Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne
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15.11.24

L'AUTRE GODARD


Dans le champ de l'invention, il existe bien des angles. La bande dessinée en est un bien vivant exemple. À partir de quelle situation œuvre-t-on ? Pour arriver à la poésie, à l'humour, à la réflexion, au désir ? Ou bien part-on de l'arrivée supposée pour une déambulation de plus ample liberté, plus ample, mais moins voyante - moins appuyée, moins volontaire. Doucement libre. Comme les histoires dessinées par Christian Godard. 
 
René Goscinny incarnait une autre tendance et pourtant il a scénarisé (entre autres premières séries dessinées par Godard) Tromblon et Bottaclou dont se souviennent les lecteurs du premier Pilote et vivement encouragé ce Godard-là à suivre sa voie en solo. Ce sera fait avec Norbert et Kari (toujours dans Pilote). Après la création sans succès de Toupet dans le Journal de Spirou, il file chez Tintin où il réalise Martin Milan, pilote d'un avion-taxi, dont le seul but semble d'être intensément  (c'est-à-dire très simplement) humain. Martin Milan, fumant la pipe, au travers de ses petits envols philosophiques, ne cherche aucune bonne affaire, seulement l'entraide. 
 
Après cette série unique dans le monde de la bande dessinée, il scénarisera de nombreuses histoires (La jungle en folie avec Mic Delinx...). Au milieu des langages affirmés de ses confrères et souvent amis, Goscinny, Will, Mittéï, Franquin, Uderzo ou Greg, Godard évolue comme Martin Milan dans une généreuse solitude. Il vient de nous quitter le 6 novembre.
 
 
 
 
 
 

21.8.24

LA LUTTE PAS TRÈS CLASSE
PAR DAVID SNUG

 

 

Les temps que nous vivons, aussi absurdes que souffreteux, sont évidemment un sujet de pointe pour David Snug, épastrouillant commentateur par ses dessins et BD. Son opuscule La lutte pas très classe paru chez nada (éditeur fort recommandable) revient sur cette lutte des classes qui semble diablement gommée, oubliée même (pourtant fondatrice, disait-on il y a plus d'un siècle, pour parvenir à la véritable société sans classe). On y apprend par exemple, dessins à l'appui, que "Le socialisme sans lutte des classes, c'est le parti socialiste" ou bien que "Alexandre Marius Jacob sans lutte des classes, c'est Arsène Lupin" ou encore que "Les musiciens de rue sans lutte des classes, c'est les pianos dans les halls de gare" et bien d'autres qu'on se fera un plaisir de poursuivre pour se mettre à jour à la rentrée (de la lutte) des classes (c'est quand déjà ?).

 

 

6.8.24

MAZEL

Mazel pensait que Morris « était un narrateur exceptionnel, dans sa simplicité, dans son efficacité ».* Lucky Luke et plus généralement le journal de Spirou, faisaient partie des fanaux de Luc Maezelle (devenu Mazel) comme l'avaient été les lectures familiales de Jules Verne et Alexandre Dumas. Il rêvait de dessin, mais devint architecte. Comédien de théâtre amateur, grâce à un croquis sur un programme, il rencontre à Bruxelles la nièce de Sirius (auteur de Timour et futur participant du Trombone Illustré de Delporte) qui le présente à son oncle, lequel l'incite de suite à faire de la bande dessinée. Il dessine un Oncle Paul évidemment scénarisé par Octave Joly (Un exploit surhumain) qui n'a pas l'heur de plaire à Yvan Delporte. Le rêve d'être dans Spirou, où ses héros sont plutôt ceux qui dessinent, reste rêve. Il lui faudra attendre pour rejoindre cette bande de cols belges et patienter chez le moins déluré journal de Tintin. Là, il publie dès 1960 (Hippolyte homme des cavernes, Cromagnon et le stentor Kalasse, Ivan le petit Moujik... ) et invente les aventures cocasses de deux clochards Riesling et Bôjolet. Y fleurent bon toutes sortes de références passagères (Vittorio de Sica ou Alfred Hicthcock, par exemple). Puis vient Fleurdelys (scénario Vicq), où ressurgit sa passion enfantine de Dumas et ses Mousquetaires. Pilote l'accueille pour quelques séries : une parodie de James Bond O.K. 27-43 (scénario Duchâteau) ou le très prophétique Téléphonophage. Mazel fait aussi à cette époque partie de l'équipe du studio d'animation Belvision. 

