
Pour le défi 323 chez les Croqueurs de Môts, Jeanne Fadosi à la barre !
Le monde à venir nous questionne. Ensemble inventons-le !
Les 10 mots : alunir, anticipation, continuum, dystopique, humanoïde, particule, programmer, sidéral, théorie, transmuter.
Et maintenant qu’est-ce qu’on fait avec ces dix mots ?
On écrit un texte (pas trop long), prose ou poésie, utilisant au moins trois de ces mots (à votre choix). Vous vous projetez (si vous le pouvez), vous imaginez, vous divaguez … Vous pouvez aussi rembobiner et nous raconter comment vous imaginiez l’avenir il y a dix, vingt, trente ou quarante ou cinquante ans. Utopie, dystopie, sérieux, loufoque … A votre gré dans les limites que nous respectons toutes et tous ici !
L’humanoïde que je suis va tenter d’alunir dans un futur dystopique, espérant
transmuter chaque particule du vide sidéral selon une théorie visant à programmer un
nouveau continuum spatio- temporel par anticipation.
Je vous sens déjà prêts à grimper aux rideaux.
À vous voir lever les yeux au ciel, je constate que vous n’avez rien pigé.
Je vous rassure, moi non plus.
Ca m’énerve ces gens qui utilisent des mots savants, ça m’égruge
l’albuginée des tubes séminifères jusqu’à l’épididyme.
Alors qu’il suffirait d’utiliser des mots passe- partout !!!
Ca me ramène immanquablement à un personnage tristement célèbre …
Imaginons que la machine à remonter dans le temps ait existé et qu’elle soit transmutée
dans notre époque, où le monde a tout à craindre d’un certain Donald Trump.
L’objectif est simple , il faut remonter dans le temps pour retrouver de toute urgence,
Fred, le père, et lui glisser un préservatif dans la poche avant qu’il ne soit trop tard.
Me voici en 1946, je l’aborde au coin d’une rue de New York, je n’ai pas de mal à le
reconnaître, il n’a pas la tignasse jaunie du fils, mais il en impose. Il a l’air pressé.
— Monsieur Trump ? Attendez. Prenez ceci, c’est crucial pour la survie de l’espèce.
Il regarde le petit carré de latex avec un mépris souverain.
— Qu’est-ce que c’est que cette babiole ? Un gadget de communiste ?
— Non, Fred. C’est un stabilisateur de destin. Écoutez-moi bien : si vous ne portez pas
ceci ce soir, vous allez engendrer un fils qui passera sa vie à croire que le monde se
joue comme dans un jeu vidéo du futur : Call of Duty: Modern Warfare III.
— Mon fils sera un conquérant ? Un bâtisseur ? s’exclame Fred, presque fier.
— Non, Fred. Votre fils sera un homme qui joue à la guerre. Pour lui, la diplomatie n’est
qu’une « Open Combat Mission » où il peut ignorer les règles et passer en force.
Il verra des ennemis partout, comme des points rouges sur une mini- carte qu’il veut
effacer à tout prix. C’est un grand malade, Fred. Un pyromane qui pense que le monde
est une énorme grenade et qu’il est le seul à dégoupiller .
Il croit qu’en cas d’erreur, il lui suffira d’un « Slide Cancel » pour annuler ses gaffes et
repartir à l’assaut comme si de rien n’était. Il traite ses alliés comme de simples
« Kill Streaks » jetables et les nations comme des zones de « Domination » à capturer
coûte que coûte. Fred ricane, mais je vois une lueur d’hésitation dans ses yeux.
— Un fils qui veut tout faire sauter ? Vous divaguez, mon ami.
— Je ne divague pas, je viens du futur. Et croyez-moi, entre un monde en paix et les
délires de grandeur d’un gamin mal élevé qui ne sait pas perdre et qui croit qu’il peut
toujours faire un « Respawn » après avoir déclenché l’apocalypse
— le choix est dans votre poche. Ne laissez pas ce « petit Donald » devenir le grand
chaos de demain.
slide cancel : annuler
Kill Streaks : série d’éliminations
Respawn : réapparaitre
Le saut temporel à peine franchi je me mis à tapoter frénétiquement sur un clavier qui
émettait des bruits de canard en plastique. Soudain, un flash vert déchira l’espace
temps. Fred Trump apparut au milieu de la pièce, un préservatif à la main, l’air
totalement hagard. Il ajusta sa cravate d’un geste nerveux, balaya l’assemblée du
regard et demanda d’une voix mal assurée :
— « C’est ici la convention des communistes ? »
— » Trop tard Fred ! Game Over !
