quelques idées, quelques images, beaucoup de mots, un peu de moi...


vendredi 8 janvier 2010

Lo mejor seria ir a por el destornillador

Ya no recuerdo (por eso “escribirlo antes de olvidarlo”) que programa de radio organiza este concurso de micro-relatos : cada semana, te ofrecen de escribir y mandarles un cuento en 100 palabras, incluyendo la primera frase, impuesta, que resulta ser la ultima del relato ganador de la semana anterior. Nos dio por jugar una vez, con una amiga, y escribi varios de cuales os dejo los tres que mas me gustan. Nos toco, como primera frase “Lo mejor seria ir a por el destornillador”. Me lo pasé de maravilla. Y no ganamos.
En 100 palabras, entonces. El titulo esta incluido en la cuenta :

1- Desconocido

“Lo mejor seria ir a por el destornillador.” Lo repite un par de veces mas, en voz baja, resignada. Deja su mirada perderse en el desorden hortera de fotos de La Habana. Despues de un rato, me vuelve a mirar en silencio y enciende otro cigarillo. “No hay rupturas faciles, digo, ni una buena manera de separarse”. El humo azul baila un instante entre nosotros y se diluye en la penumbra tibia del bar. “Doce años de matrimonio, suspira, y su unica preocupacion fue llevarse los muebles de teca del jardin. Creeme, nunca conoces al hombre con quien vives.”

2- Maquiavelico

Lo mejor seria ir a por el destornillador. Asi puedo extraer el disco duro y recuperar mis archivos.
Le grabo ese recopilatorio de rumbitas que le prometi hace meses.
La contacto, quedamos.
Cuanto tiempo, eh? Cafecito por Gracia o pinchitos vascos en el Born?
Pregunto por su hermano, pido su telefono.
Encantado de que le llame, me invita a cenar en casa.
Con su mujer, hablamos del trabajo. Que tal todo? Sigues con tu socia?
El miercoles siguiente, aparezco al taller. Pasaba por aqui.
Eres Carmen, verdad? Encantado, soy Marco. Trabajas sola, hoy?
Natural, sencillo, infalible: la estrategia perfecta.

Y el que mas me gusta:
Recursos Humanos

“Lo mejor seria ir a por el destornillador.” Cambio mi respuesta en seguida. Le digo que primero voy a por la caja de comida. Luego el destornillador. Y luego pues, los libros. Me mira, deja pasar un rato y pregunta : ¿Asi que Vd. no iria nunca a recuperar la radio? Le contesto nerviosamente que si, claro, iria despues. Sin faltar. Sonrie un segundo y se pone serio. De golpe, esta muy serio. Dice con una voz helada, condescendiente, que lo siente mucho. Claro, mi perfil le parecia interesante. Pero... en la empresa, valoran la comunicacion ante todo.

mercredi 11 février 2009

des bovins, du destin et du cours de l’Histoire


Il a froid. Il frissonne sous le manteau leger qu’on lui a jeté dessus en attendant l’ambulance. Tellement froid que tout s’engourdit, tout s’efface et se dissout. Comme si son corps, perdu entre l’asphalte et la couverture de fortune, disparaissait peu à peu. Tout s’engourdit, tout s’efface et se dissout. Il n’a plus mal. La brûlure dans son ventre s’est éteinte dans un long frisson. Le soleil du petit matin baigne maintenant toute la rue mais ne le réchauffe pas. Ni le souffle de Leire penchée sur lui, ni ses larmes qui viennent s’écraser sur son nez, sur sa joue, sur ses lèvres. Il s’en va sans bien comprendre, sans s’en rendre compte. Et sans savoir qu’une boucle est bouclée, qu’un long scénario vient de trouver son dénouement après des années et tant de kilomètres. A 6h57, il meurt dans la rue sans le pourquoi ni le comment.

Pablo n’a jamais connu son grand-père Beppe, éleveur dans le nord de la Pampa. Tel le chaînon manquant de l’évolution des espèces si cher à Darwin -qui devait combler la lacune entre singe et homme-, le maillon qui les unissait a choisi de couper dans son mutisme l’histoire familiale. Fransisco était le dernier fils de Beppe et le père de Pablo, jeune Français à la généalogie boiteuse. Dire que celui-ci a tout ignoré de son gaucho d’aïeul serait inexact : il n’a tout simplement jamais entendu parler de sa famille paternelle. Peut-être ne s’est-il posé aucune question ? Peut-être l’interdit silencieux et l’amour des grands-parents maternels ont-ils endormi le picotement du membre amputé ?
Ce qui est certain, c’est qu’il n’a jamais appris comment Beppe est mort. Le vingt-six avril 1937, quelques heures à peine avant le bombardement de Guernica à l’autre bout du monde, alors qu’il descend à travers champs vers l’église du village, il est piétiné à mort par l’un de ses taureaux.