Enfin en 1969, année cinétique, il rejoint de justesse le journal de Spirou quand Charles Dupuis, après le départ de Delporte, cherche quelqu'un pour une série de cape et d'épée. Alors, avec le scénariste Raoul Cauvin, Mazel poursuit à haute énergie ce qu'il avait commencé avec Fleurdelys en inventant la série Câline et Calebasse qui deviendra plus tard Les Mousquetaires. Franquin dessine pour l'occasion Spirou s'agitant joyeusement avec un fleuret et disant : « Mazel ? Un pinceau vif comme une épée ! » Et c'est bien cette vivacité qui frappe, cette façon de rendre irrésistiblement vivant ses personnages à l'instar d'autres magiciens de la BD. Le minutieux soin documentaire des décors et des situations aussi impressionne comme l'articulation de la mise en scène/mise en page. Le dessin déborde le scénario, il va plus profondément. Le trait est magnifiquement souple. Et puis la véritable héroïne de la série est, plus encore que le gascon Calebasse ne payant pas heureusement de mine, la jument de trait Câline. Malheur à ceux qui se moquent stupidement de sa corpulence qu'elle écrase de son hennissement content « Hirâhirâhirâhirâ ». Câline est de toute beauté, de toute liberté ; elle piétine les codes imbéciles. Mazel dessinera encore d'autres séries Boulouloum et Guiliguili (Les jungles perdues) ou, en finale, Jessie Jane avec le scénariste (et cinéaste) Gérald Frydman. Mazel s'oriente alors vers la peinture. Vingt ans après...  ce triste 20 juin 2024.

Calîne et Calebasse ont ajouté de l'imagination à l'imaginaire cape et d'épée au même titre qu'André Hunebelle ou Richard Lester, et c'est à ce titre autant que par ce trait vif décrit par Franquin (qui s'y connaissait en trait vif) qu'il serait parfaitement indélicat d'oublier Mazel. « Hirâhirâhirâhirâ ».

* Cité par Patrick Gaumer in Spirou n°4504

 

 

8.7.24

LA BD À TOUS LES ÉTAGES (DISCOGRAPHIQUES)


  

Il y a bien sûr une joie certaine de croiser, au Centre Pompompidou, dans l'exposition La BD à tous les étages, des œuvres de Killofer, Mœbius, Mattotti, Johan de Moor avec cette petite vibration qui rend heureux en pensant aux couvertures de disques qu'ils ont illustrées. À tant d'autres aussi dont le dessin est de musique... cette conjonction éperdument coordonnée, tellement aimée, de la participation d'illustratrices et illustrateurs de BD aux disques nato : l'inverse du repli : la chair entière.

 

 

27.5.24

NATHALIE FERLUT


Nathalie Ferlut a illustré la couverture et le livret de l'album de One Another Orchestra, comme elle l'avait fait pour Falen Chrome de Jac Berrocal & Riverdog. Ses albums de bande dessinée Les Lettres d'Agathe ou Ève sur la balançoire (pour ne citer que ceux-ci) sont d'insignes perles d'union narration et dessin (de réflexion sur la lumière même).
• Petit portrait ici  

 

 

26.11.23

LE DÉTOUR DE GASTON

Ce n'est certainement pas la grande affaire des temps actuels et de leurs sinistres équipages, mais tout de même, on aurait un mal de mouette à ne pas en dire quelques mots. 

Le 6 avril 2022, la couverture du Journal de Spirou annonçait le retour de Gaston - héros (antihéros) de bande dessinée inventé en 1957 par André Franquin (avec les complicités d'Yvan Delporte et Jidéhem) -, en garantissant : "Une gaffe par semaine". Pschiiit ! Gaffe, forcing ou gafforcing des Éditions Dupuis ? La publication s'est arrêtée après la première planche dessinée par Delaf, créateur inspiré de la série Les Nombrils (scénarisée et - pour les premiers albums - coloriée par Maryse Dubuc) paraissant dans le même journal, pour des raisons qui ont été amplement décrites ailleurs. Et puis, avec l'aval de l'institution judiciaire (comme chacun sait, spécialiste de l'intime en matière de bande dessinée), la publication a repris le 23 août 2023 au rythme d'une planche par semaine. M'enfin, l'album Le retour de Lagaffe est sorti le 22 novembre à grand renfort de publicité et de polémiques (objectif 800 000 exemplaires, ça motive).

