J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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dimanche 23 septembre 2012

GCDBMDD # 4 : The Band "The Last Waltz" (longbox edition 4CD)



Thème du jour : Playtime
Faut qu'ça joue, man 

Ce fut sans doute l'un des concerts les plus tristes de l'histoire du rock. L'un des meilleurs, peut-être pas, l'un des meilleurs de The Band, peut-être. Il y a tellement d'émotion et de feeling dans l'interprétation de leurs grands classiques (tous présents ou presque dans cette "intégrale" du concert, manque juste King Harvest (has surely come) s'il fallait glauser), chacun savait qu'ils les jouaient pour la dernière fois. Tous étaient émus, tristes, nostalgiques et voulaient en profiter encore une fois, encore... sauf cette andouille prétentieuse de Robbie Robertson qui avait saboté le groupe.

Môssieur Robertson avait des ambitions cinématographiques, à force de traîner à L.A. (notamment avec Martin Scorcese qui réalisera le film du même nom, superbe soit dit en passant). Môssieur Robertson l'avait déjà fait savoir dans l'album Cahoots ou il tentait de réviser son songwriting (comme on dit chez les Inrockuptibles) dans cette optique.

Assurément l'album le plus nul du groupe. Toc.

Suite à quoi, Môssieur Robertson tenta l'album de reprises, avec notamment celle de The Third Man (le cinéma, encore), et dut admettre, mais un peu tard, dans Northern Lights/Southern Cross qu'il était limité par une marque de fabrique, une façon d'envoyer les chansons. Ce qu'on pourrait qualifier de style, si l'on voulait l'honorer, mais Môssieur Robertson fut du coup convaincu que ses paysans d'acolytes lui barraient la route vers de meilleures destinées.

Et les autres, ne vivaient que par la musique, pour la musique (et leur facilité à accompagner tout le monde ce soir-là le prouve aisément).

Péquenots.

Si lui, Môssieur Robertson n'avait pas rencontré Dylan en 1965, ils seraient encore à faire le tour des bars à putes au fin fond du Canada.

Et peut-être auraient-ils été plus heureux que ce soir de 1976, au Winterland, ou Levon Helm dut faire appel au chantage ("Muddy Waters joue ce soir ou alors je pars avec lui à New-York et tu te démerdes avec ta dernière valse !"), tout ça parce que Môssieur Robertson aurait voulu laisser plus de place à cette andouille de Neil Diamond, dont il venait de produire un album (Beautiful Noise), lui apportant une caution "rock" et un Martini assuré dans toutes les piscines de Mullholland Drive.

Muddy Waters joua, finalement. Et magistralement. Comme tant d'autres ici (la version du Caravan de Van Morrison est dantesque et mémorable), et c'est pourquoi malgré toute cette puanteur cadavérique marketing tournant autour du projet, je vous propose ce disque. Pour un Neil Young cocaïné jusqu'à la moëlle délivrant un Four Strong Winds (des Canadiens, respect, Ian & Sylvia, et Ian Tyson était dans la salle, merci pour lui, Neil) et un Helpless émouvants au possible (Joni Mitchell assurant les choeurs backstage sur Helpless) . Pour un Dylan taquin et retors (refusant de se faire filmer cinq minutes avant d'entrer en scène pour ne pas nuire au succès de son son navet cinématographique Renaldo & Clara, faisant du coup faire pipi dans sa culotte à Môssieur Robertson mais démarrant - et terminant - son set par la version électrique de Baby Let Me Follow You Down façon 1966 et idem rejouant I Don't Believe You dans le même esprit, Robbie Robertson oubliant un instant son ego devant le Maître et lâchant des soli démoniaques, Garth Hudson toujours prêt à enrober le tout), pour la version dantesque de It Makes No Difference chanté par le merveilleux Rick Danko avec une émotion incroyable dans la voix, pour Clapton dont la sangle de guitare lâche en plein solo et qui continue, morbleu, parce qu'on va pas s'arrêter pour autant, etc. etc.

Je dois donc avouer que Robbie Robertson joue diablement efficace, tendu, nerveux et concis comme jamais - ou comme toujours, et qu'on a eu la bonne idée de débrancher son micro afin qu'il ne gâche pas tout en couinant dedans.