Mais le moment n’est pas venu de raconter la mort de Beppe. Pour l’instant, il nous faut nous intéresser à sa vie. Revenir encore un peu plus loin dans le temps et l’espace : au lendemain de la Grande Guerre, dans une banlieue industrielle de Naples. Printemps 1919, l’Italie est exsangue, son économie paralysée par l’endettement et l’inflation. La population meurtrie ne sait plus à quel saint se vouer. Beppe n’a que douze ans mais grandit vite. Trop. Fils unique d’un couple qui a fui la famine des campagnes, il voit au quotidien la lutte de ses parents et de la classe ouvrière toute entière. De grèves en émeutes et en occupations d’usines, il assiste, les yeux grands ouverts, à l’échec de la révolution populaire et à l’émergence du fascisme. Les squadri sèment déjà la terreur un peu partout quand Mussolini organise à Naples son congrès fasciste et dessine l’arrivée au pouvoir. Les parents de Beppe choisissent alors l’exil.
C’est un adolescent décharné et silencieux, have et hagard, qui débarque à Buenos Aires en 1922. Revenus à la terre qu’ils avaient quitté à contrecoeur, ses parents l’élèvent dans l’austérité et le travail. Il devient en peu de temps un jeune homme fort et sociable, connu dans le voisinage pour son énergie et sa bonne volonté. Vacher ambitieux à dix-neuf ans, il fonde une famille à vingt et s’installe bientôt un peu plus loin vers le sud, au milieu de nulle part. En à peine dix ans, il bâtit de ses mains un beau domaine et une fortune respectable. Il pense un instant baptiser le hameau Macondo, mais se ravise et laisse ce soin à d’autres. Figure locale régnant sur le petit village né autour de sa propriété, il croit autant en sa bonne étoile qu’en la manne bovine, et rien ne doit le détromper jusqu’au tout dernier moment. Ainsi la veille encore de sa mort, pour l’anniversaire de sa femme Paula, alittée par son septième accouchement en neuf ans, il écrit dans son journal intime : « En ce jour où ma femme m’a donné un quatrième garçon, né comme elle sous le signe du taureau, que soient bénies les bêtes à cornes car, depuis la naissance de l’enfant Jésus, leur souffle nous réchauffe et leur chair nous nourrit ». Le nouveau-né est fragile et on préfère le baptiser sans tarder. Le lendemain matin, rasé de frais et en costume du dimanche, Beppe décide donc d’enjamber une clôture pour n’être pas en retard au baptême de ce dernier fils, Francisco, dans l’église voisine. Le sort en décide autrement quand un taureau allégorique l’aperçoit au loin. C’est un mythe fait chair, fait pattes et fait cornes, le plus beau qu’on ait vu de mémoire d’homme à des lieues à la ronde, sans doute un dieu descendu sur Terre pour exécuter la sentence, qui le charge sans somation et le piétine à mort comme le carillon du clocher sonne au-dessus d’eux un ave maria printanier. Le vingt-six avril 1937, Fransisco pleure son premier contact avec l’eau bénite et ne sait pas qu’il pleure un père qu’il ne connaîtra jamais. Aux obsèques de Beppe, le cierge de baptême de Fransisco brûle toujours devant la statue en plâtre polychrome de saint François d’Assise, ami et protecteur des animaux. Ni la jeune veuve accaparée par sept enfants et cent cinquante bêtes paissant sur quatre-vingt hectares, ni les villageois impressionnés par ce qu’ils pensent à juste titre être un présage, n’osent l’éteindre. Même le curé, peu habitué à une telle fréquentation de sa paroisse, ne se risque pas à le retirer. Il se consumera toujours pour la messe de neuvaine et Fransisco pleurera durant toute la célébration.