Ce serait mentir que de dire qu'on s'en fichait. La connaissance d'une reprise de Gaston - le plus proche, le plus copain, le plus libre de tous les héros de bd - par un autre était aussi insupportable que prestement attisée. Impossible de bouder. Alors rogntuduuu, on se jette sur la première planche. La bande dessinée actuelle est farcie de reprises : Astérix, Achille Talon, Lucky Luke, Blake et Mortimer, Ric Hochet, les Schtroumpfs, Tanguy et Laverdure, Buck Danny, Gai Luron, Benoit Brisefer, Corto Maltese, Boule et Bill, Blueberry, Jerry Spring, Tif et Tondu, Michel Vaillant, le Marsupilami, et bien sûr Spirou ultra décliné à toutes les encres (mais ça, c'est tout un chapitre). Ces reprises oscillent entre quelques coups de maître, pas mal d'inutiles platitudes (même avec des "repreneurs" de qualité) et beaucoup d'akouabon. Mais Gaston, c'est une autre affaire, une autre progression, une autre intimité, alors tout est à fleur d'appeau. Les premières planches de Delaf sont bluffantes. Sa documentation est parfaite, permettant une sorte d'imitation assez comparable au Blue du groupe Mostly Other People Do the Killing (imitation rigoureuse du Kind of Blue de Miles Davis). De ce point de vue, Le retour de Lagaffe serait une pièce d'art contemporain et l'on verrait Delaf comme une sorte de Roy Lichenstein en pacte de non agression. 

L'album se regarde avec intérêt - et ci et là quelques rires - mais, même si c'est sans déplaisir, on n'est pas dupe, on n'oublie pas, il y a des détails qui font que le double de ce théâtre se dénonce par moult petites touches. Et plus encore, cette étrange volonté de vouloir tout mettre dans un contexte historique dégarni de son épaisseur, faire figurer tous les objets (un désuet passage du Gaffophone), et la presque intégralité des personnages : Yves Lebrac, Léon Prunelle, Sonia (celle dont le dessin se rapproche le plus naturellement des Nombrils), Aimé De Mesmaeker, Jules de chez Smith en Face, le Père Gustave, Ducran Lapoigne, Joseph Longtarin, Yvonne, Joseph Boulier, le Chat, la Mouette, Mélanie Molaire, Freddy-les-doigts-de-fée, et bien sûr Mademoiselle Jeanne terriblement sous traitée et même mal traitée (chaque lectrice et lecteur attentifs à la progression de Gaston en 34 années savent l'évolution des sentiments respectifs de Gaston et de Jeanne ; à l'endroit de reprise, jamais Gaston n'aurait abandonné niaisement Jeanne en camping ou ne l'aurait blessée, même par mégarde). 

On y retrouve même Fantasio, Spirou, Spip et le Marsupilami. Franquin n'avait impliqué Gaston dans une aventure (déguisée en épisode de Spirou et Fantasio) en suite que dans l'exceptionnel, le splendidissime, Bravo les Brothers. C'est au retour de ces personnages (planches 27 et 33), abandonnés par Franquin bien longtemps avant d'arrêter Gaston, que l'édifice tenu par l'impressionnante et talentueuse force du crayon magnétique se détraque (Delaf a survolé toutes les possibilités de son appliquée documentation). Arrive une interprétation nouvelle avec la pathétique réinsertion du mystérieux dessinateur anonyme (soustraité par Franquin de son aveu même à Numa Sadoul*). Paradoxalement, quand Delaf prend ses libertés en hommage appuyé, quand survient sa création, sa désimitation, quand il aurait pu se mettre à parler, tout s'effondre. Cette liberté souhaitable entre dans une embarrassante et quelque peu bouffonne aventure en suite pour clore l'album, le clore sans rire. 