Alors en résumé, du début à la fin (je mets juste un bémol sur l'intervention de Neil Diamond), oui, putain, ça joue, man ! Avec ses tendus (Van Morrison, Ronnie Hawkins...) et ses déliés (Joni Mitchell, Neil Young...). Et les cuivres d'Allain Toussaint sont là aussi, comme au bon et déjà vieux temps de Rock Of Ages ! Et je vous passe les invités Deluxe dont on n'a rien à faire (Ringo Starr, Ron Wood, Steven Stills... dont on espère qu'ils auront apprécié les petits fours). Et même si le 4ème CD (sessions studios pour d'idiots vidéo-clips insérés dans le film, répétitions et maquettes) est largement dispensable (hormis, peut-être The Weight avec les inoubliables Staples Singers, gospell à souhait, mais encore...), le reste vaut son pesant de sirop d'érable et de whisky moonshine.

Au jour d'aujourd'hui, l'autre andouille (vous avez compris de qui je parle) et le fêlé Garth Hudson (organiste dantesque, fou des claviers) sont les deux seuls survivants : Richard Manuel, suicidé, Rick Danko, infarctus, Levon Helm, cancer. Je ne suis pas un spécialiste de la statistique médicale, mais, au moins pour les deux premiers, la fin de The Band, malgré des reformations sans l'autre idiot malheureusement talentueux, précipita les choses.

Et que dire du film, dans ces instants où Scorcese interviewe le groupe : Et qu'allez vous faire maintenant ? Regards vagues, fuyants de Richard Manuel... silences... Rick Danko tripottant une table de mixage, semblant croire à la promesse de cet enc... de qui vous savez comme quoi le groupe continuerait d'une autre manière... La mort du cygne, en direct. Le succès, la gloire, dit-on, ne dure qu'un temps.

Thank you very much... Good Night... Goodbye...

Pour The Band, cela aura duré au moins trois temps. Les trois temps de la valse.

Au premier temps de la valse...

Au deuxième temps de la valse...

Au troisième temps de la valse...

Une valse à quatre temps ?

mardi 31 janvier 2012

#113: Bob Dylan & The Band "A Tree With Roots"

On le sait, Levon Helm a remballé ses toms, rangé sa caisse claire et quitté la célèbre tournée de 1966 de Dylan, parce "que c'est n'importe quoi d'être payé pour se faire insulter tous les soirs par le public". Levon Helm n'en avait rien à faire du buzz et de la hype. Dans le sud des Etats-Unis, on est payé pour un boulot bien fait, après une poignée de main virile et un petit verre de booze pour fêter ça. Pas pour faire le guignol devant des folkeux mal baisés et se faire descendre dans les journaux.

Alors il a hésité quand Robbie Robbertson l'a invité à revenir, en 1967, pour faire de la musique dans la cave d'un Dylan officiellement mourant suite à son pseudo-accident de moto. Loin, à l'époque, de tout le buzz qui a pu entourer Woodstock quelques mois/années plus tard. Et puis il est venu.

- Il est où, Bob, là ?

- T'inquiète Levon, il est remonté chez lui, il écrit une chanson. 'devrait revenir dans un quart d'heure. Bon, les gars, en attendant, on se fait un petit Johnny B. Goode ? Un peu marre de ses reprises de Ian & Sylvia. Oh, t'aurais été là hier, qu'est-ce qu'on a déconné, on s'est bien marrés ! Ca fait plaisir de te voir, en tous cas, tu vas voir, c'est délire ici !

On ne compte pas le nombre de groupes ayant répété dans une cave, mais on en compte peu à avoir ratissé autant de matériel. Reprises incongrues de traditionnels (Banks Of The Royal Canal, au hasard), chansons absurdes (Yeah ! Heavy And A Bottle Of Bread), reprises (Four Strong Winds, au hasard, là encore) et chefs d'oeuvre (I'm Not There, Tears Of Rage, This Wheel's On Fire, etc.). La question, c'est de savoir dans quel but (?) et pourquoi tout cela a été enregistré grossièrement sur un magnéto à bandes 2 pistes.

Les réponses sont sans doute multiples.

D'abord, ça devait être cool. Emotionnellement intense. Garder un souvenir de ces journées débridées et joyeuses, tout simplement.