Dans la Pampa, on naît gaucho et gaucho on meurt. Les six cadets orphelins de Fransisco, trois frères et trois sœurs, sont donc restés sur la propriété familiale au côté de leur veuve de mère, désormais toute entière vouée au travail. Ils y ont vécu jusqu’à la fin, vachers par tradition et au nom d’un devoir de mémoire dont ils ont fini par oublier tout à la fois l’objet et la raison. Ce qu’ils sont devenus : eux, l’exploitation et leur sans doute nombreuse descendance, l’histoire ne le dit pas, qui se perd dans les remous d’un siècle bien trop long. Seul Francisco, enfant rebelle, refuse le joug du souvenir paternel et les chaînes de l’élevage extensif, peut-être précisément parce que son destin est déjà trop lié à l’un et à l’autre. Celui qui quatorze ans plus tard mettra au monde un unique fils, Pablo, s’enfuit pour ne plus revenir la nuit de ses dix-sept ans. Il décide que l’histoire de sa lignée jamais plus ne croisera celle d’un bovin et rien, pas même les larmes de sa mère, ne le fera fléchir. Le vingt-cinq avril 1954, seul et à pied, Fransisco s’enfonce dans la nuit sans se retourner, laissant le passé se perdre derrière lui. Ainsi, pendant des mois, son itinéraire est incertain et les versions ne coïncident que rarement, qui font de lui tantôt un vagabond au grand cœur, tantôt un bandit de grand chemin. On raconte qu’il est parti vers le nord et n’a pas tant vécu de son travail que de la crédulité de ceux qui ont croisé sa route. Le nord est une lanterne dans une nuit d’été, qui l’éblouit et l’attire, et il trace vers lui une ligne brisée. Il ne s’arrête que rarement dans les villages, quand il a trop besoin d’argent ou de compagnie. Il se tient à distance des étables et des éleveurs. Quand il doit travailler, il accepte tout et n’importe quoi sauf de s’approcher d’un ruminant. Des compagnons rencontrés sur la route, il apprend les idées et les rêves qui ont passé devant les yeux de Beppe trente ans auparavant, à Naples, dans les cours d’usines.
Ce que l’on sait en revanche de source sûre, c’est que deux ans plus tard, le vingt-cinq novembre 1956, il réapparaît sur la côte est du Mexique. De là, par une nuit sans lune sur une mer étale, il s’embarque pour Cuba avec quatre-vingt-un camarades. On dit qu’en 1958, il passe noël avec le Che dans la Sierra Maestre. Qu’il se remémore alors mate en main cette nuit où un boeuf réchauffait de son haleine un nouveau-né tremblant. Si l’on en croit une vieille photo jaunie au fond de quelque album poussiéreux, il semble que le premier janvier 1959, il entre dans Santiago au côté de Fidel. On perd à nouveau sa trace pendant quelques années : on le suppose resté à Cuba, on dit l’avoir croisé en Bolivie ou même rencontré à Moscou.
A seulement vingt-neuf ans, c’est un Fransisco charismatique et sauvage qui refait surface à Paris à la fin de l’année 1966. Utopiste déçu et sans illusions, il reste un homme d’action pragmatique, à la poursuite d’un idéal qu’il semble ne jamais devoir rattraper. Au fil des mois, dans les bistrots enfumés du Quartier Latin, il côtoie intellectuels bohêmes, poètes maudits et étudiants révoltés. Son itinéraire lui vaut le respect de tous et ses lumières, l’attention de chacun. Théoriciens et phraseurs envient la voix sévère et posée du militaire, l’expression ferme façonnée par dix ans d’errance et de lutte pour ses idées. Lui cherche seulement les réponses qu’élevage et guérilla n’ont su lui apporter. A défaut de les trouver, il rencontre Mathilde. A travers les rideaux de fumée et la cohue, il trouve deux grands yeux d’un bleu délavé, ourlés de noir, et ne les quitte plus. La jeune et belle étudiante de la Sorbonne, éprise de peinture et de liberté, l’aime en un instant, sans condition et sans réserve. Elle le suivra partout, toujours. On raconte qu’une nuit du mois de mai de l’année suivante, pris entre deux feux et se croyant perdus, ils s’aiment sous une porte cochère de la rue des Saints-Pères, au coin d’une barricade. Comme Mathilde jouit, les yeux fermés, les poings serrés, elle crie « mort aux vaches ! » et l’enlace un peu plus fort encore. Francisco se rappelle son vœu d’alors, riant aux éclats, perdu, ivre, suspendu au grondement irréel et furieux qui vient de la rue.
Leur fils unique Pablo est conçu cette nuit-là, et seul son prénom évoque encore, comme une réminiscence fortuite ou un hommage inconscient au peintre aficionado, le lien millénaire qui unit hommes et toros. On sait peu de choses à son sujet : principalement qu’il grandit à Paris, rive gauche, entouré de livres et baigné de langues étrangères ; qu’il est aimé par ses parents et choyé par sa famille maternelle, en digne héritier d’une longue lignée de la bourgeoisie versaillaise dont les racines remontent aux lendemains de la Révolution française. Lui aime le jazz des Miles, Canonball et Coltrane, mais aussi Sergent Pepper’s, David Bowie ou le Dark side of the moon. Cinéphile élevé au creux de la nouvelle vague, on parle de lui comme d’un jeune homme intelligent, curieux de tout et enthousiaste. En dépit des voix qui lui parlent de Droit et de Médecine, il choisit les lettres modernes et l’anglais. Il défend avec les honneurs un doctorat es littérature américaine contemporaine intitulé « La figure animale et le visage de la Mort dans l’œuvre d’Ernest Hemingway ». Le rendez-vous avec son destin arrive l’été suivant. Pour fêter le récent succès et la publication honoris causa de son mémoire de thèse, sa copine espagnole l’emmène en Navarre sur les traces du Soleil se lève aussi. A la rencontre de la famille et des traditions de Leire, liane brune aux longs cils, ils descendent à Pampelune pour la feria de San Fermin.

C’est là qu’au petit jour, au coin d’une ruelle du vieux centre, passablement éméché par une nuit d’alcool et d’excès, il meurt dans la cohue et l’hébétude générale, piétiné et la rate perforée par un coup de corne perdu.

lundi 5 janvier 2009

me llamo Delphine

"Me llamo Delphine" nació de mi encuentro con una obra original de la escultora Natália Tomás (http://nataliaescultura.blogspot.com/). Me fascinaron la postura, la mirada y el no-sé-que ambiguo que se desprenden de ella. Empezamos un juego con Natália, imaginando lo que podría ser su vida. Para mi Delphine ya no es niña sin ser mujer aun, como en la definición que da Truman Capote de Tiffany (de memoria y traduciendo del francés...) "una mujer de estas que han salido de la infancia ya sin haber entrado aun en la edad adulta ; por eso le daba aproximadamente entre 16 y 29 años". La sensación que me transmite oscila entre dinamismo e inmovilidad, levedad y melancolía, convicción y duda. Todo eso me llevó a escribir estas tiras. Me la imagino ingenua, transitando su vida entre pasividad y determinación, siempre con el recurso de su sabiduría barata. Usé las 4 mismas imágenes en todas las tiras, en el estilo de los cómics del OuBaPo (OUvroir de BAnde dessinée POtentielle), particularmente el trabajo de L. Trondheim, en los años 90...