Planche 36, on écoute cet humble dialogue-aveu lorsqu'Yves Lebrac essaie de recopier une page de Franquin déglinguée par La Mouette : "Ouah c'est bluffant !! On dirait vraiment du Franquin !", "Au premier coup d'œil, oui, au second, bof...", "Comme quoi ça tient à peu de chose...", "Aaah, Franquin : souvent copié, jamais égalé !", "Vous avez raison, je ne lui arrive pas à la cheville !...". Le talentueux L'ingénieux dessinateur des Nombrils aime Franquin, c'est certain, c'est touchant, ça impressionne même, mais ce n'est pas une raison suffisante pour dompter l'impossible. La logique implique qu'il n'y aura pas de suite à ce Gaston de surface (mais 800 000 exemplaires ??? Gaston de grande surface).

Delaf a dessiné Le retour de Gaston sur une palette graphique, parce que c'est meilleur pour son dos et parce que ça lui a permis d'archiver extraordinairement tous les détails pour les redessiner ensuite. Tous les dessinateurs utilisent de la documentation (Hergé n'était pas allé en Chine pour Le Lotus Bleu) et on saluera son travail minutieux en la matière, à hauteur du défi proposé. Mais là où Franquin a su nous rencontrer, nous rencontrer profondément, se livrer en confidences jusqu'à l'accidentel merveilleux, c'est par son trait, son creuset de l'éclat, son sillon d'encre dans le papier à dessin et toutes ses aspérités, s'autorisant les violences du réel, sa liberté la plus folle, sa vie. Aucun dispositif ne peut incarner ça, le saisir au vol. En bande dessinée, le langage, ce n'est pas la représentation, mais le trait même. Depuis pas mal de temps et surtout depuis cette invention absurde du terme "Roman graphique" (comme si les écritures de Victor Hugo, Octave Mirbeau ou Simone de Beauvoir n'étaient pas déjà intensément graphiques, tout autant que leur traduction en volumes ou en livres de poche d'ailleurs) sensée désinfantiliser (traduire ouvrir le marché aux adultes en leur assurant toute respectabilité), le dessin est trop souvent devenu accompagnement et non essence.

 "Il ne faut pas imiter ce que l'on veut créer" entend-on dans Tips d'Étienne Brunet citant Steve Lacy (disques Saravah). Gaston Lagaffe a été un de nos moteurs (la destruction des parcmètres et toute la symbolique qui en découle, l'écologie, la désobéissance créative, le refus du travail, de l'autorité, la passion de la musique, une fantaisie débridée...) avec une libre grâce unique. Il reste quelques éléments, quelques substances, quelques créations indomesticables. Plutôt que de tenter, même et surtout en toute bonne volonté, de les mettre au pas, créons-en d'autres, pour demain.


 * Numa Sadoul : Et Franquin créa la gaffe (Glénat)


 Illustration : 4 couvertures par Delaf



5.11.23

PIERRE CORNUEL, ROCHETTE,
TONY HYMAS, CATHERINE DELAUNAY & AUTRES ANIMAUX...

 

On dit visuel, on disait pochette... les images qui accompagnent, complètent, interrogent les albums discographiques sont rarement commentées, si ce n'est par quelques éminents spécialistes, voir l'excellent Comics Vinyls de Christian Marmonnier aux éditions Ereme, très justement sous-titré "50 ans de complicité entre la bande dessinée et la musique". La complicité peut recourir à une infinité d'angles et c'est le défi posé dans le choix des illustrations ou des images se liant à une musique pour toujours en dépassant, dans les imaginaires, l'intention première. 

Pour nos deux dernières parutions, nous avons eu recours à la pochette originale de Flying Fortress de Tony Hymas (remarquée par Francis Marmande dans son article paru dans le quotidien Le Monde du 22 octobre 2023) en demandant à Pierre Cornuel, illustrateur (historique comme on dit aujourd'hui) des couvertures nato des années 80 (à partir de Tournée du chat de Tony Coe) jusqu'au milieu des années 90, de créer deux autres images de suite, parallèles au travail de Tony Hymas pour Back on the Fortress. Une grande joie ! Pierre Cornuel a publié, par ailleurs et principalement, quelques 70 albums, dont une grande partie destinée à l'enfance (classique parmi les classiques : Les deux maisons de Désiré Raton - scénario Lydia Devos - ou Chu Ta et Ta'o le peintre et l'oiseau, scénarisé par Sohee Kim, à propos du peintre chinois Bada Shanren), ça tombe bien l'enfance nous préoccupe au plus haut point : regard sur le monde, envol. 

