Prince est mort.Ben oui, en 1993 je crois.
Après, il s'est fait appeler Love Symbol ou encore TAFKAP (The Artist Formerly Known As Prince), ce qui est à peine plus funky que QWERTY (pour faire US), quand on y réfléchit bien.
Et puis plus personne ne l'a plus appelé du tout. Son manager peut-être, et encore, rarement. Machin (on peut l'appeler comme ça aussi) sortait des triple-CD bidouillés tout au sampler qui n'intéressaient personne, et à chaque entrevue, sa maison de disque suait de peur à l'idée qu'il n'ait un nouveau projet novateur du même style.
Car Prince (là, on peut l'appeler Prince) à ses débuts était quand même sorti de l'electro-funk putassier la tête haute, et de 1999 à Sign O' The Times en a quand même mis plein la vue à à peu près tout le monde. Avec un culot et un talent formidables. Inventant le funk sans la basse dans un When Doves Cry mémorable, jouant la retenue lascive sur Sign O'The Times (la chanson), arrivant même à rattraper un Around The World In A Day casse-gueule et mal foutu, sauvé de justesse par un Raspberry Beret psyché à souhait.
Et puis un jour, la muse le quitta, emportant jusqu'à son nom dans sa besace, pour nous laisser avec une parodie informe de lui-même, laissant le hasard tenter de bien faire les choses, ratant la cible systématiquement ou presque.
Le terrible destin de Prince, c'est aussi que sa musique, si novatrice fut-elle (et encore, j'en entends qui glapissent dans le fond - et George Clinton ? Et Sly Stone ?), a vieilli peut-être bien plus vite que lui encore.
Alors que, s'il avait laissé un instant son ego au placard, s'il s'était contenté de jouer du funk, fut-il teinté de jazz, voire de jazz-rock, coulé de blues ou halluciné de guitares vrillantes, comme le firent bien avant lui tant de bons noirs, ne cherchant pas à damer le pion aux petits blancs dans les charts pop, peut-être aujourd'hui garderions-nous de lui un souvenir plus vivace.
Puissent ces deux galettes, enregistrées le 18 novembre 1988 en Hollande devant 400 personnes, pour un aftershow durant lequel - comme d'habitude - il se lâchait - y aider. Les plus pressés pourront même aller directement au Rave On To The Joy Fantastic final, quelques deux minutes d'un dernier solo de guitare renvoyant qui vous voudrez cueillir des fraises. Thank You - God is Love - good night.
Bonne nuit, petit Prince.
CD1
CD2