mardi 30 décembre 2008

le carnet de voyage (1) - avril à septembre 2007

Semaine 1 – Malaisie – 2 mai 2007
Tout d’abord, désolé pour ceux ou celles qui ne sont pas tout à fait à l'aise avec le français : j'essaierai de donner des nouvelles en anglais ou en espagnol de temps en temps... Premier épisode des aventures dans le sud-est asiatique ! En Malaisie, donc.
Je ne m'attarde pas sur le voyage : vol low-cost un peu miteux vers Bahreïn, escale de 5... euh non, 6... euh non, 6 heures 30, dans un aéroport hallucinant : un mélange de luxe un peu trop clinquant (genre : "mes pétro-dollars sont plus gros que les tiens, fillette") et très très kitsch, les deux n'étant absolument pas incompatibles, bien au contraire ; avec des détails troublants dans le plus pur style je-ne-sais-pas-trop-qui-a-eu-l'idee-de-décorer-le-mur-derriere-cette-fontaine-de-champagne-avec-des-bambis-en-or-massif. Bien… Une petite bouteille d'eau tiède et une playstation3 (formula one en démo) m'ont tenu éveillé et le taux de change local du dollar m'a tenu le ventre vide... ah, oui! Seul gros avantage de la déco à la mode de Bahreïn : les abominables valises à roulettes qui pètent les oreilles et les nerfs (brolo-brolo-brolo-brolom) dans tous les aéroports et toutes les gares du monde sont ici réduits au silence par l'épaisse moquette grand luxe aux motifs imitation tapis d'orient (comme quoi contrairement au stupide adage gaulois et xénophobe, on peut avoir du pétrole ET des idées). Passons... Après avoir acheté un sublime et fort pratique rasoir électrique Remington A PILES (mon Dieu, pourquoi ne les a-t-on encore importés en Europe?) - qui a comblé tout a la fois mon besoin compulsif de consommation pour une petite quinzaine d'euros dans un pays où le luxe étale avec complaisance des prix qu'on confond trop facilement avec la date, et celui, moins futile, d'égaliser une barbe déjà envahissante - le trajet Bahreïn-Kuala Lumpur s'est bien passé entre somnolence et mauvais films, et l'arrivée en ville aussi. Mais j'y reviens tout de suite…
Pour l'instant, je suis a Kangar, dans la province du Perlis (extrême nord, tout près de la Thaïlande) où je suis venu pour escalader avec des potes d'Arnaud (Arnaud Anty, pour ceux qui le connaissent ; une grosse perte pour tous les autres) : Fang (un malais chinois qui me fait penser à un héros de Kitano, grand gamin hard core un peu désabusé), Arnaud qui est venu de Manille pour les 4 jours, et aussi Nina (une malaise musulmane, autoritaire et psycho-rigide, catégorie qui veut et doit absolument décider les horaires de lever, coucher et prise alimentaire de l’ensemble de la petite équipe pour se sentir en vie) et Olie (un allemand taillé dans le marbre de Marpessos, son petit ami secret, catégorie « mes parents ne doivent jamais l’apprendre mon amour, car même si tu es incroyablement beau et bien fait, tu n’es au fond qu’un vulgaire chien d’infidèle » - il vend des camions Mercedes-Benz en Malaisie), Mark (un anglais à l’accent de Bristol et au dos gris, quadragénaire pince-sans-rire très attachant, qui programme les feux de signalisation des trains en Malaisie) et Fieda (sa copine, une malaise chinoise, web designer, prof de yoga et adorable), Yann (un allemand peu bavard mais jovial qui construit des routes ou quelque chose comme ça), Sabina sa femme (est-allemande qui parlait allemand et russe mais avec qui on a bien déconné quand même, en langage international et en gesticulant) et leur fils de 5 ans, Till (qui grimpe aussi bien que nous tous, d'ailleurs, l’insupportable petit garnement). On s'est entassés à 7 dans la suite royale de l'hôtel de Kangar qui coûte environ... 50 euros la nuit (en tout et pour tout, avec 2 petits déjeuners inclus, qu'on a hésité à partager en 7 mais faut pas pousser quand même) et on a fait la queue pour les chiottes et la douche, dans une bonne humeur et une décontraction que je n'aurais pas crues possibles. Il fait plus de 30 degrés toute la journée, il pleut comme il pleuvait sur l'arche du vieux Noë environ 2h par jour, en général entre midi et 16 heures, en plein milieu des sessions de grimpe. Il faut donc ranger toutes les cordes à toute vitesse à ce moment-là, en courant, et attendre dans une grotte que ça s'arrête. Heureusement, les grottes ici c’est un peu comme les merdes de chiens sur les trottoirs de Toulouse et la roche sèche vite... et puis ça nous rafraîchit un peu.