Ensuite, l'idée de Dylan me paraît aujourd'hui claire, pour moi. Après avoir digéré tout le répertoire traditionnel américain, puis tout Woody Guthrie, pour se faire un nom et - faute d'être Elvis à la place d'Elvis - de devenir le chantre du folk, ce qui convenait mieux à sa tronche d'apoplectique et sa voix, euh... particulière, après avoir utilisé sa renommée pour s'autoproclamer poète rock, et dépasser Elvis, l'étape suivante consistait à s'effacer purement et simplement, et se sublimer au travers de ses chansons reprises avidement par tant de prétendants. Genre, je ne suis plus un homme, je suis tout simplement la musique américaine. Ces sessions avaient donc pour unique but de sortir une démo potable de 10-15 chansons sur laquelle se jetteraient tous les groupes à la mode (ce qui, bien entendu, dépassa son espérance, on ne les compte plus, les reprises de ces sessions, citons simplement le Mighty Quinn de Manfred Mann). Pendant ce temps, le nouveau Voltaire cultiverait son jardin, ferait des gosses et toucherait les chèques en même temps que l'immortalité artistique.

Mais pour cela, il devait comprendre, et donc jouer. digérer. re-écouter. Se re-créer cette République Invisible dont parle si bien Greil Marcus, pour proposer ces chansons définitives. D'où ce mélange de reprises, préalables à leur sublimation dans ses nouvelles chansons. On l'imagine re-écouter tout ça, voir quels accords, quelles phrases font le truc. Et hop, à la machine à écrire.

Son entreprise fut quelque peu galvaudée par la naissance, du coup, des bootlegs. Le premier à paraître fut Little White Wonder, certifié disque d'or sous le manteau. Eh ouais, malgré tout, du Dylan sans Dylan, ça n'a pas satisfait tout le monde. Il y avait un marché à prendre, ou une liberté à revendiquer (selon la police ou les manifestants), de quel droit tout cela resterait-il à la seule disposition des maisons d'édition ? Amis bloggeurs, il me semble cette question reste d'actualité.

Par ailleurs, les premiers à retenir la leçon et à profiter (et faire profiter) largement du concept, ce fut The Band. On a loué à juste titre leur capacité à synthétiser multiples influences pour créer cette musique si géniale sur leurs premiers albums. Tout est là, la genèse du concept, je veux dire.

Les réguliers de ce blog de plus en plus vagabond me diront que je me répète, j'ai déjà dit tout ça à propos de l'édition officielle (et en mieux, je rouille, les gars, je rouille) de ce qui est connu comme les Basement Tapes, qu'ils m'en excusent. Dans ces périodes de trouble, je me recentre sur les bootlegs et celui-là, c'est mon quadruple disque de chevet. Dans lequel il est expliqué par le menu que la virtuosité n'est rien face au sens de la mélodie et du texte. Dans lequel on tient un moment clé de Dylan. Peut-être son plus bel effort. Son plus sincère effort. Son "foutez-moi la paix" le plus audible et le plus compréhensible.

Et c'est la plus belle édition de ces bandes que je vous propose. 4CD, 630 Mo, on peut faire plus exhaustif mais il faut savoir raison garder. A Tree With Roots mérite largement un petit bout de disque dur. Sûr que cela paraîtra un de ces quatre dans le cadre des très officielles Bootleg Series (et je m'engage à virer le lien si Columbia sort une édition décente de tout ça, mais de TOUT ça). Mais en attendant, jetez-vous sur ces sessions. Vous y découvrirez des artistes de génie, complètement loose, dans un work in progress émouvant au possible, bien plus que n'importe quel album officiel, léché, calibré, frustrant autant qu'artificiel.

C'est ici.



samedi 31 décembre 2011

#107: The Band "Rock Of Ages"

Pour un 31 décembre, quoi de plus adapté qu'un concert d'un 31 décembre ?

A l'Academy Of Music de New York, ce 31 décembre 1971, ce fut une belle soirée. Une soirée grandiose pour The Band. Quelque part, leur dernier éclat. Après trois albums majestueux, inclassables et essentiels, l'ego de Robbie Robberston se mit à croître à la vitesse de proparagtion de la petite vérole sur le bas clergé breton, et l'album suivant, Cahoots, prétentieusement cinématographique, ça l'a pas fait. Oh, il y avait bien quelques titres à sauver dans le lot. Une reprise d'un bon titre (encore inédit) de Dylan, ça reste une bonne chanson quoiqu'on en fasse ou presque (When I Paint My Masterpiece). Mais ça sentait le réchauffé. Heureusement, il y avait Life Is A Carnival. Arrangements de cuivres d'Allen Toussaint. Et là, même une chanson pas formidable, ça le fait aussi.

