Georges LUBIN Dossier George Sand
II n'y a pas d'oeuvre plus abandonnée que celle de George Sand. Son importance (au sens fort) est ignorée des éditeurs, qui lèvent les bras au ciel quand on leur parle de réimprimer au moins les ouvrages capitaux. Il faut dire qu'elle a été fort desservie. Trois éditions dites « complètes » ont été mises dans le commerce du vivant de l'auteur. La première (édition Bonnaire) comprend 27 volumes in-8°, mais s'arrête à 1841 avec Un hiver à Majorque. La seconde, in- 18, chez Perrotin, ne va pas plus loin, avec ses 16 volumes, qu'Horace et 1843. La troisième est l'édition illustrée Hetzel-Blanchard-Marescq ; freinée par l'exil d'Hetzel et quelques dissensions entre l'auteur et l'éditeur, elle s'interrompt en 1856, alors que G. Sand a encore vingt ans à vivre.
D'un projet mis en train vers 1875, préparé par le vicomte Spoelberch de Lovenjoul et pour lequel une préface était prête, Calmann-Lévy se désintéressa vite. Il se borna pendant plus d'un demi-siècle à exploiter les titres de son fonds. On avait laissé passer la période favorable au lancement d'une édition soigneusement établie qui aurait pu trouver un nombreux public décidé à souscrire. Même si elle était aujourd'hui épuisée, nous aurions dans les biliothèques publiques une « vulgate » qui nous manque.
On pouvait lire voici un an sous la plume de M. Jean Freustié : « II est inadmissible qu'on ne puisse trouver partout en France, et quand on veut, une œuvre quelconque de George Sand [...] Elle est un témoin qui écrit. A ce titre, tout roman bon ou mauvais, toute lettre, tout récit autobiographique émanant d'elle est important, même s'il doit être interprété. »'
Vœu auquel s'associeront tous ceux qui n'acceptent pas de voir relégué au purgatoire un des plus grands écrivains du siècle passé. Mais vœu pieux étant donné la conjoncture. On va voir quelles chances il a d'être exaucé.
Et d'abord, que peut-on trouver en librairie ?
Les titres disponibles.
En décembre 1975, quels étaient-ils ? combien étaient-ils ?
Sachant que nous étions à la veille d'un centenaire qui va faire une publicité gratuite, vous pensez peut-être que de tous côtés on réédite, on se prépare à rééditer des titres disparus. Erreur ! nous sommes au plus creux de la vague. Des ouvrages qui figuraient encore l'an dernier au catalogue de la maison Garnier (celle qui avait fait le plus gros effort depuis la dernière guerre) sont épuisés, et il n'est pas question de les réimprimer. Ce sont Indiana, Lélia, Les Maîtres sonneurs, Consuelo (dont le tome II est encore en magasin, mais qui achète un tome II sans être sûr de récupérer son jumeau ?).
Il reste, dans la collection des Classiques Garnier : La Comtesse de Rudolstadt, La Mare au Diable suivie de François le Champi dans le même volume, La Petite Fadette, plus les dix volumes de la Correspondance;



