Le site d'escalade est incroyable, comme les montagnes des encres de Chine chinoises (ou japonaises, je sais pas. Mais je trouvais rigolo d’écrire encres de Chine chinoises) : une énorme masse de calcaire sortie de nulle part au milieu des paddy-fields de riz et de la forêt, percée de toutes parts de grottes, cavernes, tunnels et boyaux qu'on traverse pour accéder aux différentes faces, avec des tas énormes de chiures de chauves-souris (extraites et compactées en briquettes, je suis sûr qu'on tient le combustible du 21ième siècle ; avis aux investisseurs audacieux) et de vieilles échelles de bois et de cordes pour arriver au pied des voies... la forêt pousse à toute vitesse, les champignons mesurent 60cm de haut et si on est pris de l'idée idiote d'arracher les arbustes qui poussent au pied des voies ou sur les chemins d'accès (ce que n'a pas manqué de faire l'allemand athlétique vendeur de Mercedes-Benz - il n'y a pas de germanophobie primaire dans mes propos, c'est un récit objectif - afin de nous constituer un petit camp de base propre et tiré au cordeau, en sifflotant le pont de la rivière Kwaï), on a les mains qui brûlent et qui cloquent pendant plusieurs heures. Hé hé hé. Il faut apprendre à lire les signes de la nature et éviter de toucher à ce qui a des poils, des taches de couleur vive et un latex visqueux à la surface (un moyen mnémotechnique facile : des poils, des taches de couleur vive et du latex, c’est comme un travesti techno à la Love Parade, et il ne vous viendrait pas à l’idée de toucher son costume. Bin les plantes en Asie, c’est pareil) : tout a un prix ici bas, et la sagesse aussi... Seul inconvénient du site : il y a de gros scolopendres rouges qui aiment prendre le soleil sur les rochers et le frais dans les prises où l'on met les doigts. Hum... ils sont dégueus mais gentils et pas (trop) urticants. On a fait de très belles voies sportives, des 5c de chauffe puis des 6a et 6b assez longues et élégantes. En tête, bien sûr. J’ai même fait en second, avec du sang et des larmes, et au détriment du style, les 2 tiers d'un 7a+ en dalle... hier matin, Fang s'est ouvert 2 doigts sur un bout de caillou qui s'est détaché de la paroi (seul autre défaut du site : les loose rocks, autrement dit, le calcaire est pourri et s'arrache facilement), et je me suis fait, sur un mouvement un peu bestial, une petite entorse du genou. Pom pom pom... on a donc calmé le jeu pour l'après-midi et je me suis offert un jour de relâche aujourd'hui, fête du travail pour les braves du monde entier. Puis mis en quête d'un ordi connecté à Internet. Si fait.
Côté culturel : la bouffe locale est incroyable (poissons frais mijotés au jus de fruit et épices, toutes sortes de soupes de nouilles, de ragoûts de nouilles, de plats de nouilles, un peu, beaucoup, passionnément épicés, de la cardamome fraîche (jamais essayé avant ; délicieux), légumes et fruits improbables, façon oeuf de dragon mais en plus bizarre, riz grillé avec toutes les garnitures possibles etc. en fait, chaque ethnie (Chinois, Malais et Indiens) a ses plats et ses recettes... mes coups de coeur pour l'instant : le roti canai, sorte de crêpe découpée en petits bout et servie avec différentes sauces pour tremper, le satay, petite brochette de poulet ou de boeuf, servie avec une sauce sucrée-salée aux cacahuètes pour tremper dedans, et le teh tarik, boisson phare des mamaks, les petits points de bouffe indiens musulmans : c'est du thé allongé au lait condensé, servi moussant et fumant. Super sucré, délicieux au début, écœurant à la fin mais incontournable! Tout ça se mange dans la rue, à toute heure ou presque et pour un prix qui reste très loin en-dessous de celui d'un espresso à Paname... Ceci dit, retour à KL : les couleurs sont magnifiques, l'architecture pour le moment, est indescriptible : une accumulation de vieux et décati, de quasi-bidonvilles, d'ultra design, tout à tour très asiatique, hindi surchargé en couleurs, musulman luxueux ou western-style un peu passé de mode. Ça donne l'impression d'un entassement erratique, à la limite du mauvais goût mais tout à fait réussi, entre des choses sans rapport. L’explication? Peut-être le fait que les 3 ethnies dominantes (musulmane "malaise originale", indienne et chinoise) se mélangent assez peu (pour ce que j'ai vu pour l'instant) et ont des modes de vie, des cultures et des coutumes assez différentes. Même les quartiers et les niveaux sociaux rappellent un peu les bonnes vieilles castes d'antan, si vous voyez ce que je veux dire. Re-hum... Ah oui ! Plus anecdotique mais bon : les gens ici n'ont jamais vu de cheveux frisés, on dirait. Et ça les fait beaucoup rire et sourire. Un gars m'a arrêté dans la rue pour demander si je l'avais fait faire ici ou en Europe avant de venir parce que ça coûte tellement cher ici de faire friser ses cheveux : je crois qu'il ne m'a tout simplement pas cru quand je lui ai répondu que c'était naturel. Eh eh eh. Voila, c'était pour le chapitre polissage d'ego a la main, j'ai fini. Autre déclinaison locale d'un thème asiatique fameux : les moustiques. Moins d'une semaine et je suis déjà couvert de piqûres. Faut dire que le pschit-pschit sent tellement mauvais et que la sensation sur la peau est tellement désagréable (collant et poisseux), et que les locaux s'en fichent tellement des moustiques (ils disent tous qu'il n'y a vraiment, vraiment pas de paludisme en Malaisie), que je ne suis déjà plus très scrupuleux... en plus, ils disent tous que le soja, très riche en vitamine B, les éloigne naturellement. Allons bon, manquait plus que cette vertu extraordinaire au soja : après le syndrome de féminisation, la gynécomastie, l'allongement de l'oestrus et la réduction de la spermatogenèse, voilà qu'il éloigne les moustiques. D’ici à ce qu'on vienne nous raconter qu'il permet en outre de constituer une sauce aigre et salée qui accommode merveilleusement tous les plats asiatiques...
Mon premier couchsurfer indien, Gurpreet, et son frère Khabir chez qui j’ai habité, étaient fantastiques et très rigolos, je les reverrai sans doute dans la semaine, et le reste s'organise peu a peu. Des nouvelles dès que j'en saurai plus. Voila pour l'instant : c'est tout et c'est déjà sans doute très long. Prenez soin de vous et à bientôt.