Et quelques fois, le manque d'inspiration, ça le fait aussi. On sort la carte joker du double live pour honorer le contrat de la maison de disques et payer les traites de la villa à Frisco, et voilà. Les 3/4 du temps, c'est purement anecdotique, mais parfois...

Allen Toussaint, justement. L'idée de Robbie Robbertson de proposer au génie d'arranger les vieilles chansons du Band, ce fut sans doute la meilleure idée qu'il eut durant les années 1970.

Il nous reste de cette soirée le célèbre Rock Of Ages, souvent considéré comme un des albums live les plus brillants, et, j'ai envie de dire, à juste titre. Pervertir ces chansons roots et rurales d'une touche black, funk et New Orleans, ce fut ce qu'il y avait de mieux à faire pour leur donner une nouvelle jeunesse. Et le groupe joue serré, comme un seul homme.

Car il n'était pas dans les habitudes du Band de se lancer dans de grandes improvisations, mais plutôt de recréer les morceaux au plus près de ce qu'ils étaient, gravés sur la cire. C'est un jeu très dangereux. Quand le groupe est en forme, ça vous envoie des torpilles dans les oreilles, ça tape où il faut, au plus juste. Mais il suffit que l'un d'entre eux mollisse (et la passion de Richard Manuel pour le Cointreau rendait ce risque palpable et de plus en plus souvent avéré), pour que tout parte en bouillabaisse. Et là, pas de filet. Impossible de claquer le solo pour faire illusion. On rumine contre le trainard, on passe pour des ventres mous et la soirée est gâchée.

Mais là, quelle soirée ! Etaient-ce (sans doute) les cuivres d'Allen Toussaint qui ont poussé le Band dans leurs retranchement ? Qu'importe. La version du Don't Do It de Marvin Gaye, d'entrée, met tout le monde d'accord. L'intro de The Night They Drove Old Dixie Down, ces quelques notes de trompette, subliment à jamais une chanson qui n'avait pas besoin de cela pour figurer parmi les plus belles jamais écrites. Sauf que la voilà (encore plus) bancale, on dirait un enterrement de 1ère classe dans le French Quarter. Et le reste à l'avenant.

Bien sûr, sur disque, tout a été retravaillé : idée géniale, on commence l'album par le rappel, quand les musiciens sont au plus chaud, histoire de mettre une grosse baffe à l'auditeur d'entrée. Martin Scorcese reprendra l'idée (private joke, sans doute), dans son Last Waltz. En ressort un live parfait, et tant pis pour les encyclopédistes. Comme disait l'autre, si la légende est plus belle que la vérité, imprime la légende.

Les encyclopédistes et complétistes pourront se repaître avec le 2ème CD gorgé de bonus, morceaux non retenus sur l'album initial, et cesser de pleurer l'absence d'Up On Cripple Creek sur le double vinyle d'époque. Les dylanophiles pourront même se faire pipi dessus, puisque sont inclues les quatre chansons que le Maître a daigné jouer avec eux ce soir-là. Qui ne sont pas fantastiques.

Les autres jetteront le CD2 à la corbeille, et se passeront le premier en boucle. D'une grande majesté.

Le reste est trop triste. Le Band ne se relèvera plus. Tout juste aura-t-il un dernier soubresaut de génie avec Northern Lights/Southern Cross juste avant l'euthanasie par leur mentor mégalomane.

C'est une histoire qui finit tristement, mais qui dans sa dernière flambée ici proposée en mettra plein les écoutilles à plein de gens - enfin, je l'espère. Cet album, c'est, de plus, une merveilleuse compilation pour les indécis, les béotiens et les radins de la bande passante, pour découvrir ce qui n'a été qu'accessoirement le groupe à.Dylan. Tout y est.

Et mon petit ego se gargarise et se satisfait à l'idée que quelqu'un, quelque part, pourrait bien commencer l'année 2012 avec The Weight. Ca ne peut être qu'une bonne année qui commence, quand on découvre une chanson pareille...

Vous savez ce qui vous reste à faire. Happy New Yaire.

Rag Mama Rag !

vendredi 2 décembre 2011

GCDBMDD #6 : The Band "The Band"

Thème du jour : C'est les emplettes, ramène ce qu'il y a de mieux

Bringing it all back home ? Quelque chose comme ça, non ? Et puis ça veut dire quoi ? Faire ses emplettes, un samedi de décembre, c'est déjà assez warrior ! Et poster derrière ??? Mais la poste est fermée le samedi ?!! Ramène ce qu'il y a de mieux. Ca t'as un côté jugement dernier. Après avoir déconné (ou pas) avec Johnny, mis des paillettes pour le vendredi soir, fait plaisir aux gosses, rappelé que ces blogs étaient rock'n'roll (ou n'étaient pas), que proposer d'autre ?