Quant à la couverture de No Borders de Tony Hymas et Catherine Delaunay, nous sommes tombés amoureux d'un loup de Rochette. Le loup ne connaît pas les frontières, ce qui lui a permis de revenir, par la montagne, dans des territoires d'où on l'avait chassé. De son trait minéral, Rochette sait croiser le destin animal et celui de l'aventure humaine, ses bonheurs, ses peines et ses cruautés. Il a publié une vingtaine de bandes dessinées. La plus récente, d'une liberté de cimes, La dernière reine, est une véritable clé d'appréciation de l'état du monde.
 
Les deux albums sont mis en pages par Marianne T. La maquette, la typographie, tout un chapitre aussi...
 
• Pierre Cornuel, Lydia Devos : Les deux maisons de Désiré Raton (Grasset - 1982)
• Pierre Cornuel, Sohee Kim: Chu Ta et Ta'o le peintre et l'oiseau (Grasset - 2010)
• Rochette : Le Loup (Casterman - 2019)
• Rochette : La dernière reine (Casterman - 2022)
• Tony Hymas : Flying Fortress - Back on the Fortress (nato - 2023)
• Tony Hymas - Catherine Delaunay : No Borders (nato - 2023)

1.11.23

REPRISE

Mais qui a eu cette curieuse idée de demander à Fabcaro de réaliser le scénario du nouvel album des Rolling Stones ?
 

28.1.23

IF WE COULD ONLY REMEMBER...

 

Les déplacements de La Petite Taupe et de Femmes Femmes sont des enseignements. Les enseignements de Femmes Femmes et La Petite Taupe sont des lieux. Les lieux résonnent des enseignements de passages dans les tournis plus ou moins cotons, ceux des certitudes du doute, de l'incertitude des pas pressés, des méditations intenses, des créations immenses parce que simplement humaines : If I could only remember my name, Pourfendeur de nuages, Une vie de faussaire, Love in us all, House Of Art, Ce merveilleux automne....

Pour Adolfo Kaminsky, Gina Lollobrigida, Paul Vecchiali, David Crosby, Wolf Erlbruch, Russell Banks, Pharoah Sanders, Rasul Siddik.

22.3.22

DEUX NOUVEAUX OUVRAGES
DE JOHAN DE MOOR


Un trait vif, caustique s'est échappé un jour des studios Hergé pour inventer (avec Stephen Desberg) une incroyable Vache (11 volumes) et dessiner le monde à la plume incisive. Rien n'échappe à Johan de Moor. 
 
Pour nato, il a fait figurer La Vache dans Left for Dead, dans Le Chronatoscaphe et a dessiné la couverture de Vol pour Sidney (retour) ainsi que les illustrations du livret. Joie !

Ses dessins sont publiés dans Le Soir, Pan, Spirou ou les Allumés du Jazz. 
 
Viennent de paraître Dessins d'humeur chez Casterman (256 pages) ainsi que Sauvages animaux (scénario Desberg - même éditeur, 88 pages), étonnante BD inspirée de la vie de Peter Grant (manager de Led Zeppelin). Deux ouvrages au plus près de nos extravagantes vies.

23.8.21

4.1.21

CONSEIL FAÇON LAO TSEU

 

"Si tu veux éradiquer une maladie, choisis plutôt 
100 000 docteurs que 100 000 flics"
 
Lao Tseu (citation possiblement apocryphe)
 
 
Illustration : « La Charge » de Félix Vallotton (1892)
 
 
 
 
 

25.10.20

FAUT PAS PRENDRE LES GENS POUR DES CONS

 

Contrairement peut-être à ce que relèvent plusieurs critiques (ou présentations), le deuxième tome qui vient de paraître de Faut pas prendre les cons pour des gens d'Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud n'est pas "un album d'humour absurde sur la bêtise ordinaire", mais plutôt un album qui pointe méticuleusement un absurde ordinaire envahissant les moindres parcelles de nos vies. Les imaginations sont rattrapées par les situations que nous tous entretenons à force de dramatiques renoncements "ordinaires". Au fond, plus de quoi penser que de rire. Un deuxième album aussi utile que le précédent et en cette période de grand déboussolage ça s'impose ! 