le carnet de voyage (2) - avril à septembre 2007

Semaine 2 – Malaisie – 10 mai 2007
Deuxième épisode : en Malaisie, toujours... On en était restés à la fin du climbing-trip à Bukit Keteri. Retour en Mercedes, la grande classe, tout le confort possible ou presque, et une arrivée en douceur le mercredi soir vers 18h à la gare de KL. Seule ombre au tableau, ce genou qui me fait mal et pas vraiment de plan B pour m'occuper sans me dépenser. Je ramasse donc mes sacs, erre dans Chinatown une dizaine de minutes et entre dans une auberge de backpackers recommandée par le LonelyPlanet. La nana est souriante, il y a des chambres, une consigne à bagages et... consigne à bagages... il m’a fallu 3 minutes pour prendre la décision. J'ai laissé mes affaires (sac encombrant et lourd avec tout dedans) sauf 2 tee-shirts et le minimum vital : tapis de sol et moustiquaire, drap, maillot, trousse de toilette... et ai filé à la gare routière. Un bus de nuit à 22h pour Kota Bahru, à l'autre bout du pays et en avant ! Lendemain matin, 6 heures, je finis par trouver deux anglais qui cherchent à partager un taxi pour la gare des ferries. On part donc ensemble, on saute dans le premier ferry et vers 11h du matin on est aux îles de Perhentian, les pieds dans le sable, face à un mec qui veut nous louer des bungalows pour 30 ringgits par jour - 6euros. vendu !

Perhentian, c'est un peu le paradis sur terre : petite île, eau transparente, sable blanc et blocs de granite, coraux et poissons, quelques cabanes en bois complètement décaties entre le sable et la jungle. Des cocotiers, des routards et des plongeurs. Des barbecues sur la plage tous les soirs, du barracuda, du requin, du marlin... Mon cabanon sur pilotis en planches disjointes héberge une famille de geckos gris à pois rouges sous la tôle ondulée du toit, j'ai pendu ma moustiquaire juste à l'endroit où ils ont l'habitude de venir chier et suspendu mon sac a dos à une poutre pour l'isoler de mes divers colocataires à 6, 8 ou 1000 pattes. C'est le pied. La salle de bain, commune, se compose de 4 grands panneaux de tole (il y fait rarement moins de 40 degrés) pas jointifs, dont l'un est mobile (la porte) et d'un tuyau en PVC qui amène directement, via un robinet type cubitainer et sans pomme (à quoi ça sert, hein ?) l'eau d'une citerne à pluie. Donc avant la douche, on sent la sueur et après la douche, le croupi. Mais c'est cool. Comme la chiotte est là aussi, dans le mètre carré de la douche, on nettoie la cuvette en se lavant, et on fait sa toilette intime dans la foulée... astucieux, non ?

Premier jour, découverte de l'île et de ses hôtes : des hippies, des varans aquatiques absolument pacifiques mais putain, j'ai croisé le premier après 40 minutes environ, à quelques mètres de la salle de bain et il mesurait plus de 2 mètres, j'ai fait un bond qui l'a littéralement stupéfié. Il m'a regardé avec l'air du mec qui comprend vraiment pas pourquoi pas on se met dans des états pareils et s’en est allé en soupirant. Pour être honnête, ma première idée a été quelque chose comme 'ça ne peut PAS être un VRAI varan sauvage ; il faut que ce soit la mascotte du bar d'à côté, ou quelque chose comme ça''. Mais non. J'en ai croisé une dizaine dans l'heure suivante. Ils sont gentils, quoique peu enclins au bavardage.Le lendemain, sortie snorkeling organisée avec un groupe d’inconnus, une dizaine, dont 5 Français. Tant pis. Notamment 2 meufs 'gentilles' (dans ce que cet adjectif peut avoir de plus négatif, hélas), qui « travaillaient dans la mode ». Dieux du ciel. « Non, moi s’tu veux, je travaille dans la mode, tu vois » (ah, et pour la connerie, tu travailles dans la profondeur, non ?) Comprenez qu’elles étaient vendeuse et caissière chez Vuitton à Bruxelles et chez Dior à Paris, respectivement. Des BO-BE, en quelque sorte, bourgeoises bé-bêtes. Mais passons, il y avait plus intéressant. On a tous nagé avec des méduses, pour commencer et se mettre en jambes. Le guide se marrait en nous filant du jus de citron, ça apaise, parait-il (mon cul, ça n'apaise rien du tout). Et puis, miracle, le dieu du tuba a tendu vers nous une palme compatissante : j'ai nagé une minute juste au-dessus d'une tortue énoooorme, à effleurer sa carapace sans oser ni vouloir la déranger plus, complètement fasciné par ce moment absolument magique... puis on a vu des coraux et des poissons magnifiques et sublimes et de toutes les tailles et toutes les couleurs imaginables. Ne me demandez pas les noms, je n'en ai pas la moindre idée. Puis le guide nous a emmenés voir des bébés requins, et on n'en a pas vu un seul. Jusqu’à ce qu’il nous gueule un truc, et qu’en s’approchant et on tombe sur le couple de parents : 2 reef sharks (pas méchants) de 2,5m à peu près. Nom de Dieu de nom de Dieu de sensation grisante d'excitation et de peur panique mêlées. J'en ai mordu mon tuba si fort que je pense qu'il s'en souvient encore. Parce qu'enfin, je dis 'pas méchants' mais dans l'eau et à quelques mètres de distance, ça ressemble quand même comme 2 gouttes d'eau à un requin méchant. La seule différence c'est qu'ils n'attaquent pas l'homme, un moyen infaillible de faire la diagnose. Coooooool ! Le reste de l'île ne mérite pas qu'on s'y attarde, villages de pêcheurs jolis et ignorés par les touristes, collines couvertes de jungle ignorées par les touristes, criques désertes ignorées par les touristes… Le paradis terrestre a rapidement commencé à m'emmerder.
C'est Jean-Claude Lavie, il me semble, dans son bouquin pour lequel j'ai du vous bassiner et rebassiner (L'amour est un crime parfait), qui corrigeait avec beaucoup d'intelligence la phrase de Sartre. L'enfer, qu'il dit, ce n'est pas les autres. L’enfer, c'est d'être seul au milieu des autres. Et comme il a raison. Le paradis seul ? Jamais. Plutôt l'enfer avec quelques potes et une bonne bouteille de Laphroaig. Heureusement, je n'étais pas tout à fait seul. Ma voisine de bungalow taudis s'est prise d'affection pour moi : Polonaise, post-hippie mystico-folle et quinquagénaire, opulente, généreuse et venue 'en célibataire' (en français dans le texte) ; on a pas mal trainé ensemble. Elle avait mal aux bronches, j'avais de l'ibuprofène ; elle avait la fièvre, j'avais du paracétamol, elle cassait ses lunettes, j’avais un petit tournevis etc. Elle était venue ici en 87, et à Phuket en 89, et c'était quand même mieux alors. Son premier mari était chirurgien et l'avait poussée à arrêter l'enseignement pour ouvrir un centre de théâtro-thérapie pour enfants sauvages en Pologne. La suppression des subventions du gouvernement l'avait obligée à plier boutique après seulement 5 ans... Elle était donc entrée à l'UNESCO comme coordinatrice de projets pour l'enfance et la culture en zone sud-est asiatique. Après 9 ans passés entre le Laos, la Thaïlande, les Philippines et la Malaisie, elle avait jeté l'éponge et vivait pour elle, d'île en île, avec ses palmes et son tuba. Incroyable. Des heures à l'écouter raconter sa vie étonnante et celle, plus rangée, de sa fille, qu'elle voulait absolument que j'aille rencontrer à Oslo : ''she's afraid with life, you know. she don't want fight. You know she not struggle and not opposition. she need man strong personnality, you know. confront. that I say to her all time. you should go meet ; you know. really.'' etc etc... Et puis bien sûr, que c'était mieux avant, que les gens deviennent bêtes et n'ont plus aucune initiative, aucun sens critique, que la télé leur mange la cervelle... fantastique... des heures de bonheur à chier sur ce monde pourri, le cul dans le sable blanc d’une des plages les plus belles de la planète... hé hé hé. Je vous jure, faut pas avoir honte !

