J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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vendredi 22 avril 2016

#180 : Prince "Small Club"

Prince est mort.

Ben oui, en 1993 je crois.

Après, il s'est fait appeler Love Symbol ou encore TAFKAP (The Artist Formerly Known As Prince), ce qui est à peine plus funky que QWERTY (pour faire US), quand on y réfléchit bien.

Et puis plus personne ne l'a plus appelé du tout. Son manager peut-être, et encore, rarement. Machin (on peut l'appeler comme ça aussi) sortait des triple-CD bidouillés tout au sampler qui n'intéressaient personne, et à chaque entrevue, sa maison de disque suait de peur à l'idée qu'il n'ait un nouveau projet novateur du même style.

Car Prince (là, on peut l'appeler Prince) à ses débuts était quand même sorti de l'electro-funk putassier la tête haute, et de 1999 à Sign O' The Times en a quand même mis plein la vue à à peu près tout le monde. Avec un culot et un talent formidables. Inventant le funk sans la basse dans un When Doves Cry mémorable, jouant la retenue lascive sur Sign O'The Times (la chanson), arrivant même à rattraper un Around The World In A Day casse-gueule et mal foutu, sauvé de justesse par un Raspberry Beret psyché à souhait.

Et puis un jour, la muse le quitta, emportant jusqu'à son nom dans sa besace, pour nous laisser avec une parodie informe de lui-même, laissant le hasard tenter de bien faire les choses, ratant la cible systématiquement ou presque.

Le terrible destin de Prince, c'est aussi que sa musique, si novatrice fut-elle (et encore, j'en entends qui glapissent dans le fond - et George Clinton ? Et Sly Stone ?), a vieilli peut-être bien plus vite que lui encore.

Alors que, s'il avait laissé un instant son ego au placard, s'il s'était contenté de jouer du funk, fut-il teinté de jazz, voire de jazz-rock, coulé de blues ou halluciné de guitares vrillantes, comme le firent bien avant lui tant de bons noirs, ne cherchant pas à damer le pion aux petits blancs dans les charts pop, peut-être aujourd'hui garderions-nous de lui un souvenir plus vivace.

Puissent ces deux galettes, enregistrées le 18 novembre 1988 en Hollande devant 400 personnes, pour un aftershow durant lequel - comme d'habitude - il se lâchait - y aider. Les plus pressés pourront même aller directement au Rave On To The Joy Fantastic final, quelques deux minutes d'un dernier solo de guitare renvoyant qui vous voudrez cueillir des fraises. Thank You - God is Love - good night.

Bonne nuit, petit Prince.

CD1
CD2

samedi 3 novembre 2012

GCDDE # 2 : Prince "Purple Rain"

Fait suite au post de Jimmy (sur le Club des Mangeurs de Disques) :
The Something Rain - TINDERSTICKS

Chanson fétiche de l'album : Let's Go Crazy

De mémoire, c'était ma deuxième gueule de bois. Revenu au matin d'une soirée à fêter le vin nouveau, j'étais donc sulfaté à bloc. C'est mon ami Jean-Luc qui m'avait demandé de lui acheter cet album, Purple Rain d'un certain Prince. Pour moi, je ne voyais là-dedans (enfin, je l'imaginais) qu'une variété un peu provoc', rien qui puisse faire face de toute manière à Bruuuuce Springsteen, héros de ces années-là et booorn in the USA. Ca c'était de la musique, ça cognait, c'était sincère et le Boss ne semblait pas se la péter comme ce petit corniaud sur sa moto, tout de violet, qui semblait pourtant affrioler jusqu'aux plus belliqueux de chez Rock & Folk.

Gueule de bois aidant, ce matin-là je retournai me coucher et je retrouvai l'album posé sur la table. Je trouvai la force, en attendant que l'aspirine ait fini de se dissoudre dans le verre, de poser la galette sur la platine. Ce que j'entendis continua de me vriller la tête : une nappe de synthés des plus irritantes, avec un LFO triturant sadiquement la tonalité, c'en fut trop, je m'allongeai sur mon lit pendant que Prince psalmodiait mon éloge funèbre. Je le maudissais, sans avoir la force d'éteindre la chaîne, mais je crois que l'intro de Born In The USA m'aurait fait le même effet. 

Et puis ce fut le déluge sonique que l'on sait, sorte de gospel teinté de rock'n'roll méchant et sale (aah le solo de Telecaster sur Let's Go Crazy), un truc jamais entendu auparavant. J'ai le souvenir de m'être dit qu'il faudrait que je reécoute la chanson une fois de retour au pays des vivants. Ce que je n'ai plus jamais arrêté de faire. Mes excès de la veille ont rendu The Beautiful Ones encore plus malsaine, tout comme Darling Nikki

Je mentirais si je vous disais que j'ai mis la face B illico. Je me suis endormi et, requinqué par le poulet-frites dominical, je suis retourné, dans l'après-midi, explorer ce disque encore plus traître que le vin nouveau de la veille. When Doves Cry, Purple Rain... c'en était fait de moi.