire ont leur origine dans des idées regues quiil
conviendrait de remettre en question.
Régle n°2 : alors que Tacquisition des savoirs peut étre tres rapide, celle des
savoir-faire est comparativement toujours trés longue, surtout en ce qui
concerne les savoir-faire d’expression. II s'agit, en effet, de mettre en place des
conduites, des comportements automatisés (mais non réflexes), ot il est bien
rare que cela puisse se faire aprés un seul ou un nombre trés réduit dessais.
iaEn conséquence, les activités dlapprentissage de savoirfaire doivent
permetire a lapprenant de ré-itérer autant de fois que nécessaire Ia conduite
quil est en train d'acquérir. La ré-itération est un principe de base en
pédagogie, mais elle a tendance a @tre ignorée dans Vapprentissage des
langues étrangeres, peut-étre par oubli ou par ignorance de la différence entre
tun stockage de conduites et une mémorisation de connaissances, peut-dtre par
manque de patience (on voudrait que ce qui est compris soit immédiatement
su, et que ce qui est su soit immédiatement fait).
Cette réitération nécessaire n'a pas pour corrélat incontournable l'ennui. De
méme que pour apprendre & enfoncer un clou avec un marteau Ton n'a pas
besoin de toujours taper sur Je méme clou et de Tenfoncer toujours dans la
mame planche, il est possible de s'entrainer la méme fraction de compétence
de compréhension en utilisant des supports différents: une consigne identique
appliquée des documents différents n’engendre pas ennui qu’engendre la
‘répétition de la méme activité.
En résumé, l'utilisation des documents authentiques pour V'apprentissage
se présente ainsi:
APPRENTISSAGE DOCUMENTS. ‘TYPES
AUTHENTTQUES DIACTIVITES
savorns, + de DECOUVERTE
COMPREHENSION + de PRATIQUE
SAVOIR-FAIRE
EXPRESSION
8, Choix des documents authentiques.
‘Comme le fait clairement apparaitze Vanalyse de l'utilisation des documents
authentiques, le choix des supports d'acquisition ou d'apprentissage n'est pas
indifférent: le simple fait qu'il soit authentique ne qualifie pas
automatiquement m'importe quel document comme support. Les critdres de
choix découlent bien entendu de la situation pédagogique (Cf. les remarques
faites sur Tutilisation de documents authentiques avec des débutants), mais
aussi, et surtout, des abjectifs des activités dans lesquelles ces documents sont.
utilisés. Bridvement, les documents doivent :
tre appropriés aux objectifs d'acquisition, cest-a-dire:
- pour acquisition des savoirs, dtre des supports dexposition qui présentent
bien la langue et son fonctionnement visés (variété(s) dialectale(s) et sociale(s);
73langue orale owet écrite; type(s) de discours; type(s) de participants et de
situation(s); ete..);
pour acquisition des savoirfaire, étre des supports de confrontation qui
‘mettent bien 'apprenant face & ce & quoi il sera confronté lorsque l'acquisition
sera terminée;
b. pouvoir étre utilisés selon les consignes définies dans les activités
apprentissage, clest-i-dire:
= pour Tapprentissage des savoirs, étre uti
découverte (accessibilité; taille; et...)
- pour T'apprentissage des savoir faire, @tre des supports de compréhension
cohérents avec le type de compréhension défini par les consignes ( se préter &
‘uno recherche rapide dinformation, ou In formulation dhypothéses
sémantiques; présenter un texte quil n'est pas aberrant de vouloir transcrire;
ote...
‘bles comme corpus de
‘Je coneluerai sur Ie probléme du choix des documents par une remarque
importante. Dans les circonstances actuelles, Yenvironnement des apprenants
fourmille de documents authentiques directement accessibles: émissions de
télévision en langue étrangére diffusées par cable ou par satellite, films en
'V.0., radios et joumnaux étrangers, etc... Pour ces documents 1a, le probleme
est celui de leur choix et de leur utilisation par les apprenants hors de la sall
do classo, on autodirection. Il est bien évident que si Ton veut que I
apprenanis tirent tout le profit d'apprentissage potentiel de cos supports, il est
nécessaire de leur en donner les moyens, par une formation appropriée. Ceci
rrevient & dire qu'il faut leur apprendre & apprendre. Une maniére de réaliser
cela pourrait étre de faire en sorte que ce qui se passe dans la salle de classe
serve de leon & V'apprenant, que ce qui s'y passe puisse dtre ré-exploité par
Yapprenant seul. Une pédagogie "transparente” couplée a des moments de
réflexion méthodologique permettrait d'atteindre ce but.
‘Mais ceci est un probléme qui mérite plus ample discussion,
CONCLUSION
Liutilisation des documents authentiques dont il a été question dans cet
exposé n'a concerné que leur utilisation pour aticindve les objectifs de
Vacquisition ot de Yapprentissage de langue. Mais il faudrait également
sinterroger sur leur utilisation pour l'évaluation des savoirs et des savoir-
faire acquis, Si Ton veut sassurer que ce qui a été acquis sert bien & faire face,
langagidrement parlant, dans les situations of cet acquis doit servir, alors il
est certain que l'utilisation de documents authontiques est de rigueur.
1 faudrait également sinterroger sur le réle que pourraient jouer de tals
documents dans T'acquisition de savoirs et de savoir-faire dordre
eulturel. Mais ceci est une autre histoire, comme aurait dit Rudyard Kipling.
4