Mais au bout d'un moment, l'île, ça allait bien. Le dimanche 6 mai sur le coup de 16h (donc environ 10 du mat’ en Europe), j'ai repris un bateau vers la terre, puis un taxi partagé avec 3 américaines hautaines et nunuches, pour aller m'entasser dans une backpackers' house de Kota Bahru, et me coller avec une soupe de nouilles devant Internet, élections obligent. 2 soeurs parisiennes (des soeurs de famille, pas des bonnes soeurs) sont venues se joindre à moi, on a bu du lait de soja et attendu en interrogeant Google, pour finalement trouver vers minuit, sur le site du Temps, journal suisse, les résultats d’un sondage non diffusable/non diffusé en France : réalisé jusqu'a 17h30 en sortie de bureaux de vote parisiens, il donnait 75% de suffrages exprimés, Sarkozy gagnant à 54% et une fiabilité supérieure à 95%. Donc on est allés se coucher, pour constater le lendemain que c'était bel et bien vrai. Je ne vais pas m'étaler, je respecte la décision de 54% d’entre nous, mais je ce que je pense depuis, c'est qu'un peu plus d'1 Français sur 2 est bête, méchant ou crédule. Et c'est possible qu'il y en ait qui cumulent crédulité, bêtise et méchanceté. Passons...

Le lundi, visite de Kota Bahru au ralenti : kapitale du batik, du cerf-volant et de la toupie sportive. J'ai donc visité des musées avec des cerfs-volants, des toupies de sport (comme les autres mais en plus gros) et des pièces de batik, quelques mannequins en cire et habillés de batik en train de lancer des toupies ou de découper des cerfs-volants etc... Et bien sûr, le musée des sultans de Kota Bahru, avec des pièces incroyables (mais vraies) comme le décapsuleur Mickey ramené de Floride au jeune sultan par son parrain en 1977, une maquette d'A380 offerte par Jacques Chirac au sultan en 2005 et la collection de chapeaux et de miniatures de fusils de guerre du sultan. La culture a un prix qui n'est pas à la portée de toute les bourses, je vous le dis... j'ai même assisté à une démonstration de toupie sportive d'endurance, dans laquelle deux équipes doivent faire tourner d'énormes toupies de bois et de métal (toupies de sport, donc) le plus longtemps possible. A l'aide d'une corde enduite de wax et passée autour du bras pour éviter les accidents, un homme surpuissant et très très vieux (c'est un art difficile, le lancer de toupies) les amorce. Une fois lancées, on les bloque sur un socle anti-frottement et on regarde, donc, laquelle tourne le plus longtemps, ce qui dure... 1h45 environ, pour les meilleurs joueurs. Ça, c’est du sport, madame. Ça vous fait des parties d'un rythme incroyable, avec des rebondissements inattendus, et face auxquelles le curling passerait presque pour un sport de combat à la violence et au suspense insoutenables.