(Éditions Fluide Glaciale - chez toutes les librairies dignes de ce nom et PAS où voussavazone)

26.9.20

LE TOURBILLON DES VOIX

 

"Dans le temps, on se voyait. On pouvait perdre la tête, oublier ses promesses, risquer l'impossible, convaincre ceux qu'on adorait en les embrassant, en s'accordant à eux. Un regard pouvait changer tout."(Jean Cocteau in La Voix Humaine).

 

Roger Carel, Michael Lonsdale, Diana Rigg et Juliette Gréco viennent de nous quitter, quatre regards, quatre voix. Quatre empreintes si marquantes d'un temps où la voix fut un regard apte à se faire doubler, où la voix pouvait doubler toutes les files, les regarder en malice provocante, en plénitude incisive, en grand théâtre, en farce dessinée, en comédie de la vie, en pieds de nez nickels, en Swinging London, en haine des dimanches, en amours tendres, dans une sorte de capharnaüm de reprises d'œuvres à l'horizon où tout a parenté : Boris Vian, Astérix, Belphégor, Emma Peel [1] , Raymond Queneau, Bertolt Brecht, Marguerite Duras, James Bond, Jean-Paul Sartre, Jiminy Cricket, Yannick Bellon, Léo Ferré, Colette, Jacques Prévert, Nelly Kaplan, Stanley Kubrick, Jean-Pierre Mocky, Luis Buñuel, Miles Davis, Claude Chabrol, Aimé Césaire, Annick Nozati, Charlie Chaplin, Agatha Christie, Pierre Tchernia, Darryl F. Zanuck, Géraldine-Daphné, John Huston, Otto Preminger, Noël Coward, Kurt Weill, Mickey Mouse, Fritz le chat, Simone de Beauvoir, Arthur Hiller, Michel Piccoli, Un Drame Musical Instantané, Peter Sellers, Jean Eustache, Thierry Jousse, Igor Stravinsky, Orson Welles... Le tourbillon des voix n'a jamais cessé de regarder le tourbillon de la vie.
 


[1] Michèle Montel fût l'une de ces grandes voix du doublage qui a marqué la version française des Avengers (Chapeau Melon et Bottes de Cuir) en doublant Diana Rigg (Emma Peel), on la retrouve aussi dans trois fameux westerns décalés sous les traits de Faye Dunaway (Little Big Man), Vonetta McGee (Le Grand Silence) et Loredana Nusciak (Django)

 

 



18.9.20

LE RETOUR DE JEAN ROYER

 

Dans l'adaptation fort libre de "Notre Dame de Paris" par Alexis et Gotlib (Cinémastock in Pilote, 1974), Jean Royer, pudibond maire de Tours (grand réactionnaire chasseur de minijupes) prenait les traits de Claude Frollo, personnage du bien connu roman de Victor Hugo. Et bien le revoilà - en 2020 - se réincarnant sous les traits de Jean-Michel Blanquer.

18.8.20

TANT DE TEMPS


Quarte de rimes en haut dans le monde en bas
et de soirs au village, de potion magique,
d'Afrovision, d'âme debout de festivals, de disques, 
de free jazz, de cool jazz et de légionnaires terrassés.
Afrique en panorama, belles bulles d'air en septième sceau,
tripotées d'électroniques, de "Journeys from here to there", western spaghettis,
Monk et Rota,
Makhno, rock'n'roll, voodoo girl et family stone,
et miles électriques au kilomètre. 
Il n'y a toujours pas de soleil.
Décidément assurés, traits, voix, libertés
Irréductibles avec leur tralala,
leurs blue chabada,
Portes de la perception
urgences consciencieusement en couleur
Éclats de danse, éclats de rire 
24 images, éclats d'éclats 
manières de connaissance et source du Delta,
Tout le monde s'en va.  
 
 
Pour (sans sentiment exhaustif) : Hélène Châtelain, Tonie Marshall, John Cumming, Keith Tippett, Lee Konitz, McCoy Tyner, Albert Uderzo, Little Richard, Tony Allen, Bill Withers, Hal Willner, Richard Teitelbaum, Henry Grimes, Cynthia Robinson, Jacques Coursil, Phil May, Ray Manzarek, Jimmy Cobb, Giuseppe Logan, Manu Dibango, Suzy Delair, Max Von Sydow, Michel Piccoli, Maurice Barrier, Astrid Kirchherr, Christophe, Wallace Rooney, Jean-Loup Dabadie, Milton Glaser, Ennio Morricone, Peter Green, Bernard Stiegler, Steve Grossman ...  
 