Vendredi soir. Semaine harassante. Se payer un whisky, tranquille, au coin du feu, et se dire : Jeepee, tu as deux minutes trente pour choisir ton album préféré. Faire son coming out, oser dire qu'il n'y a pas mieux. La première gorgée de malt ramène à la surface toutes ces bêtises de rééditions, quadruples coffrets de multiples choses dispensables du moment. Non, pas ça. L'album chéri secrètement ? Euh... Non, Dave, tais-toi ! Laissons-nous aller...

Soubresaut. Réveil. Direct au rayon B. The Band. L'album. The Band. Le groupe. Le deuxième. Celui où les voilà émancipés, commercialement et (presque) artistiquement d'un Dylan qui les a portés au firmament, par égoïsme, par opportunisme, et par radinerie.

Ici, que des compos du Groupe, et quelles compos. Au risque de choquer, c'est dix fois au-dessus du niveau de Music From Big Pink.  Merci, Bob, on va se débrouiller, là. Tout seuls.

Et quelle enfoirée de putain de claque.

Rag Mama Rag
The Night They Drove Old Dixie Down
Up On Cripple Creek
Whispering Pines
King Harvest (Has Surely Come)

Au hasard, en vrac.

S'il devait être un jour question de rock fusion, le voilà, l'album. Indescriptible. Péquenauds comme même un Stivell, des Malicorne ou Trois Yann ne l'oseraient pas, rock'n'roll comme un Chuck Berry n'y aurait pas pensé. Au-delà du style, du catalogage, de sacrées CHANSONS. Genre 3 minutes et quelques secondes pour se remettre. Pas le temps de taper le solo. Un solo, ça s'oublie, ça ne dure pas. Ici, chaque note est peinte sur la partition comme un coup de pinceau sur un tournesol de Van Gogh. A regarder de près, on peut glauser. De loin, genre à 3 mètres des deux baffles de la chaîne hi-fi, tout est parfait.

J'ai même pas envie de revenir sur la suite, on est pas chez wikipedia, ici. Pas envie de tâcler Robbie Robbertson, pour son opportunisme, ce mec avait du génie, même s'il s'avère que c'est un salaud. Pas envie de parler de Dylan, il n'y est pour presque rien dans le génie qui se déploie ici. Très très envie de rappeler au monde que Levon Helm est le meilleur batteur du monde, capable de faire chanter ses fûts comme une mandoline, de pleurer le génie de Richard Manuel noyé dans le Cointreau, etc.

Et de rappeler que ce sont des Canadiens qui, du haut de leur tour d'ivoire, ont un beau jour de 1968 (69 ?), résumé de la plus belle façon le passé, le présent et l'avenir de ce qu'on l'adorait/adore/adorera de ces Etats désunis d'Amérique. Des centaines de mineurs doivent se retourner de bonheur dans leur modeste tombe dans les montagnes des Appalaches, un Neil Young doit toujours se demander, seul, le soir, devant sa cheminée dans sa cabane au Canada, comment il se fait qu'on n'ait jamais fait la comparaison entre son Harvest pseudo-californien et cet album éternel, bien plus éternel que quarante ans de country rock à suivre.

Certains, et je les espère nombreux, me diront qu'ils connaissaient déjà, que tout cela est réchauffé, éculé. Hé, le samedi, c'est les emplettes. Moi j'achète des pâtes, du café, du sucre, au Super U. Pas des sushis, de la salicorne, de la poudre de gingembre ou je ne sais trop quoi d'exotique et d'introuvable à Brie-Comte-Robert. Je compte sur les habitués des épiceries fines pour pimenter le débat. Moi j'amène le brut, l'ingrédient de base, l'essentiel. Le sel et le soufre.

Si j'ai pu faire découvrir les nouilles à l'un d'entre-vous, appelez-moi Marco Polo...


Rappel des participants :

Jimmy Jimmereeno du mirifique Club Des Mangeurs De Disques

Charlu des délicieuses Chroniques De Charlu

La Rouge de la magnifique Chambre Rouge (qui n'est pas certaine de pouvoir assurer, mais qui nous soutiendra quoiqu'il arrive)

Warfleloup du formidable Warfleloup's Blog

MaN de l'excellent Manifesto

Marius Perlinpimpin du génial Canut Brains (Qui n'est pas certain de pouvoir assurer toute la semaine, mais qui tenait absolument à débuter avec nous tous.)