Fort de ces enseignements riches, je me suis tiré le lundi soir par un bus de nuit pour Penang. Bus de nuit un peu spécial, d'ailleurs, qui ne fait pas que partir et rouler pendant la nuit : il ARRIVE aussi pendant la nuit. J'ai attendu entre 4 et 6h du matin à la gare de ferries pour embarquer pour l'île de Penang où je suis encore. La ville principale, Georgetown, est un ancien comptoir de la compagnie des indes orientales. C'est magnifiquement rococo (roccocco?), dans la plus pure tradition du luxe cosy colonial, toujours de bon goût. Mais désormais décati et croulant. Un peu dandiesque et décadent, un peu vieux bourgeois en fin de règne. Un beau fort, des maisons magnifiques, des shop-houses, ateliers et entrepôts aux enseignes rouillées, défraîchies et où se mêlent les influences indienne, chinoise, thaï et malaise. Une atmosphère tout à fait charmante et un rythme délicieux. Ah ! Les effets positifs de la colonisation. Ahum... Après avoir arpenté le centre-ville à pied et m'être fait violence pour ne pas photographier CHAQUE maison en ruine, CHAQUE volet ou store rouillé, CHAQUE triporteur à pédales chargé de cartons douteux, j'ai finalement loué une moto et me suis lancé à l'assaut de l'île. La moto est une chose différente en Asie, je viens de l'apprendre. J'ai choisi une boite manuelle, comme les vrais, les bikers, les purs et durs, ceux qui portent des culottes et des bottes de moto, des blousons de cuir noir avec des aigles sur le dos. On m'a donné une Honda surprenante : 110cm3, monocylindre 2 temps, boite séquentielle de 4 vitesses, toutes vers le bas. Pas d'embrayage, pas de point mort. Et en plus, on roule à gauche. Enfin, la consigne, c'est de rouler à gauche. En pratique, on fait ce qu'on peut et on klaxonne. Les gens sont trrrrrrrrès courtois et les accidents sont plus rares que ce qu'on pourrait raisonnablement espérer. J'ai donc pu aller voir un jardin botanique plein de macaques et d'orchidées, des temples, des mosquées, des églises, des pagodes, un temple aux serpents, sans un seul serpent dedans (normal Sahib, on les laisse entrer dans le temple que la nuit, quand les visiteurs sont partis, sinon c'est trop dangereux, tu comprends, Sahib...), un parc naturel avec de la jungle et des criques désertes, des villages de pêcheurs etc. J'ai eu un rendez-vous avec une couchsurfeuse chinoise, au marché du village où travaillent ses parents, pour goûter tout ce que l'île compte de spécialités, aller acheter des crevettes fraîches et visiter les vergers et cultures de ses parents, maraîchers de leur état. Incroyable, fantastique.
Côté culturel : c'est de plus en plus incroyable ce que je bouffe (oui, je sais, j'ai des notions de la culture assez abdominales) dans ce pays ! Cette fois-ci, le riz bleu au poisson, le pisang murtabak (une sorte d'omelette-crêpe à la banane) et le laksa penang, une soupe de nouilles de riz épicée avec des bouts de poisson un peu douteux. J'ai goûté un truc incroyable : les chinois de Penang font un sirop glacé avec la pulpe du lao-hao. Son noyau, séchée, n'est autre que... la noix de muscade. Ca donne un putain de sirop ultra fort, qui fait mal au bide et à la tête en 2 minutes, même qu'il en reste encore plein à boire après ça et qu'on veut pas offenser son hôte... Et pourtant Dieu sait que j'aime la muscade et que j'en fourre dans tout ! Autre chose ? Ah oui ! Et je termine sur ça : j'ai enfin goûté le duryan. Le roi des fruits selon les Malais. C'est réputé très fin, très raffiné. Un met de prince. Alors bien sûr, d'accord, ils en conviennent, le fruit mûr sent mauvais (ça pue le chien mort). Mais alors, mauvais. C'est bien simple, tu marches dans la rue en Malaisie et tu as la sensation tout d'un coup qu'il y a un amas de chiens morts d'entérotoxémie depuis plusieurs jours juste à côté de toi. Tu tournes la tête et tu trouves invariablement un étal de fruitier qui vend des duryans. D’ailleurs, c'est interdit d'en introduire dans les hôtels ou les auberges en Malaisie, tellement ça pue ! Eh bin, je l'ai goûté. Et, surprise, ça produit exactement en bouche l'effet que ça produit dans le nez. C'est comme manger une dizaine de chiens morts d'entérotoxémie depuis plusieurs jours. Dieu du ciel, tous les goûts sont dans etc etc... En rentrant à Georgetown ce soir (18h), je suis tombé sur un temple bouddhiste immense, sur la colline qui surplombe la ville. Ils étaient en train de fermer mais j'ai pu entrer et me balader un instant, le nez en l'air, fasciné, jusqu'à me trouver nez-a-nez avec une déesse de 36m de haut (tu avais raison Guilhem, mon bouddha de 5m au Japon était ridicule), toute dorée au soleil couchant, en train de nous regarder avec un air bienveillant. Son sourire m'accompagne encore et je vous l'envoie donc, plein d'espoir et de lumière... Voilà. Désolé pour ce mail outrageusement long ; prenez soin de vous tous - individuellement, et dans la mesure de ce que la morale autorise, mutuellement - et a bientôt. Keamanan!