Peinture d'Eugène Carrière


11.8.20

JEAN-FRANÇOIS PAUVROS ET ZOU
À VALENTON

À la révolution de 1789, à Valenton, on faisait du vin, on élevait des moutons et des vaches et les révolutionnaires l'avait renommé Val Libre. Aujourd'hui la ville est durement touchée par le chômage. 

Parvis du château de Valenton le 8 août 2020, fin de cuisante journée, Jean-François Pauvros (guitare) et Zou (dessin) s'installent à l'initiative et aux bons soins de l'équipe de la Bibliothèque de Valenton et d'alliés municipaux : Thierry, Marie-Jeanne, Amélia, Sandra, Annabelle, Samy. Réglages de guitares et de pinceaux. Place de village, place de vie sans âge. C'est aussi sommaire que l'entrée d'un livre. Plus loin, quelques résonances de zouk, plus près des rires d'enfants. Stand de brochettes africaines (délicieuses).  Il fait très chaud. Des femmes s'installent d'abord, attentives, et puis un petit monde se groupe autour de la scène. Airs de jeux, les enfants continuent de courir, sûrs, naturels. Ils sont le rythme. Le guitariste choisit la méthode en apparence douce, une sorte de hors cadre de blues, mélancolie au rasoir. Le dessinateur fait émerger - jeux de courbes, de vagues, de filets d'air - des fantômes, esprits mexicains, africains, jusqu'aux êtres délivrant leur conscience. Tout est noir, tout est rouge en ouverture de toutes les couleurs avoisinantes. Le ciel est fendu par deux passages d'oies sauvages, la fournaise est fendue par les éclats de réel où sous nos yeux et dans nos oreilles se mettent à courir des bribes de futurs. Alors que se forme sur la toile, sous les doigts de Zou, un corps de femme aux pensées multiples, Pauvros joue les "Mémoires de l'oubli".[1] La place de village à l'état sauvage, celui qui respire.



[1] « Memorias del olvido » In Buenaventura Durruti (nato 3164/3244)

 

À écouter : Jean-François Pauvros avec Antonin Rayon et Mark Kerr : À tort et au travers (nato 5569), Illustrations : Zou

Photos : B. Zon

 





13.3.20

ASTÉRIX ET LE CORONAVIRUS

Si, comme un certain nombre de "reprises" de classiques de la bande dessinée, celle des aventures d'Astérix par Ferri et Conrad provoque un enthousiasme, disons, fort tiède (la température s'était sérieusement rafraichie après la mort de Goscinny), on relira Astérix et la Transitalique (éditions Albert René - 2017), où le représentant des puissants se nomme Coronavirus, sous un éclairage neuf.

11.2.20

CLAIRE BRETÉCHER

Le parcours (journaux de) Tintin puis Spirou puis Pilote (ajoutons un aîné qui avait été abonné à Record auparavant) avec un détour par Le fameux Trombone Illustré d'Yvan Delporte, a été, pour une certaine génération, parfaitement marqué par la participation très affirmée de la dessinatrice Claire Bretécher à ces hebdomadaires (sans omettre ses diverses et savoureuses participations au Tac au Tac avec Gotlib, Giraud, Fred, Franquin...). "Hector", "Des navets dans le cosmos", "Les Gnangnan", "Les Naufragés" (scénario Cauvin à son meilleur), "Robin les foies", "Baratine et Molgaga", "Cellulite"... autant de noms qui ont solidement (dé)formé notre irrévérence. Et bien sûr la suite adulte avec, entre autres, le très sauvage, hilarant et prophétique "Bolot Occidental".

4.2.20

L'ESSENTIEL AVEC PHILIPPE QUICHON

Philippe Quichon est un des grands philosophes de notre époque, il mêle ses réflexions, constats et désirs à une mise en pratique immédiate. Philippe Quichon appartient à la famille Quichon dont les péripéties nous sont contées et dessinées par Anaïs Vaugelade. Un livre essentiel.

• Anaïs Vaugelade : Philippe Quichon veut voler (L'école des loisirs)
- conseillé par Julia à la Librairie Texture (94 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris) où l'on sait que les lettres l i r e sont dans liberté.