Devantf (Antoine) de l'extraordinaire Get Happy !!!

Mister Moods de la divine Caverne D'Ali Baba

Le sensationnel Pascal Arcade (Dont je ne sais pas encore d'où il postera.)

Le phénoménal Everett W. Gilles (Qui postera dans les commentaires du Club.)

Zer du dantesque Church Of Zer

vendredi 16 septembre 2011

#18: Bob Dylan & The Band "The Basement Tapes"


Le plus grand fake de l'histoire du rock : Bob Dylan, suite à un accident de moto en 1966, se retrouve à moitié mort à l'hosto. Silence média pendant deux ans. Puis il revient fin 1967, John Wesley Harding, album tranquille et mystique, mais qui contient All Along The Watchtower, rapidement repris énergiquement par Jimi Hendrix, et qui remettra Dylan en selle, pour, à nouveau, reprendre son poste de guide, de gourou de la jeunesse hippidéaliste des sixties.

Mais de cela,il ne voulait plus.

L'accident de moto, c'était peut-être une côte cassée, mais rien de plus. Après les émeutes liées à l'incompréhension de sa démarche jusqu'au-boutiste de sa tournée électrique de 1966, la rancoeur et la fatigue l'avaient poussé vers une autre démarche : ok, les gars, je suis allé jusqu'au bout du personnage. Alors rions un peu, tuons le personnage, et laissons (via un business de reprises lucratif) les autres chanter mes chansons, I'm Not There....

Dans cette optique, ces Basement Tapes, enregistrées dans la cave de sa maison à Woodstock en 1967 (pas mal pour quelqu'un sensé lutter contre la mort sur un lit d'hôpital) constituent une recherche visant à redéfinir la musique américaine, rapidement maquettée, mais par d'autres - à vous les gars (Manfred Mann, The Byrds...) de la porter, moi je fais des gosses, touche les chèques et basta.

D'où l'ambiance plus que décontractée, les grosses blagues (Clothesline Saga parodiant la chanson narrative façon Ode To Billie Joe), les trucs émouvants qu'il ne porterait désormais plus à bras le corps (Tears of Rage, This Wheel's on Fire...). Et le Band de boire du petit lait, d'en prendre de la graine et de préparer enfin son coming-out, en germination ici : Music From Big Pink.

Les bandes pirates de ces sessions sont douze mille fois plus passionnantes encore, car emplies de reprises, de faux pas. Mais la remasterisation de l'album officiel est tellement bien foutue que j'ai choisi de me limiter à cela : le fameux double album officiel de ces chansons, qui ne devaient pas voir le jour par leur auteur, sorti huit ans après les séances, Columbia se sentant lassé d'être doublé par les bootleggers. Je vous ai déjà balancé du rude, avec Harry Smith, je vous ménage donc ici...

Jamais on n'entendra Dylan si décontracté - tout cela a été enregistré entre la poire et le dessert - jamais on n'aura vu en même temps germer un groupe - The Band - encore relégué au statut de backing band, mais tout cela donne des idées. Et vu les talents de ses membres, des classiques naissent ici discrètement dans la cave : Bessie Smith, rien que elle-là, la voix de Richard Manuel... respect.

Le Grand Intellectuel Greil Marcus a comparé ces séances à l'Anthology d'Harry Smith, précédemment postée. En 400 pages, il vous explique pompeusement que l'idée est la même : Dessiner cette République Invisible d'une Amérique qui ne se dit pas, qui vit sous les tirages des journaux et les déclarations de ses dirigeants, indifférente à l'image qu'on peut s'en faire par ailleurs.

Pas faux, Greil. Suffit de saisir notre Bob Dylan cherchant juste à écrire des chansons pour les autres, entre deux reprises (absentes de la version officielle des séances, j'ai un pirate en 12 CD de la pseudo-intégrale du projet, du moins ce qui a été récupéré à droite à gauche, c'est vous dire comment tout cela est ici ramassé).

Cet album, c'est une troisième petite mort pour Dylan. Après avoir cassé le folkeux, il se fait une entorse à moto et tue le rocker, là, il tue l'artiste. Tout cela se passait en 1967. Combien de fois est-il mort et ressuscité depuis ? Une étape, dans une voie initiatique passionnante. Un moment d'histoire, fort intéressant.